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L’amour est une addiction

vendredi 17 septembre 2010

Ceux qui n’arrivent pas à oublier leur amour perdu, pourraient avoir une raison biologique expliquant leur désespoir. Une étude sur le cerveau, publiée dans le Journal of Neurophysiology [1], suggère que surmonter une rupture amoureuse pourrait être comme sortir d’une addiction.

L’étude a examiné les cerveaux d’individus dont le coeur avait récemment été brisé, et qui avaient du mal à s’en remettre. Les chercheurs ont trouvé que, pour ces femmes ou hommes au cœur brisé, regarder des photographies de leur ancien partenaire activait des régions du cerveau associées à la récompense, au manque, au contrôle des émotions, aux émotions d’attachement et à la douleur et détresse physique.

Ces résultats expliquent pourquoi il peut être si difficile, pour certaines personnes, de se faire une raison suite à une rupture, et pourquoi, dans certains cas, ces gens sont poussés à avoir des comportements extrêmes, tels que le harcèlement et l’homicide, suite à une peine de coeur.

"L’amour passionné est une addiction" dit l’auteure de l’étude, Helen Fisher, anthropologue biologique à l’Université Rutgers, qui a étudié l’amour. "C’est une addiction puissamment merveilleuse lorsque les choses vont bien, et une addiction terrible quand les choses tournent mal" dit-elle.

Les chercheurs spéculent sur le fait que la réaction du cerveau au rejet romantique pourrait avoir des fondements évolutionnistes. "Je pense que les connexions cérébrales de l’amour ont évolué sur des millions d’années, pour permettre à nos ancêtres de concentrer leur énergie d’accouplement sur une seule personne, à une époque donnée, pour lancer le processus" dit Fisher. "Et quand vous êtes éconduit par votre amoureux(se), vous avez perdu le plus grand bien de votre vie : votre partenaire pour la reproduction."

"Ce système cérébral s’est probablement activé pour vous aider à essayer de récupérer cette personne, ainsi, vous vous concentrez sur elle, la désirant ardemment et tentant tout pour la faire revenir" dit-elle.

Le cerveau du coeur brisé

Fisher et ses collègues ont scanné les cerveaux de 15 volontaires (10 femmes et 5 hommes), qui avaient tous récemment vécu une rupture, mais qui étaient tous encore amoureux de la personne qui les avait rejetés. La durée moyenne de leur relation était d’environ 2 ans, et environ 2 mois s’étaient écoulés depuis que la relation avait pris fin.

Tous les participants avaient un score élevé sur "l’échelle de l’amour passionné" qui est un questionnaire que les psychologues utilisent pour mesurer l’intensité des sentiments amoureux. Les participants déclaraient aussi qu’ils passaient plus de 85% de leur temps à penser à leur ancien compagnon(ne).

Dans l’expérience, les sujets ont regardé une photographie de leur ancien partenaire, et on leur a demandé de penser aux événements qu’ils avaient vécus ensemble. Les sujets ont aussi regardé des images neutres d’une personne familière, comme un ami ou un ami d’un ami. Pour essayer de supprimer les sentiments amoureux évoqués par la première expérience, les chercheurs ont demandé aux participants de faire un exercice de mathématiques entre les deux sessions de photographies.

Le fait de voir leur ancien amoureux a stimulé une région du cerveau appelée l’aire tegmentale ventrale, impliquée dans la motivation et la récompense. Des travaux antérieurs avaient découvert que cette région était aussi active chez les gens qui sont follement amoureux, ceci est logique parce que "que vous soyez heureux ou malheureux en amour, vous êtes toujours amoureux" dit Fisher.

Les régions du cerveau connues comme étant le noyau accumbens et le cortex orbifrontal/préfrontal ont aussi été activées. Ces régions sont connues comme étant associées à la dépendance intense à la cocaïne et à la cigarette.

Il y avait aussi une activité accrue dans le cortex insulaire et cingulaire antérieur, régions associées à la douleur physique et à la détresse.

Quelques bonnes nouvelles

Les chercheurs ont aussi de bonnes nouvelles pour les amoureux éconduits : le temps semble les guérir. Plus le temps aura passé depuis la rupture, et moins l’activité sera puissante dans la région cérébrale associée à l’attachement.

Les régions du cerveau impliquées dans la régulation des émotions, dans la prise de décision et l’évaluation étaient aussi actives quand les participants voyaient leur ancien amour. Cela suggère que les participants apprenaient de leur expérience amoureuse passée, évaluant leurs gains et leurs pertes pour réfléchir à la façon de traiter la situation. Ces résultats suggèrent que le fait de parler de son expérience, plutôt que de rester à se morfondre tout seul et avoir le cafard, a des bénéfices thérapeutiques pour l’aspirant délaissé. "Il semble être bon, pour la santé du cerveau, de ne pas rester plongé dans son désespoir, mais de penser à la situation plus activement en essayant de trouver le moyen d’y remédier" conclut la chercheuse.

Références :

[1] Reward, Addiction, and Emotion Regulation Systems Associated With Rejection in Love. Journal of Neurophysiology, Jul 2010 ; 104 : 51 - 60.


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