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Est-ce que les noix protègent vraiment contre les maladies cardiovasculaires ?

samedi 14 mai 2016

De nombreux articles se sont fait l’écho ces dernières semaines d’un effet bienfaisant d’une consommation régulière de noix. Tous ces articles, dans les journaux ou sur des sites internet d’informations, semblaient se recopier les uns les autres sans plus d’esprit critique, et affichaient invariablement le même slogan : "les noix préviennent les maladies de cœur". Sans doute que ces gros titres ont poussé beaucoup de retraités à reconstituer leurs stocks de noix.

Les noix ont certainement des qualités nutritives qui en font un aliment à intégrer dans toute alimentation. Mais quels sont leurs véritables bénéfices à la santé ? Et est-ce qu’elles empêchent réellement les maladies cardiovasculaires ?

Toute cette excitation est venue d’une étude sur les noix et sur la santé des personnes âgées, présentée lors d’une conférence à San Diego. Celle-ci suggère que le fait de manger des noix tous les jours pourrait aider à réduire le cholestérol LDL, qui est un facteur de risque important pour les maladies de coeur [1].

À partir du résumé de la conférence seulement, il est probablement trop tôt pour faire ce genre de recommandation, les travaux n’ont pas encore été analysés ni revus par des tiers/experts ni publiés, et nous n’en savons pas assez sur les détails de la méthodologie de l’étude pour déterminer si ses résultats sont fiables.

À partir du résumé de l’étude, il apparait que 707 personnes âgées en bonne santé – recrutées dans un centre en Espagne et aux États-Unis – ont été réparties en deux groupes. Un groupe a ajouté des noix à son alimentation, tandis que l’autre groupe (de contrôle) a continué à manger normalement, mais en évitant les noix (on ne sait pas si ce groupe a évité de manger toutes sortes de fruits à coque ou seulement des noix). Les participants du groupe qui mangeaient des noix devaient manger assez de noix pour qu’elles représentent jusqu’à 15 % de leurs apports en calories. Les chercheurs ont ensuite mesuré les modifications du cholestérol sanguin, ainsi que du poids du corps étant donné que les noix sont riches en calories, ceux qui en avaient ajouté dans leur alimentation pouvaient s’attendre à prendre du poids.

Trop tôt pour se prononcer

L’objectif était de suivre les groupes pendant deux ans. Cependant, le résumé présente les données pour 514 participants seulement et un an après. 56 personnes ont quitté l’étude pour différentes raisons non précisées, et 137 autres participants n’avaient pas encore d’évaluation sur un an. Nous ne savons pas pourquoi les chercheurs n’ont pas attendu pour inclure ces 137 participants dans les conclusions de l’étude, peut-être la précipitation ou la pression de publier. Et nous ne pouvons pas prédire si les résultats anticipés de ce sous-groupe sont représentatifs du groupe tout entier, ni s’il y avait quelque chose de différent chez ces personnes.

De même que les détails sur la façon dont les participants ont été répartis au hasard dans les deux groupes ne sont pas donnés, et nous ne savons pas si les caractéristiques des deux groupes étaient les mêmes au début de l’étude, ni si les gens qui ont pris les mesures étaient conscients de qui mangeait quoi. Tous ces éléments étant des sources possibles de biais.

Malgré toutes ces réserves, les chercheurs ont vérifié que le groupe qui mangeait des noix avait vraiment mangé plus de noix que le groupe de contrôle en mesurant la quantité d’acides gras appelés "acides alpha-linoléiques". Cet acide gras est présent en grandes quantités dans les noix, mais pas dans beaucoup d’autres aliments [2]. Une autre force de la méthodologie de l’étude était qu’elle reposait sur deux pays qui ont différents modes d’alimentation, ainsi l’effet de l’ajout des noix à un régime Méditerranéen ou Occidental pouvait être perçu.

Qui a financé cette étude ?

Il est toujours utile de savoir qui est la source de financement d’une étude, pour voir notamment si les sponsors sont intéressés par les résultats. Or cette étude a été financée par la Commission des Noix de Californie (California Walnut Commission).

