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L’endurance a plus d’effets anti-âge que la musculation

vendredi 7 décembre 2018

Des chercheurs ont trouvé des éléments de preuves qui montrent que les exercices d’endurance, comme la course à pieds, la natation, le ski cross-country et le cyclisme, vont mieux vous aider à vieillir que les exercices de musculation avec des poids.

Dans cette étude, publiée dans l’European Heart Journal [1], des chercheurs ont analysé les effets de trois types d’exercices - un entrainement d’endurance, un entrainement fractionné à intensité élevé et un entrainement de musculation – sur la façon dont les cellules humaines vieillissaient, et ils ont trouvé que l’endurance et l’entrainement de forte intensité ralentissaient tous deux ou même inversaient le vieillissement cellulaire, mais pas l’entrainement de musculation.

Notre ADN est organisé en chromosomes dans toutes les cellules du corps. Au bout de chaque chromosome se trouve une séquence ADN répétitive, appelée "télomère", qui couvre le chromosome et protège sa terminaison des détériorations. Quand nous vieillissons, les télomères se raccourcissent et ceci est un mécanisme moléculaire important du vieillissement de la cellule, qui conduit en fin de compte à la mort de la cellule quand les télomères ne sont plus en mesure de protéger l’ADN chromosomique. Le processus du raccourcissement des télomères est régulé par plusieurs protéines. Parmi elles, l’enzyme télomèrase qui est capable de contrecarrer le processus du raccourcissement et peut même rallonger les télomères.

Les chercheurs ont enrôlé 266 jeunes volontaires en bonne santé, mais qui étaient au préalable inactifs, pour les répartir au hasard dans soit un groupe qui suivait un entrainement d’endurance pendant six mois (course à pieds), soit un groupe faisant un entrainement fractionné à intensité élevé (échauffement suivi de quatre séances de course à pieds très intenses alternant avec un rythme plus lent) soit un groupe de musculation (entrainement sur huit machines de musculation travaillant les différents muscles) ou un groupe de contrôle qui ne faisait rien de plus qu’avant.

Les participants qui ont été répartis dans les groupes qui faisaient de l’exercice devaient faire trois séances de 45 minutes par semaine, pour un total de 124 séances pour compléter l’étude. Les chercheurs ont analysé la longueur des télomères et leur activité dans les globules blancs lors de prélèvements sanguins qui ont été réalisés au début de l’étude, et deux prélèvements sanguins ont été faits sept jours avant la fin des six mois d’exercices.

Les auteurs de l’étude déclarent : "notre principale découverte est que, par rapport au début de l’étude et au groupe de contrôle, chez les volontaires qui faisaient des entraînements d’endurance et fractionnés de forte intensité, l’activité et la longueur des télomères ont augmenté, qui sont tous deux importants pour le vieillissement cellulaire, pour la capacité de régénération et donc pour vieillir en bonne santé. Mais il faut noter que le groupe qui suivait un entrainement de musculation n’a pas présenté ces effets."

L’activité des télomères était deux à trois fois plus importante, et leur longueur a fortement augmenté, dans les groupes qui faisaient de l’endurance et l’entrainement à intensité élevée, comparés aux groupes faisant de la musculation ou rien du tout.

"L’étude a identifié un mécanisme grâce auquel l’entrainement d’endurance – mais pas la musculation – améliorait le vieillissement. Cela pourrait aider à concevoir des études futures dans cet important domaine en utilisant la longueur des télomères comme indicateur du ’vieillissement biologique’ lors de futures interventions," disent les chercheurs.

Ils ajoutent : "cette étude a plusieurs implications : nos données soutiennent les recommandations de la Société Européenne de Cardiologie selon lesquelles la musculation doit être complémentaire à l’endurance plutôt qu’un substitut. Les données ont identifié l’activité de la télomérase et la longueur des télomères comme des moyens sensibles pour mesurer au niveau cellulaire les effets des différentes formes d’exercices. Le fait d’utiliser ces mesures, pour guider les recommandations d’entrainement sportif de chacun, peut améliorer à la fois leur adhésion et l’efficacité des programmes d’entrainement sportifs afin de prévenir les maladies cardiovasculaires."

Des recherches passées ont montré que des télomères plus longs et une activité plus importante de la télomérase étaient associés à un vieillissement en bonne santé [2]. Le professeur Laufs ajoute : "l’exercice physique est fortement recommandé. Cependant, les études prospectives randomisées contrôlées sur ce sujet sont très rares car elles nécessitent un effort important et ne sont pas financées par des sources privées. Le nombre de participants dans cette étude peut paraitre faible comparé à de grandes études sur les médicaments, cependant, pour autant que nous le sachions, il s’agit de la plus grande étude randomisée ayant comparé des modalités d’entrainement bien définies avec un groupe de contrôle et sur une durée aussi longue de six mois."

L’un des mécanismes possibles pouvant expliquer pourquoi l’endurance et l’entrainement à intensité élevée pouvaient augmenter la longueur des télomères et l’activité de la télomérase est que ces types d’exercices modifient les niveaux de monoxyde d’azote dans les vaisseaux sanguins, ce qui contribue aux changements dans les cellules.

"D’un point de vue évolutionniste, les entrainements d’endurance et de forte intensité pourraient mieux imiter les comportements de déplacements et de luttes pour la survie de nos ancêtres que l’entrainement de musculation," explique le Dr Werner.

Références :

[1] Differential effects of endurance, interval and resistance training on telomerase activity and telomere length in a randomized, controlled study. European Heart Journal.

[2] Exercise, telomerase activity and cardiovascular disease prevention. Konstantinos Stellos, Ioakim Spyridopoulos. European Heart Journal.


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