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L’industrie de l’alcool trompe le public sur les risques de l’alcool liés au cancer

samedi 9 septembre 2017

Une étude a identifié leurs stratégies de mensonge, de déformation ou de distraction.

Une équipe de chercheurs de la London School of Hygiene & Tropical Medicine avec le Karolinska Institutet en Suède a analysé l’information relative au cancer qui apparait sur les sites internet et les documents de presque trente organisations et industries de l’alcool à travers le monde entre septembre 2016 et décembre 2016 [1]. La plupart de ces sites internet (24 sur 26) affichent une espèce de distorsion ou une déformation des preuves à propos du risque de cancer à cause de l’alcool, avec les cancers du sein et les cancers colorectaux qui sont les principales cibles de ces portraits tendancieux.

L’approche la plus fréquente implique de présenter les relations entre l’alcool et le cancer comme quelque-chose de très complexe, en sous-entendant ou en déclarant qu’il n’y a pas de preuves ni de lien indépendant ou concordant. D’autres comprennent des dénis de l’existence de relations ou bien l’affirmation qu’il n’y a pas de risques dans le cadre d’une consommation légère ou "modérée" d’alcool, tout en évoquant une large gamme de facteurs de risque réels et potentiels qui présentent ainsi l’alcool seulement comme un risque parmi beaucoup d’autres.

D’après leur étude, les chercheurs affirment que le législateur et les organismes de santé publique devraient reconsidérer leurs relations avec les organismes et l’industrie de l’alcool, car ces derniers sont impliqués dans le développement de nombreuses politiques dans certains pays, en disséminant de l’information sur la santé au public.

La consommation d’alcool est un facteur de risque bien connu pour toute une gamme de cancers, comme de la cavité buccale, du foie, du sein et colorectal, et elle compte pour environ 4 % des nouveaux cas de cancers annuels. Il y a peu de preuves montrant que la consommation d’alcool protège contre certains cancers, comme les cancers des reins ou des ovaires, et le Comité Britannique de cancérogénicité a conclu en 2016 au manque de preuves, et que l’augmentation du risque des autres cancers, comme conséquence d’une consommation d’alcool, dépassait de loin tout risque possible de réduction.

Cette nouvelle étude a analysé l’information qui est disséminée par 27 organisations financées par l’industrie de l’alcool, notamment des "organisations de relations publiques et sociales" et d’autres organismes similaires. Les chercheurs voulaient déterminer dans quelle mesure l’industrie de l’alcool communiquait pleinement et précisément les preuves scientifiques sur les liens entre l’alcool et les cancers en direction des consommateurs. Ils ont analysé l’information sur le cancer et la consommation d’alcool répandue par ces organisations issues de pays anglophones, où bien lorsque l’information était disponible en anglais.

À travers une analyse quantitative de cette information, ils ont identifié trois stratégies principales de cette industrie. Le fait de nier ou de contester tout lien avec le cancer, ou toute omission sélective des relations pouvant exister. La déformation : le fait de mentionner certains risques de cancer, mais en dénaturant ou en obscurcissant la nature ou la taille de ce risque, et enfin la distraction : en ciblant la discussion loin des effets indépendants de l’alcool sur les cancers les plus fréquents.

Les auteurs de l’étude déclarent que "le poids des preuves scientifiques est clair : le fait de boire de l’alcool augmente le risque de certaines des formes les plus fréquentes de cancers. La conscience du public à ce sujet est faible, et il a été déclaré qu’une plus grande conscience du public, notamment sur les risques de cancer du sein, constituerait une menace sur le commerce de l’alcool et son industrie. Notre analyse montre que les producteurs d’alcool les plus importants pourraient tenter de réduire cela en répandant une information trompeuse sur le cancer à travers leurs organismes de ’consommation responsable’."

L’une des stratégies les plus fréquentes est "l’omission sélective", qui est le fait d’éviter de mentionner le cancer tout en évoquant les autres risques à la santé ou d’omettre des cancers spécifiques. Les chercheurs déclarent que l’une des plus importantes découvertes est que les matériaux de l’industrie de l’alcool semblent omettre ou dénaturer précisément les preuves sur le cancer du sein et colorectal. L’une des raisons probables est que ces cancers sont parmi les plus fréquents, et ils peuvent être ainsi plus connus que les cancers buccaux ou de l’œsophage.

Alors que le cancer du sein est mentionné, les chercheurs ont trouvé que 21 de ces organisations ne présentent pas d’informations sur le cancer du sein, ou bien une information trompeuse, comme de présenter d’autres facteurs de risque alternatifs possibles pour le cancer du sein, sans pour autant reconnaitre le risque indépendant de la consommation d’alcool sur ce cancer. Le Professeur Petticrew ajoute : "les preuves existantes des stratégies employées par l’industrie de l’alcool montrent qu’il ne s’agit pas d’une simple erreur. Ces agissements affichent des parallèles avec l’industrie du tabac et leurs campagnes dans le passé pour tromper le public sur les risques de cancer, qui utilisaient aussi des organisations ou des activités sociales pour faire bonne figure."

Les chercheurs déclarent que ces résultats sont importants parce que l’industrie de l’alcool est impliquée dans la transmission de l’information sur la santé aux gens dans le monde entier. Leurs résultats montrent aussi que les grandes compagnies internationales de l’alcool pourraient tromper leurs actionnaires à propos des dangers de leurs produits, car ils pourraient potentiellement quitter une industrie faisant l’objet de poursuites dans certains pays.

"Certains organismes de santé publique sont associés aux organisations professionnelles que nous avons analysées. Malgré ces bonnes intentions qui ne font pas de doutes, il n’est pas éthique de donner son expertise et sa légitimité à des campagnes professionnelles qui trompent le public sur les dangers associés à l’alcool. Nos résultats sont aussi un rappel évident sur les risques de délivrer à l’industrie de l’alcool la responsabilité d’informer le public à propos de l’alcool et ses dangers.

"On suppose depuis longtemps que, dans l’ensemble, l’industrie de l’alcool, contrairement à celle du tabac, a tendance à nier les dangers de l’alcool. Cependant, à travers sa provision d’information trompeuse, elle peut maintenir ce qu’on appelle ’l’illusion de la vertu’ aux yeux du législateur, tout en niant tout impact significatif sur la consommation d’alcool et les profits. Il est important de souligner que si les gens boivent dans les limites des recommandations officielles ils ne devraient pas courir de risque d’avoir un cancer."

Les auteurs reconnaissent cependant les limites de leur étude, comme le fait qu’il y a de nombreux autres mécanismes et organisations à travers lesquels l’industrie dissémine ses informations relatives à la santé qu’ils n’ont pas analysées, bien qu’il soit peu probable que leurs messages soient différents. Ils concluent en disant qu’il est urgent d’examiner d’autres sites internet professionnels, ainsi que des documents, média sociaux et autres matériaux afin d’évaluer la nature et la portée de la déformation des preuves, et si cela s’étend sur d’autres informations relatives à la santé comme par exemple les maladies cardiovasculaires.

Références :

[1] How alcohol industry organisations mislead the public about alcohol and cancer. Mark Petticrew, Nason Maani Hessari, Cécile Knai, Elisabete Weiderpass. Drug & Alcohol review.


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