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Comment certains athlètes peuvent-ils jouer malgré la douleur ?

mercredi 16 décembre 2009

Comment certains sportifs, masculins ou féminins, font-ils pour continuer à jouer, dans le feu de l’action, malgré une intense douleur qui mettrait à terre n’importe qui d’autre ?

Bert Trautmann, gardien de but de Manchester, est connu pour avoir continué à jouer la finale de la Coupe du monde de 1956 alors qu’il souffrait d’une fracture du cou suite à une collision durant la seconde mi-temps.

Pourquoi certaines personnes semblent souffrir de douleur affaiblissante pendant longtemps quand d’autres sont capables de mieux la supporter ? Chacun de nous, individuellement, pouvons vivre différemment la douleur à différentes périodes.

La douleur est bien entendu une expérience subjective, variable et très personnelle qui implique beaucoup plus qu’une simple réaction à la blessure. Bien que les médecins ne puissent compter que sur ce que chaque patient leur dit à propos de la douleur qu’ils ressentent, il est important d’essayer de la diagnostiquer, de gérer et de réduire cette douleur efficacement.

Le groupe du professeur Irene Tracey, du Centre d’Imagerie par Résonance Magnétique Fonctionnelle (IRMf) du Cerveau d’Oxford, utilise les techniques d’imagerie du cerveau depuis un certain nombre d’années, visant à fournir une mesure objective des expériences de la douleur de chacun.

En comprenant comment le cerveau traite l’information provenant de tous les sens du corps comme la douleur, ils commencent à sélectionner les différences entre les individus.

Leurs derniers résultats, rapportés dans le journal PNAS [1], démontrent que les personnalités de chaque personne ont de l’importance dans leur expérience de la douleur. Les gens qui sont plus anxieux, ou qui s’inquiètent à propos de leur ressenti de la douleur, ont des différences dans la connectivité à l’intérieur de leurs cerveaux, qui les rend plus susceptibles de ressentir réellement la douleur.

L’équipe a appliqué une courte impulsion laser sur le pied de 16 volontaires en bonne santé jusqu’à ce qu’ils commencent à ressentir de la douleur (au début les impulsions laser sont ressenties comme chaudes, puis brulantes, jusqu’à ce que ça fasse mal). Ces brèves impulsions laser étaient appliquées 120 fois à chaque volontaire, et dans environ la moitié du temps, les volontaires déclaraient qu’elles étaient douloureuses et l’autre moitié non, même si les impulsions étaient exactement les mêmes à chaque fois.

Les scanners par IRM des cerveaux pendant ces expériences ont montré que les cerveaux des volontaires étaient plus actifs dans les régions de la douleur quand ils décrivaient les impulsions laser comme douloureuses, ainsi, c’était une véritable expérience sans défauts de compte-rendu ni artefacts.

Mais les chercheurs voulaient comprendre exactement ce qui faisait qu’un stimulus était douloureux à un moment, alors que le même stimulus ne l’était pas à un autre moment.

"Nous avons regardé le moment juste avant le stimulus et avons posé la question : ’y a-t-il une différence dans la façon dont certaines régions du cerveau sont connectées, ou communiquent, avant que le stimulus soit appliqué ?’" explique Irene. "La réponse est qu’il y a une différence frappante."

Les chercheurs se sont concentrés sur la connexion entre les régions "hautes" du cerveau impliquées dans le processus de la douleur, et la région du cerveau qui pouvait modifier avec force l’expérience de la douleur, en la réduisant ou en l’augmentant.

Quand il y avait un bon couplage entre les deux régions avant une impulsion laser, les volontaires ne sentaient pas de douleur, et quand la connectivité était médiocre, les impulsions étaient vécues comme douloureuses.

Plus intéressant encore, les individus qui étaient les plus anxieux ou vigilants à propos de la douleur (évalués d’après leurs réponses à un questionnaire sur ces caractéristiques), ont montré une connectivité plus pauvre en général entre ces régions cérébrales.

Cette différence de "câblage" dans le cerveau pourrait compter dans l’explication sur les différentes réponses de chaque individu face à la douleur, suggère Irene.

"Nous voulons maintenant savoir si nous sommes nés comme ça, ou si le cerveau s’organise de la sorte pendant son développement" dit-elle. "C’est l’histoire de l’oeuf et de la poule. Nous n’avons qu’un instantané dans le temps avec cette expérience. Nous ne pouvons dire ce qui est arrivé le premier."

Références :

[1] Learning about pain : The neural substrate of the prediction error for aversive events. PNAS 2000 97:9281-9286


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