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La couleur affecte nos comportements

dimanche 13 septembre 2009

"Les mandrills sont des animaux puissants qui ont de grandes canines, ainsi tout conflit physique peut causer la mort" dit Setchell. "Les combats sont donc couteux pour tout le monde, mais grâce à cette adaptation, ces mâles évitent de se battre."

D’autres primates utilisent des variations plus subtiles dans la rougeur de la face en tant que signal de domination. Les singes rhésus, par exemple, ont le visage qui devient plus rouge pendant la saison des amours.

Ce rouge qui rougit

Barton croit que le rouge est impliqué dans le comportement humain d’une façon similaire. "De subtiles variations dans la teinte rougeâtre envoient des informations sur la domination, la vigueur et la confiance. Dans une confrontation agressive, les individus confiants deviennent rouges de colère, tandis que les individus qui ont peur deviennent pâles. Il y a des preuves de cet étai physiologique, avec un ruissellement de sang oxygéné vers la périphérie". Barton fait remarquer que c’est différent du rougissement (de honte ou timidité) parce que dans ce cas, la rougeur tend à se répandre depuis le cou vers le haut et peut être curieusement inégalement. Il dit que le contexte du rougissement serait aussi très différent.

Des éléments de preuve soutiennent l’idée que le rouge exerce son effet sur les êtres humains via les perceptions de domination. Dans une expérience, Hill et son collègue Tony Little ont montré à 105 volontaires des cercles de différentes couleurs et leur ont demandé d’indiquer lequel serait "le plus susceptible de gagner une compétition physique" et quel cercle semblait "le plus dominateur". Les rouges ont gagné [6].

Cette réponse au rouge est-elle innée ou acquise ? De nouveau, les expériences avec des animaux apportent certaines clés. Sarah Pryke de l’Université Macquarie de Sydney a publié les résultats d’une étude avec les pinsons, qui, selon leurs gènes, ont soit des caractéristiques rouges ou noires sur leur tête. "Les oiseaux à tête rouge dominent ceux à tête noire" dit Pryke. "Je voulais savoir si cela résultait de la nature ou de leur culture."

Pryke a élevé des petits récemment éclos avec des têtes soit rouges, soit noires, dans différents groupes de famille, ainsi ils purent grandir de façon isolée ou avec des adultes des deux couleurs. Elle avait maintenant des oiseaux avec des têtes rouges ou noires et différentes couleurs. Ensuite, pour tester quelle différence cette couleur produisait, Pryke a peint les têtes juvéniles soit en rouge, soit en noir ou en bleu (groupe contrôle) et les a mis dans une situation de compétition de 20 minutes, où deux oiseaux s’affrontaient pour obtenir une place à la mangeoire [7].

Les résultats étaient frappants. Les oiseaux à tête rouge ont gagné l’épreuve à chaque fois, sans tenir compte de leur couleur héritée ou de l’éducation des deux combattants. "Peindre les oiseaux ne les a pas fait agir de manière plus agressive, mais ils ont gagné les épreuves de la nourriture parce que les autres oiseaux ne voulaient pas les affronter à la mangeoire" rapporte Pryke. "Tous les oiseaux ont fortement réagit face aux oiseaux peints en rouge, même ceux qui n’avaient jamais vu un oiseau à tête rouge auparavant."

Après chaque interaction, Pryke a mesuré les niveaux de l’hormone corticostérone, une mesure fiable du stress. Elle a trouvé que les oiseaux faisant face à un opposant rouge avaient 58% de corticostérone de plus que les oiseaux qui rencontraient des noirs ou bleus. "Sans expérience préalable de la couleur, ces oiseaux avaient une peur innée du rouge" conclut Pryke.

L’exposition au rouge n’a pas qu’un effet sur les combats. Dans une remarquable série d’études, Andrew Elliot, de l’Université de Rochester de New-York, a démontré que même un bref regard furtif de rouge peut modifier les capacités et comportements humains de plusieurs manières.

Dans une expérience, on demandait à des volontaires de réaliser un test de QI de 5 minutes. On les assignait à un faux "nombre de participants", écrit soit en rouge ou en noir, sur le coin de la feuille de test. Les volontaires dont les nombres étaient écrits en rouge avaient des scores toujours plus faibles aux tests, Elliot a aussi donné aux étudiants différents classeurs colorés, et leur a demandé de choisir leur niveau de difficulté préféré pour un test de QI. Les étudiants auxquels on avait donné des classeurs rouges tendaient à choisir les tests les plus faciles [8].

Plus remarquable encore, Elliot a découvert que voir du rouge juste quelques secondes pouvait rendre les gens plus timides. L’équipe d’Elliot a dit à 67 étudiants qu’ils feraient soit un test de vocabulaire, soit un test d’analogies, et leur a demandé de regarder à l’intérieur du classeur afin de voir lequel. Les étudiants voyaient soit le mot "analogies" soit celui de "vocabulaire" sur un fond rouge ou vert, et la couleur avait un effet sur leur comportement. Quand on demandait aux étudiants d’aller jusqu’à un laboratoire adjacent pour chercher le test, ils trouvaient une pancarte sur la porte disant "merci de frapper". Ceux qui avaient vu un fond rouge frappaient moins et plus faiblement que ceux ayant vu du vert.

Ce n’est pas le seul exemple de "comportement d’évitement" causé par du rouge vu momentanément. Un autre ensemble de participants, avec des capteurs de mouvements qui leurs étaient attachés, étaient assis devant un écran d’ordinateur et auxquels on disait qu’ils allaient faire un test de QI. Quand l’écran d’ordinateur était rouge, plutôt que gris ou vert, les volontaires s’éloignaient de l’écran. "Ces résultats montrent qu’à un niveau très basique, votre corps est pré-câblé pour vous éloigner du rouge" dit Elliot.

Rouge = Danger

Elliot pense que les effets du rouge sur les tests de QI et sur le comportement d’évitement, proviennent des mêmes facteurs sous-jacents qui conduisent à son association avec la réussite sportive. Dans les deux cas, l’effet est sur la personne qui voit la couleur. "Nous voyons le lien ’rouge égal danger’ comme la partie centrale de l’effet" dit-il. "Un autre dominant et un échec représentent tous deux un danger. Des contextes de réalisation (comme les tests de QI) sont l’un des nombreux types de situation dans lesquels le danger, comme l’échec, est une possibilité."

Références :

[6] Attribution to red suggests special role in dominance signalling. Journal of Evolutionary Psychology, vol 5, p 161

[7] Is red an innate or learned signal of aggression and intimidation ? Animal Behaviour, vol 78, p 393

[8] Color and psychological functioning : The effect of red on performance attainment. Journal of Experimental Psychology : General, vol 136, p 154


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