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Allergies alimentaires : faits, mythes et pseudoscience

mardi 17 septembre 2013

Le prix de la vie c’est l’éternelle vigilance. Si vous avez des allergies alimentaires sévères, c’est votre réalité. Chaque jour, chaque repas, chaque bouchée. Manger est une partie intrinsèque et essentielle de ce que nous faisons et de qui nous sommes, ainsi l’idée que nos corps peuvent violemment se rebeller contre les aliments de tous les jours peut être difficile à croire. Mais c’est la réalité, et le nombre d’allergiques alimentaires graves augmente [1] sans que nous sachions pourquoi. Bien que connue depuis un siècle environ, cette reconnaissance sociale des allergies alimentaires a tardé, tout en s’améliorant durant la décennie passée. Les approches de prévention contre les allergies alimentaires font désormais partie intégrante des voyages, cantines scolaires, sports et lieux de travail. Les cacahuètes semblent avoir totalement disparu des avions. Les étiquettes des aliments affichent leurs contenances ou traces de fruits à coque.

Alors que 30% de la population croit souffrir d’allergie alimentaire, la fréquence réelle est d’environ 5% [2]. Les allergies sont un produit de notre système immunitaire, avec des voies biochimiques multiples stimulées en réaction à un allergène spécifique. "Allergie" peut décrire des réactions légères de la peau et une détresse respiratoire, jusqu’à des réactions mettant la vie en jeu.

La majorité des réactions allergiques relatives à la nourriture ne sont pas mortelles. L’anaphylaxie est le terme qui décrit la réaction immunitaire la plus rapide et la plus grave, qui peut survenir en réaction à un médicament (cause la plus fréquente d’anaphylaxie), un insecte ou un aliment.

L’anaphylaxie allergique alimentaire est rare, survenant chez 70 personnes sur 100000 de la population. Huit aliments causent plus de 90% des réactions anaphylactiques : le lait, les œufs, les cacahuètes, le poisson, les crustacés, le soja et le blé. Les réactions peuvent impliquer plusieurs systèmes du corps (gastro-intestinal, peau, respiratoire) comprenant des difficultés à respirer et un gonflement de la gorge. L’anaphylaxie est estimée avoir des conséquences fatales dans 0,7 à 2% des cas [3]. La mort survient à cause d’une obstruction des voies respiratoires supérieures, un déplacement des fluides vasculaires et une fonction cardiaque en chute. Le risque d’anaphylaxie, et la rapidité à laquelle elle peut arriver chez un individu avec un passé allergique, est difficile à prédire et peut être influencé par l’âge, le type d’allergène, la portée de l’exposition et une maladie sous-jacente comme l’asthme.

L’évaluation des allergies alimentaires anaphylactiques implique un certain nombre d’outils diagnostiques comprenant des tests sur la peau, des tests in vitro et des défis alimentaires. Il n’y a pas de test diagnostique unique. Différents tests peuvent être utilisés selon le passé allergique du patient. Tous ces tests ont différents risques et bénéfices et doivent être réalisés sous la supervision d’un allergologue qui a un accès direct à tout l’attirail de réanimation en cas de besoin. Les allergies alimentaires chez les enfants peuvent se résoudre avec le temps, comme avec le lait et les œufs. Les allergies aux fruits à coques et à l’arachide sont cependant plus susceptibles de durer toute une vie.

Étant donné la nature potentiellement fatale de certaines allergies, on pourrait penser qu’il n’y pas de place pour les mythes ou la pseudoscience. Et pourtant, la confusion et la désinformation abondent aussi dans ce domaine. Il y a cette tendance malheureuse d’étiqueter toute espèce de réaction négative à toute substance comme étant une "allergie". Les individus sont souvent prompts à parler d’allergie aux médicaments quand il s’agit seulement d’intolérance, comme avec une diarrhée aux antibiotiques, ou des nausées et une somnolence causée par des narcotiques.

Il y a ensuite les "allergies" à la mode. La plus connue en ce moment est "l’allergie" au gluten, une condition auto-diagnostiquée dans laquelle on croit que le gluten est une espèce de toxine alimentaire – qui doit être distinguée de (1) la personne ayant des crises anaphylactiques documentées à cause d’une allergie au blé et (2) de ceux atteints de maladie cœliaque qui est une réaction auto-immune au gluten qui exige de l’éviter à tout prix (mais qui ne cause pas d’anaphylaxie s’il est ingéré). En capitalisant sur la confusion entre allergies et intolérances, les praticiens de certaines thérapies alternatives proposent leurs propres définitions des allergies et, évidemment, offrent leurs propres services.

Le résultat est une grande confusion sur les allergies, et des inquiétudes car nous voyons trop souvent des allergies inexistantes, ce qui peut augmenter le risque de louper celles qui sont réellement fatales. Les œufs, l’arachide et le lait sont les allergies les plus fréquentes [4], mais les cacahuètes et les fruits à coques causent plus de réactions anaphylactiques fatales. En outre, les réactions sévères sont plus fréquentes chez les enfants [5], et les enfants et les jeunes adultes courent un plus grand risque de réaction fatale [6].

Avec les allergies alimentaires, les conséquences d’une seule mauvaise décision peuvent être mortelles. Avec les anaphylaxies alimentaires, le temps moyen avant le décès est de 30 minutes. Il n’y a à ce jour aucun traitement définitif contre les allergies alimentaires. La recherche sur la désensibilisation semble prometteuse [7], mais elle n’est pas encore prête à être utilisée en dehors du cadre des études cliniques.

Références :

[1] NCHS Data Brief. Number 121, May 2013. Trends in Allergic Conditions Among Children : United States, 1997–2011.

[2] Diagnosing and Managing Common Food Allergies. A Systematic Review. JAMA, 2010, Vol 303, No. 18.

[3] Epidemiology of life-threatening and lethal anaphylaxis : a review. Moneret-Vautrin DA, Morisset M, Flabbee J, Beaudouin E, Kanny G. Allergy. 2005 ;60(4):443-51.

[4] ASCIA guidelines for prevention of anaphylaxis in schools, pre-schools and childcare : 2012 update. Journal of Paediatrics and Child Health. Vol 49, Iss 5, pp 342–345, 2013.

[5] J Allergy Clin Immunol. 2008 Dec ;122(6):1161-5. doi : 10.1016/j.jaci.2008.09.043. 2008. The etiology and incidence of anaphylaxis in Rochester, Minnesota : a report from the Rochester Epidemiology Project.

[6] J Allergy Clin Immunol. 2007 Apr ;119(4):1016-8. 2007. Further fatalities caused by anaphylactic reactions to food, 2001-2006.

[7] Cochrane Database Syst Rev. 2012 Sep 12 ;9:CD009014. doi : 10.1002/14651858.CD009014.pub2. Allergen-specific oral immunotherapy for peanut allergy. Nurmatov U, Venderbosch I, Devereux G, Simons FE, Sheikh A.


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