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L’étude sur le lien entre soda light et le risque d’attaque est médiocre

vendredi 11 février 2011

Une récente étude concernant les risques de problèmes cardiovasculaires chez les buveurs de soda light, qui a fait les gros titres [1] et provoqué pas mal de réactions, a aussi provoqué son lot de critiques et de scepticisme dans le domaine de la nutrition et de la science.

Le Conseil de Contrôle des Calories (Calorie Control Council) a déclaré que les résultats de cette recherche présentée durant une session à l’International Stroke Conference, affirmant qu’il y avait un lien entre la consommation des boissons de régime édulcorées et le risque d’attaque et de crise cardiaque, étaient sérieusement entachés de défauts.

"Ces résultats sont si spéculatifs et préliminaires qu’ils devraient être considérés avec une extrême prudence. En fait, l’étude n’a pas été revue ni relue par des pairs scientifiques indépendants (peer review), et n’a pas été publiée dans un journal scientifique" déclare Beth Hubrich, diététicien enregistré auprès du Conseil.

La recherche, tout comme la publicité qui a été faite autour de l’extrait de l’étude, a été fortement critiquée par des experts en nutrition et des scientifiques.

"Je dois dire que c’est une des pires études que j’ai pu lire depuis longtemps" affirme le Dr Richard Besser. "Elle est de mauvaise qualité vis-à-vis de la science, mais elle est aussi mauvaise à cause du comportement qu’elle pourrait provoquer, et la peur qu’elle pourrait engendrer chez les consommateurs. Je ne pense pas que les gens devraient changer de comportement à partir de cette étude."

En montrant certains des défauts de l’étude, Besser ajoute : "ils n’ont pas analysé la quantité de sel consommée, ni les autres aliments avalés. Or, nous savons que ces éléments sont associés aux attaques et crises cardiaques. Ils n’ont pas non plus regardé l’obésité dans le temps. Et tirer des conclusions selon lesquelles tout viendrait du soda n’a aucun sens scientifiquement."

Le Dr. Walter Willett, du Département de Nutrition de Harvard fait écho à ces critiques : "il est important de garder à l’esprit qu’il s’agissait d’un compte-rendu préliminaire. Il n’avait pas encore été publié et l’étude est très petite. Il faut donc interpréter les résultats sur les sodas light très prudemment, comme dans tout premier compte-rendu, nous ne devrions pas modifier notre comportement parce que les résultats peuvent être apparus seulement par hasard."

Les différentes faiblesses et critiques de cette étude sont :

- La présentation n’est pas une étude publiée et n’a pas été revue par des pairs pour un journal scientifique. Il en résulte qu’elle n’a pas été examinée par des experts pour en analyser le caractère raisonnable des conclusions et les autres problèmes méthodologiques. Les autres standards de cette étude sont plus faibles que dans les journaux scientifiques à comité de lecture, ce qui remet en cause les conclusions.

- Les données sur la consommation de soda de cette présentation sont d’une fiabilité douteuse. Elles reposent sur des figures de consommation auto-rapportées, qui sont groupées en catégories générales, comme les consommateurs de soda de régime "modérés seulement". Cette imprécision fait que des conclusions importantes sont très difficiles à tirer à partir de cette étude.

- Cette étude est observationnelle et ne montre pas de relation de cause à effet. Il en résulte que la conclusion des auteurs stipulant que le soda de régime "pourrait être associé à un plus grand risque d’attaque, de maladie cardiovasculaire ou de crise cardiaque qu’avec du soda normal" n’est pas fondée. Par exemple, les auteurs n’ont pas contrôlé des facteurs critiques comme le passé des maladies cardiaques ou attaques de la famille, ni la prise de poids. Les attaques sont également plus fréquentes chez les hommes de 55 ans et plus, et chez les femmes de 65 ans ou plus. Or la moyenne d’âge des sujets de l’étude était de 69 ans.

- La taille de l’échantillon de ceux qui ont déclaré boire du soda de régime tous les jours était très petite, de 4,5% seulement de l’échantillon total de l’étude.

- La population globale de l’étude n’était pas représentative de la population Américaine, que ce soit en âge (moyenne de 69 ans), ni race (seulement 20% de blancs non hispaniques.)

- Les événements cardiovasculaires sont très complexes statistiquement. De nombreuses personnes qui ont vécu un problème cardiovasculaire (et qui ont donc statistiquement un risque plus élevé d’en vivre un second) sont pour la plupart mis au régime, et consomment donc des sodas light et évitent les boissons riches en calories.

- Les auteurs n’offrent pas d’explication ni théorie expliquant pourquoi les boissons light seraient associées à un risque accru de problèmes vasculaires.

Les édulcorants font partie des ingrédients alimentaires les plus étudiés. La sécurité de ces derniers a été réaffirmée par de nombreuses études de bonne qualité.

Références :

[1] Abuser de soda light nuirait gravement à la santé. Le Parisien, le 10.02.2011, 09h03.


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