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Faire plus de sport n’est pas toujours meilleur

samedi 16 août 2014

D’après une étude publiée dans les Mayo Clinic Proceedings [1], 1 personne sur 20 pourrait faire trop de sport.

Il y a des éléments de preuve épidémiologiques solides montrant l’importance de faire régulièrement de l’activité physique, comme de la marche et du jogging, notamment pour ce qui est de gérer et d’améliorer sa rééducation après un accident cardiovasculaire, et pour réduire le risque de décéder d’autres maladies telles que l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux et le diabète de type 2. Les recommandations conseillent de faire environ 150 minutes d’exercice à intensité modérée par semaine, ou environ 75 minutes d’exercice intensif. Mais il y a des éléments de preuve solides montrant une augmentation des décès cardiovasculaires à cause d’un excès dans la pratique du sport chez les personnes ayant déjà eu une crise cardiaque.

Le Dr Paul Williams de l’Université de Berkeley et le Dr Paul Thompson de Hartford ont étudié la relation qu’il y a entre l’exercice et les décès par maladie cardiovasculaire chez environ 2400 personnes ayant survécu à une crise cardiaque. Il ont réalisé une étude prospective sur le long terme en utilisant les bases de données des études de la National Walkers & Runners Health (des études sur des marcheurs et des coureurs). Cette étude a confirmé des comptes rendus passés indiquant que les bénéfices cardiovasculaires de la marche et de la course à pieds étaient équivalents, tant que les dépenses d’énergie étaient les mêmes, bien que la marche, comparée à la course à pieds, prendra environ deux fois plus de temps pour brûler le même nombre de calories.

Des diminutions remarquables des décès par accidents cardiovasculaires, selon le volume d’exercice, jusqu’à 65 %, ont été trouvées chez les patients qui couraient moins de 50 kilomètres ou qui marchaient moins de 75 km par semaine. Au-delà de ce niveau cependant, la plupart des bénéfices de l’exercice était perdu, comme le montrait un graphique en forme de J inversé.

"Ces analyses fournissent ce qui, à notre connaissance, sont les premières données chez les êtres humains qui démontrent une augmentation statistiquement importante du risque cardiovasculaire avec les niveaux les plus élevés d’exercice physique", expliquent Williams et Thompson. "Les résultats montrent que les bénéfices de la course à pieds ou de la marche ne s’accumulent pas indéfiniment, et qu’au-delà d’un certain niveau, peut-être 50 km de course à pieds par semaine, il y a une augmentation significative du risque. Les événements de compétition de course à pieds apparaissent aussi augmenter le risque de vivre un accident aigu." Cependant, ils font aussi remarquer que "notre étude de population consistait en des personnes qui ont survécu à une crise cardiaque, et donc que les résultats ne peuvent pas être immédiatement généralisés à la population entière de grands sportifs".

Les scientifiques ont aussi rapporté une méta-analyse de dix études qui visaient à fournir une vue d’ensemble précise de la mortalité chez les athlètes de haut niveau [2]. Ces études comprenaient plus de 42000 athlètes de haut niveau (dont 707 femmes) qui ont participé à un large ensemble de sports comprenant le football, le baseball, l’athlétisme et le cyclisme, incluant des athlètes de niveau Olympique et des participants au Tour de France.

"Ce que nous avons trouvé était que les athlètes de haut niveau (surtout les hommes) vivaient plus longtemps que la population en général, ce qui suggère que les effets bénéfiques à la santé de l’exercice, surtout pour ce qui est de réduire les maladies cardiovasculaires et le risque de cancer, ne sont pas obligatoirement confinés dans les doses modérées", commente le chercheur Alejandro Lucia de l’Université Européenne de Madrid. "Mais il faudra plus de recherches cependant, en ayant recours à davantage de cohortes homogènes et à une représentation plus proportionnelle des deux sexes".

"L’extrapolation des données provenant de l’étude de Williams et Thompson à la population en général montrerait qu’environ une personne sur vingt fait trop de sport", commentent les chercheurs. Certains suggèrent plutôt l’expression de "blessure cardiaque due à l’abus" pour cette conséquence de plus en plus fréquente de la stratégie disant que "plus c’est mieux". Toutefois, ces auteurs déclarent qu’environ 10 personnes sur 20 ne font pas le minimum d’activité physique recommandée (>150 minutes/semaine d’exercice modéré).

Les scientifiques font aussi remarquer qu’une dose cumulée hebdomadaire d’exercice vigoureux de maximum cinq heures a été identifiée dans plusieurs études comme étant le plafond de sécurité pour être en bonne santé cardiovasculaire et pour vivre vieux [3]. Et qu’il peut aussi être bénéfique de prendre un ou deux jours de repos sans faire de sport, et de s’abstenir de faire des exercices de forte intensité tous les jours. Ils proposent plutôt que les individus qui se situent à l’une ou l’autre extrémité du spectre de l’exercice (les gens sédentaires et ceux qui font trop de sport) récolteront plutôt des bénéfices à long terme pour leur santé en modifiant leurs niveaux d’activité physique pour demeurer dans la plage modérée.

"Pour les patients qui ont vécu un accident cardiaque, presque tous devraient faire de l’exercice, et généralement la plupart devrait en faire de 30 à 40 minutes tous les jours. Mais d’un point de vue de la santé, il n’y a pas de raison de faire du sport plus longtemps, et surtout pas plus de 60 minutes la plupart des jours" disent-ils. "Comme Hippocrate le disait déjà il y a environ 2000 ans : ’si nous pouvions donner à tous les individus la quantité idéale de nourriture et d’exercice, ni pas assez ni trop, nous aurions trouvé la façon la plus sûre d’être en bonne santé’."

Références :

[1] Paul T. Williams, Paul D. Thompson. Increased Cardiovascular Disease Mortality Associated With Excessive Exercise in Heart Attack Survivors. Mayo Clinic Proceedings, 2014 ; DOI : 10.1016/j.mayocp.2014.05.006.

[2] Nuria Garatachea, Alejandro Santos-Lozano, Fabian Sanchis-Gomar, Carmen Fiuza-Luces, Helios Pareja-Galeano, Enzo Emanuele, Alejandro Lucia. Elite Athletes Live Longer Than the General Population : A Meta-Analysis. Mayo Clinic Proceedings, 2014 ; DOI : 10.1016/j.mayocp.2014.06.004.

[3] James H. O’Keefe, Barry Franklin, Carl J. Lavie. Exercising for Health and Longevity vs Peak Performance : Different Regimens for Different Goals. Mayo Clinic Proceedings, 2014 ; DOI : 10.1016/j.mayocp.2014.07.007.


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