Accueil du site > Physiologie > L’exercice modifie le travail moléculaire du corps
L’exercice modifie le travail moléculaire du corps

mercredi 22 mars 2017

L’exercice physique est bon pour vous, ce que nous savons déjà. Il permet de construire du muscle, de brûler du gras et nous rend plus heureux et en meilleure santé. Mais bien avant de s’apercevoir de ses bienfaits, il y a d’autres changements, plus immédiats ceux-là, moléculaires et immunologiques, qui prennent place dans les cellules. Des changements qui peuvent être responsables de la protection contre les maladies, la tension artérielle, le diabète voire même agissent contre le vieillissement [1] et le cancer [2].

On pourrait croire que les changements “moléculaires” pourraient ne pas être si importants. Sans doute la perte de graisse et les gains de muscles sont les meilleurs résultats (visibles) de l’exercice. Mais en fait, les changements moléculaires modifient la façon dont les gènes et les protéines sont contrôlés à l’intérieur des cellules. Les gènes peuvent devenir plus ou moins actifs, tandis que les protéines peuvent se modifier rapidement pour fonctionner différemment et réaliser des tâches comme déplacer plus efficacement le glucose dans les cellules, ou protéger les cellules des toxines nocives.

Le diabète de type 2 cause toutes sortes de problèmes de santé, comme des maladies cardiovasculaires, de la tension artérielle, une cécité, une insuffisance rénale et des lésions nerveuses, et il peut conduire à l’amputation des membres. La cause sous-jacente est le développement d’un état inflammatoire plus intense dans les tissus du corps et dans les cellules [3]. Cela endommage les cellules et peut éventuellement conduire à une résistance à l’insuline et, en fin de compte, au diabète de type 2.

Le principal facteur de risque pour le diabète de type 2 comprend l’obésité, une mauvaise alimentation et un mode de vie sédentaire. Cependant, les chercheurs ont trouvé que même de l’exercice à intensité modérée ou faible, comme de la marche, peut augmenter la sensibilité du corps à l’insuline [4]. Cela signifie que les personnes qui ont un risque de développer du diabète peuvent devenir moins sujettes au diabète car elles sont en mesure de métaboliser plus efficacement le glucose.

Dans le cadre d’une étude, 20 personnes sédentaires qui avaient un risque de développer du diabète ont fait de la marche pendant 45 minutes, trois fois par semaine pendant huit semaines. Bien qu’il n’y ait pas de changement de leur poids de corps, de leur tension ni de leur niveaux de cholestérol, chaque participant a perdu en moyenne six centimètres de tour de taille. Et, plus important, il y a eu une réduction de leur risque de diabète.

Les bénéfices pour le système immunitaire

Il y a aussi eu des changements produits par l’exercice dans les monocytes des participants, qui sont des cellules immunitaires importantes qui circulent dans le sang. Cela a conduit à une réduction de l’état inflammatoire du corps, l’un des principaux risques du diabète de type 2.

Quand notre corps subit une attaque d’envahisseurs étrangers comme les microbes, les cellules immunitaires comme les monocytes se changent en macrophages « dévoreurs de microbes ». Leur fonction première est de lutter contre l’infection dans nos tissus et nos poumons. Il y a deux types principaux de macrophages, M1 et M2. Les macrophages M1 sont associés aux réponses pro-inflammatoires et ils sont utiles pour lutter agressivement contre les infections. Cependant, chez les gens obèses qui ne font pas d’exercice, ces cellules deviennent actives même en l’absence d’infection. Cela peut conduire à une condition inflammatoire accrue indésirée qui peut « provoquer » le diabète.

D’un autre côté, les macrophages M2 jouent un rôle dans le fait « d’éteindre » l’inflammation et ils sont utiles pour amortir les M1 plus agressifs [5]. Ainsi, un équilibre sain de macrophages M1 et M2 est crucial pour maintenir une réponse immunitaire optimale afin de lutter contre les infections – et cela peut aider à prévenir toute condition inflammatoire accrue qui provient d’un manque d’exercice et aussi de l’obésité.