Bien entendu, le fait que l’étude soit financée par l’industrie de la noix ou des fruits à coque ne veut pas obligatoirement dire qu’elle soit biaisée, mais il faut tout de même être prudent quand on regarde les conclusions d’une telle recherche et la façon dont elle est présentée et interprétée. Une autre étude financée par la même commission, publiée dans le British Medical Journal en 2015, avait aussi regardé les effets d’une consommation de noix sur le cholestérol LDL [3]. Les participants étaient aussi répartis aléatoirement dans des groupes qui soit mangeaient soit ne mangeaient pas de noix.

Dans le résumé de l’article publié (qui est souvent la seule partie de l’étude accessible aux médias) il a été rapporté que le groupe qui mangeait des noix avait affiché une baisse du cholestérol LDL dans le sang. C’est effectivement vrai, cependant ce que les auteurs ont oublié de mentionner dans le résumé c’est que l’autre groupe – qui avait retiré les noix de son alimentation – avait aussi affiché une réduction du cholestérol LDL, et qu’il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes. Ainsi, les niveaux de cholestérol LDL avaient baissé et ceci que des noix soient consommées ou non.

Seule une personne qui aura lu l’article entièrement et rigoureusement sera en mesure de déceler cette conclusion qui ne bénéficie pas aux noix, et de nombreux lecteurs ne sont pas allés au-delà du résumé présenté.

Devons-nous manger plus de noix ?

Malgré les doutes concernant les comptes-rendus pour le moins prématurés de cette étude, les résultats restent cohérents avec une recherche précédente sur les noix. Une analyse des résultats provenant de 25 études [4] indique que la consommation de noix est susceptible de faire baisser le cholestérol sanguin. L’effet de réduction du cholestérol pourrait s’expliquer par la présence de stérols végétaux dans les noix, qui peuvent agir sur l’absorption du cholestérol.

Les noix sont riches en vitamines B, en antioxydants, en minéraux, fibres, acides gras omega-3 et protéines. Le fait d’inclure des noix dans votre alimentation pourrait aider à prévenir beaucoup des maladies chroniques associées au vieillissement, avec différentes études qui indiquent qu’elles peuvent prévenir les maladies cardiovasculaires en améliorant le contrôle du sucre dans le sang chez les gens qui sont diabétiques et qu’elles pourraient prévenir des cancers [5].

Malgré leur riche apport en calories, la plupart des gens ne prend pas de poids, et certains en ont même perdu, quand les noix sont consommées quotidiennement. Ceci pourrait être dû à l’effet de satiété des graisses et des protéines présentes dans les noix, ou peut-être parce que nous ne pouvons pas absorber toutes les graisses car elles sont fermement stockées à l’intérieur des cellules et associées aux fibres qui peuvent ralentir leur absorption [6].

Il est trop tôt pour dire si nous pouvons faire confiance aux résultats de la présente étude pourtant reprise à l’unisson par tous les médias, mais on peut dire sans risque que les noix peuvent être appréciées comme un élément sain de tout régime alimentaire.

Références :

[1] Effect of a 1-Year Walnut Supplementation on Blood Lipids among Older Individuals : Findings from the Walnuts and Healthy Aging (WAHA) study. 2016, The FASEB Journal, vol. 30 no. 1 Supplement 293.4

[2] Omega-3 Fatty Acids : An Essential Contribution.

[3] Walnut ingestion in adults at risk for diabetes : effects on body composition, diet quality, and cardiac risk measures. BMJ Open Diab Res Care 2015 ;3:e000115.

[4] Nut Consumption and Blood Lipid Levels. A Pooled Analysis of 25 Intervention Trials. Zoan Sabaté, Keiji Oda, Emilio Ros, Arch Intern Med. 2010 ;170(9):821-827.

[5] The PLOS ONE Staff (2014) Correction : Effect of Tree Nuts on Glycemic Control in Diabetes : A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Dietary Trials. PLoS ONE 9(9) : e109224.

[6] Asia Pac J Clin Nutr. 2010 ;19(1):137-41. Nuts and healthy body weight maintenance mechanisms. Mattes RD, Dreher ML.


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