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Boire avec modération n’apporte pas de bénéfice à la santé

mercredi 14 juin 2017

D’après des chercheurs qui ont examiné les habitudes de consommation d’alcool chez des adultes quinquagénaires, les bénéfices d’une consommation modérée ou légère d’alcool, tout comme les risques associés au fait de ne pas boire du tout, ne sont pas si importants que ce qu’on pensait.

Les chercheurs ont analysé l’information sur plus de 9 000 personnes à travers l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles, nées en 1958 et qui participaient à une étude de longue ampleur, la National Child Development Study. Cette étude visait à suivre les changements des habitudes de consommation d’alcool et de tabac chez des individus âgés de 23 à 55 ans, et elle a associé ces changements à leur santé mentale et physique [1].

Environ un tiers des hommes et des femmes qui avait rapporté boire à des niveaux légers ou modérés était très peu susceptible de fumer. Alors que ce groupe de buveurs légers et de non-fumeurs avait une meilleure santé et meilleure qualité de vie vers 50 ans, les trois autres groupes ont eu plus de problèmes de santé. Ces groupes étaient constitués de ceux qui buvaient légèrement ou modérément mais qui fumaient aussi ; ceux qui buvaient plus et qui fumaient et enfin ceux qui s’abstenaient de boire ou qui avaient réduit leur consommation d’alcool dans le temps.

Ceux qui buvaient modérément ou légèrement étaient définis comme étant des adultes qui ne consommaient pas plus de 14 unités d’alcool, ce qui équivaut grosso-modo à six pintes de bières ou à six verres moyens de vin par semaine. C’est le maximum actuellement « recommandé » pour les hommes et les femmes par le Département de la Santé Anglais selon l’auteur de l’étude, Jeremy Staff.

Alors que les bénéfices supposés d’une consommation modérée d’alcool avaient été largement repris par les médias, de nombreux comptes rendus n’avaient pas pris en compte les autres facteurs de risque. Par exemple, les buveurs légers ou modérés étaient en mauvaise santé vers quarante/cinquante ans s’ils étaient aussi d’anciens fumeurs ou s’ils fumaient encore occasionnellement. Cela pourrait être dû à l’effet direct du tabagisme ou à cause d’autres facteurs de risque dus à leur mode de vie, comme le manque d’exercice ou l’obésité. Beaucoup des abstinents âgés de cinquante ans ont aussi démarré leur vie d’adulte en étant en plus mauvaise santé physique ou mentale que leurs homologues qui ne buvaient pas d’alcool du tout.

« Ceux qui s’abstiennent de boire de l’alcool constituent un groupe varié. Ils comprennent d’anciens gros buveurs qui ont arrêté l’alcool à cause de problèmes liés à leur consommation, tout comme ceux qui ont arrêté à cause de problèmes de santé, et pas seulement des abstinents depuis le début de leur vie, » dit Staff. « Les professionnels de la santé et les officiels auraient dû être conscients de cela avant de tirer des conclusions trop hâtives sur les prétendus ‘dangers’ de ne jamais boire d’alcool sans avoir d’éléments de preuves plus solides. »

Environ 1 membre sur 5 dans la catégorie des 55 ans qui déclarait n’avoir jamais bu d’alcool de sa vie avait auparavant rapporté boire quand il était plus jeune. Cela montre que ceux qui boivent très peu pourraient ne pas se rappeler ou minimiser leurs habitudes passées de consommation d’alcool. Quand les études ont inclus ce groupe dans la catégorie des abstinents permanents (ce qu’ils n’étaient en fait pas), les ‘dangers ‘ apparents dus à cette abstinence pouvaient être surestimés, expliquent les chercheurs.

Tandis que des habitudes modestes de consommation d’alcool ont été associées à des niveaux d’éducation plus élevés, ceux qui avaient peu ou pas de qualifications étaient aussi ceux qui ne buvaient pas ou peu. D’un autre côté, les hommes et les femmes qui étaient les plus diplômés vers 23 ans étaient plus susceptibles que les autres de boire légèrement ou modérément dans leur vie d’adulte, mais peu à fumer.

Les chercheurs ajoutent : « les preuves s’accumulent qui montrent que l’alcool est porteur de nombreux risques pour la santé, y compris le cancer. Ainsi, il est dangereux de ne rapporter que les prétendus bénéfices d’une consommation modérée d’alcool. Les habitudes de consommation sont aussi façonnées par notre éducation, par l’état de santé au début de la vie et par des facteurs associés au mode de vie comprenant le tabagisme. Ces autres influences pourraient être les véritables facteurs sous-jacents à ce lien entre la boisson et la santé vers cinquante ans. »

Cette étude apporte davantage de preuves que tous les bénéfices associés à une consommation d’alcool sont beaucoup plus faibles que ce qu’on pensait. La façon la plus efficace de réduire les dangers associés à l’alcool serait de taxer les ventes, mais aussi de permettre au public de faire des choix bien informés via l’éducation et à une information indépendante et obligatoirement présente sur les étiquettes.

Références :

[1] Staff, Jeremy, Jennifer L. Maggs. Alcohol and Cigarette Use from Age 23 to 55 : Links with Health and Wellbeing in the Long-Term National Child Development Study. Journal of Studies on Alcohol and Drugs.


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