D’autres études ont aussi montré que l’exercice a un impact bénéfique sur le fonctionnement des cellules immunitaires des tissus et qu’il peut réduire l’inflammation inutile. L’entrainement sportif chez les individus obèses a montré qu’il réduisait les niveaux d’inflammation des tissus notamment parce qu’il y a moins de cellules macrophages présentes dans le tissu de graisse [6].

En outre, les chercheurs ont trouvé un lien important entre l’exercice et l’équilibre des macrophages M1 et M2. Il a été montré que l’exercice chez des rats obèses avait pour résultat un glissement des macrophages M1 « agressifs » vers les plus passifs M2, et que cette réduction de l’état inflammatoire était corrélé à une amélioration de la résistance à l’insuline [7].

Il faut bouger

Il n’y a pas de réponse définitive à la quantité et l’intensité d’exercice qui est nécessaire pour nous protéger du diabète. Bien que certains chercheurs aient montré que tandis que l’exercice à intensité élevée améliore la condition physique globale, il y a peu de différence entre l’exercice de forte et faible intensité pour améliorer la sensibilité à l’insuline [8].

Cependant, une étude a montré que toutes les formes d’exercice d’endurance – en particulier l’entrainement fractionné ou à intensité élevée par intervalles comme le cyclisme ou la course à pieds – peuvent efficacement stopper le vieillissement au niveau cellulaire [9]. L’exercice pousse les cellules à produire plus de protéines pour leurs mitochondries productrices d’énergie et leurs ribosomes producteurs de protéines. Les chercheurs ont aussi observé que ces changements « moléculaires » apparaissent très rapidement au niveau des gènes et des protéines après l‘exercice et que ses effets protégeaient contre les dommages aux importantes protéines dans les cellules tout en améliorant la façon dont l’insuline fonctionne.

Bien que vous ne puissiez pas immédiatement voir les changements que vous recherchez, même le fait de faire gentiment de l’exercice physique peut faire une grande différence dans la façon dont les cellules du corps se comportent. Cela veut dire que l’exercice peut avoir des bénéfices à la santé bien plus importants pour d’autres inflammations associées aux maladies, et qu’il peut nous protéger contre le vieillissement et le cancer [10].

Références :

[1] Enhanced Protein Translation Underlies Improved Metabolic and Physical Adaptations to Different Exercise Training Modes in Young and Old Humans. Cell Metabolism, Volume 25, Issue 3, p581–592, 7 March 2017

[2] Nat Rev Immunol. 2011 ;11(9):607-15. The anti-inflammatory effects of exercise : mechanisms and implications for the prevention and treatment of disease.

[3] Diabetologia. 2007 ;50(12):2562-71. 2007. Associations between insulin resistance and TNF-alpha in plasma, skeletal muscle and adipose tissue in humans with and without type 2 diabetes.

[4] Eur J Appl Physiol. 2016 ; 116 : 1671–1682. Moderate-intensity exercise alters markers of alternative activation in circulating monocytes in females : a putative role for PPARγ

[5] Nature. 2007 ;447(7148):1116-20. Macrophage-specific PPARgamma controls alternative activation and improves insulin resistance.

[6] Biochem Biophys Res Commun. 2013 ;441(1):36-41. Exercise-induced enhancement of insulin sensitivity is associated with accumulation of M2-polarized macrophages in mouse skeletal muscle.

[7] Obesity (Silver Spring). 2013 Dec ;21(12):2545-56. Acute exercise induces a phenotypic switch in adipose tissue macrophage polarization in diet-induced obese rats.

[8] Appl Physiol Nutr Metab. 2017 ;42(2):202-208. A comparison of the health benefits of reduced-exertion high-intensity interval training (REHIT) and moderate-intensity walking in type 2 diabetes patients.

[9] Cell Metabolism, Enhanced Protein Translation Underlies Improved Metabolic and Physical Adaptations to Different Exercise Training Modes in Young and Old Humans.

[10] Nat Rev Immunol. 2011, 5 ;11(9):607-15. The anti-inflammatory effects of exercise : mechanisms and implications for the prevention and treatment of disease.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser :



| Bodyscience.fr - Conception : © 2017 François Grandemange - Tous droits reservés | Contacts | SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | C.G.U. |