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L’homophobie dans le sport

lundi 26 novembre 2012

Identité sportive, agression autoritariste et dominance sociale.

L’homophobie existe dans de nombreux domaines de la vie de tous les jours. Mais elle semble être particulièrement présente dans les environnements du sport en tous genres, de l’exercice physique et de l’éducation physique. Mais pourquoi cela ?

Pour le savoir, une équipe internationale de psychologues a examiné les relations entre l’investissement dans l’identité physique et sportive, certains attributs psychologiques et l’homophobie dans l’éducation physique et les participants sportifs.

Les auteurs de l’étude, qui ont publié leur recherche dans l’International Journal of Psychology [1], avaient deux objectifs à l’esprit. Premièrement, ils voulaient soulever l’absence de travaux quantitatifs sur l’homophobie dans le cadre de l’éducation sportive et les environnements sportifs. Deuxièmement, ils voulaient examiner le rôle joué par les constructions sociologiques conservatrices établies dans l’homophobie. Étant donné que d’autres formes de biais comme le racisme sont associés à des idéologies conservatrices et des traits de personnalité comme l’autoritarisme et la dominance sociale (i.e. une préférence marquée pour les hiérarchies), les auteurs voulaient savoir si de telles caractéristiques étaient aussi associées à l’homophobie.

Parce que la masculinité hétérosexuelle et l’identité physique sont définies par des attributs physiques à la fois pour les hommes et pour les femmes (que certains pensent que les gays et les lesbiennes menacent), leur auteurs ont aussi exploré les relations entre l’identité sportive et les modèles associés aux images athlétiques qu’on se fait de soi-même, et les attitudes homophobes.

Les auteurs posaient que les individus qui s’identifiaient fortement comme membres d’un groupe physiquement orienté (comme des étudiants en éducation physique/science du sport) placent une valeur importante dans les attributs, aptitudes et apparences physiques (comme la force ou la dextérité), ou ont des idéologies plus conservatrices, ou pourraient tenir des attitudes plus négatives vis-à-vis de ceux qui ont des croyances et des attitudes qui diffèrent des leurs.

Les conclusions ont confirmé l’hypothèse des chercheurs : le préjugé anti-gay ou anti-lesbienne était plus important chez les étudiants en éducation physique que chez les autres étudiants, et les hommes avaient plus de préjugés contre les homos, mais pas contre les lesbiennes, que les femmes. Les différences entre les deux groupes semblaient s’expliquer par les différences dans les traits psychologiques conservateurs ; des scores plus élevés pour l’autoritarisme et la dominance sociale étaient des indicateurs significatifs. En outre, l’identité physique et les attributs athlétiques, reposant sur des idéaux masculins, apparaissaient aussi être associés aux préjugés chez les hommes.

Les auteurs de conclure que les environnements sportifs pourraient bénéficier "d’initiatives de réduction des préjugés qui concernent le surinvestissement dans les qualités physiques et les idées masculines", et qui renforcent l’égalité et la diversité sociales. De telles initiatives ont aussi besoin de traiter les facteurs contextuels et psychosociaux qui soutiennent l’homophobie.

Alors qu’il n’y a pas d’hypothèse selon laquelle la sportivité en soi encourage les préjugés, les auteurs préviennent que le fort sentiment anti-gay et anti-lesbien qu’ils ont trouvé pourrait être dû aux influences contextuelles qui augmentent ou supportent l’expression de l’homophobie. En d’autres termes, les préjugés peuvent se renforcer dans un groupe avec le temps, en accord avec la théorie de l’identité sociale.

Ces résultats apportent donc des preuves quantitatives pour soutenir les comptes-rendus qualitatifs et anecdotiques selon lesquels l’homophobie est plus élevée dans le sport et l’éducation physique que dans d’autres environnements, ce qui en fait une lecture essentielle pour les éducateurs, les entraîneurs et les sportifs professionnels qui doivent travailler ensemble pour les déraciner.

Références :

[1] Kerry O’Brien, Heather Shovelton, Janet Latner. Homophobia in physical education and sport : The role of physical/sporting identity and attributes, authoritarian aggression, and social dominance orientation. International Journal of Psychology, 2012 ; : 1 DOI : 10.1080/00207594.2012.713107


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