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Est-ce que la pratique de l’endurance à long terme est mauvaise à la santé ?

jeudi 9 juin 2016

Des médecins du sport n’ont pas trouvé de preuves qui montrent l’existence de dommages causés au cœur chez les athlètes de haut niveau qui ont fait de l’endurance pendant longtemps.

En 2012, des scientifiques Belges ont publié une étude qui avait conclu que des séances répétées d’exercices d’endurance intensifs à haut niveau pouvaient avoir pour conséquence une hypertrophie pathologique du ventricule droit, ce qui, selon cet article, est associé à des dangers potentiels pour la santé comme la crise cardiaque. La publication a fait l’objet d’un débat considérable parmi les experts dans le monde médical et sportif. Les médecins spécialisés du sport de l’Université de Saarland ont mis les conclusions de l’étude de 2012 à l’épreuve en examinant les cœurs de sportifs d’endurance de haut niveau. Leurs résultats réfutent l’hypothèse proposée par leurs collègues Belges. L’équipe de recherche de Saarland n’a pas trouvé de preuve montrant que des années d’entrainement d’endurance à haut niveau soit la cause de dégâts causés au ventricule droit [1].

Les médias rapportent avec une régularité presque déprimante des cas d’arrêts cardiaques chez des athlètes de haut niveau. Les plus récents sont, par exemple, celui du cycliste professionnel Hollandais Gijs Verdick décédé à l’hôpital après une double crise cardiaque pendant une course, ou David Ginola en arrêt cardiaque pendant qu’il jouait au foot.

Les dangers potentiels que pose le sport d’endurance au cœur font l’objet de discussions dans la communauté médicale depuis un siècle. Bien qu’il y ait maintenant un consensus général sur le fait qu’un cœur hypertrophié chez un athlète soit une réaction saine qui reflète l’ajustement de cet organe à un entrainement d’endurance régulier, un certain nombre d’études semblait indiquer que le fait de faire beaucoup d’endurance à haut niveau pouvait causer des modifications pathologiques à la structure du cœur. C’est la conclusion à laquelle était arrivée l’équipe de recherche Belge composée de cardiologues et de médecins du sport dans leur étude qui avait fait grand bruit [2].

Les chercheurs avaient établi un lien entre l’entrainement d’endurance extrême, l’hypertrophie aigue et la déficience fonctionnelle du ventricule droit immédiatement après le sport. Plus précisément, ils ont observé une hypertrophie et un fonctionnement diminué du ventricule droit chez des athlètes qui avaient pris part à plusieurs heures de sport d’endurance en compétition. Cependant, les études longitudinales n’ont pas réussi jusqu’à maintenant à confirmer l’hypothèse formulée par les auteurs selon laquelle l’exercice d’endurance avait pour conséquences des dommages au ventricule droit sur le long terme, ce qu’ils appellent une "dysplasie ventriculaire droite arythmogène induite par l’exercice". On ne savait pas si l’hypertrophie aigue du ventricule droit après une activité d’endurance extrême, ce que les chercheurs Belges avaient identifié, conduisait réellement à une condition chronique potentiellement fatale.

Pour l’équipe de recherche de Sarrebruck, dirigée par des cardiologues et des médecins du sport, l’hypothèse selon laquelle l’exercice d’endurance conduit à une hypertrophie du ventricule droit n’était pas immédiatement évidente. Les scientifiques de l’Institut du Sport et de Médecine Préventive de Sarrebruck ont examiné pendant des années des sportifs de haut niveau provenant d’une grande variété de disciplines, comprenant des triathlètes, des nageurs et des footballeurs professionnels. Pendant tout ce temps, les chercheurs de Sarrebruck n’ont jamais trouvé de preuve qui étaye l’hypothèse avancée par l’équipe Belge. Ils ont donc décidé de la mettre à l’épreuve plus explicitement.

Ils ont examiné des athlètes de haut niveau (âgés en moyenne de 47 ans) et les ont comparé à un groupe de contrôle de 33 hommes qui avaient le même âge, la même taille et poids mais qui n’avaient jamais pratiqué ce genre de sport d’endurance. Le groupe d’athlètes, qui comprenait d’anciens Olympiens ou des participants et champions de l’Ironman, s’était entrainé à haut niveau pendant environ trente ans et continue de s’entrainer en moyenne 17 heures par semaine.

Les scientifiques de Sarrebruck étaient en mesure de confirmer que les cœurs de ces athlètes, qui avaient participé à des activités d’endurance de haut niveau pendant de nombreuses années, étaient, comme ils s’y attendaient, significativement plus gros et plus forts que ceux des hommes du groupe de contrôle. "Mais nous n’avons pas trouvé de dégâts durables, ni d’hypertrophie pathologique ou de déficience fonctionnelle du ventricule droit ou gauche chez les athlètes qui ont pratiqué des années durant une activité d’endurance intensive," explique les auteurs de l’étude.

En se focalisant sur des sportifs de haut niveau, bien entrainés et actifs, les chercheurs ont trouvé un moyen plus fin de contourner un problème rencontré par ceux qui s’intéressent à ces questions. Bien que l’imagerie par résonance magnétique (IRM) cardiovasculaire soit la meilleure méthode pour examiner le cœur et, en particulier, le ventricule droit, il n’avait pas été disponible très longtemps et ce n’est pas une routine technique pour examiner les athlètes. Des études systématiques sur le long terme qui reposent sur des IRM de cœurs de sportifs ne seront pas disponibles dans un futur proche. Les données venant d’études longitudinales, dans lesquelles les sujets ont été enregistrés par IRM pendant des années, voire des décennies, n’existent tout simplement pas. "Notre cohorte d’athlètes de haut niveau représente donc notre meilleur moyen d’étudier l’impact à long terme des années de sport d’endurance au niveau compétitif ou professionnel," explique les chercheurs.

Références :

[1] Philipp Bohm, Günther Schneider, Lutz Linneweber, Axel Rentzsch, Nadine Krämer, Hashim Abdul-Khaliq, Wilfried Kindermann, Tim Meyer, Jürgen Scharhag. Right and Left Ventricular Function and Mass in Male Elite Master Athletes. Clinical Perspective. Circulation, 2016 ; 133 (20) : 1927.

[2] A. La Gerche, A. T. Burns, D. J. Mooney, W. J. Inder, A. J. Taylor, J. Bogaert, A. I. MacIsaac, H. Heidbuchel, D. L. Prior. Exercise-induced right ventricular dysfunction and structural remodelling in endurance athletes. European Heart Journal, 2011 ; 33 (8) : 998.


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