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La graisse qui vous rend maigre

vendredi 14 août 2009

Dans notre combat pour contrôler notre tour de taille, la graisse est notre ennemie. C’est la graisse, ou tissu adipeux, qui nous donne nos poignées d’amour, nos culottes de cheval et ce petit ventre. Et quand les chirurgiens esthétiques sculptent les gens dans la masse, c’est le tissu graisseux qu’ils sucent et jettent avec les déchets cliniques.

Cela peut sembler bizarre, mais un type de tissu adipeux peut aussi être la clé pour contrôler notre poids. Non pas les tissus adipeux blancs habituels, mais un type spécial appelé graisse brune.

Chez certains mammifères, la graisse brune transforme l’énergie provenant de la nourriture en chaleur, brûlant des calories sans dispenser d’efforts. On pensait que les êtres humains adultes n’avaient pas de graisse brune, mais de nouvelles preuves indiquent que cela est faux, et celle-ci est en fait présente et fonctionnelle chez certains individus. Les différences dans la quantité de graisse brune qu’a chaque personne pourraient aider à expliquer pourquoi certains d’entre nous sont maigres, tandis que d’autres sont en surpoids, et pourquoi certains d’entre nous empilent les kilos avec l’âge.

Les chercheurs expérimentent de différentes façons les moyens d’augmenter la quantité ou l’activité de notre graisse brune, soit pharmaceutiquement soit chirurgicalement, en extrayant la graisse blanche ordinaire par liposuccion, la transformant en graisse brune pour la réimplanter. 50 grammes de graisse brune, largement ce que certains d’entre nous avons déjà, pourrait dissiper environ 500 calories par jour. "Je fais de l’exercice sur un vélo elliptique, et il est très difficile de brûler 500 calories" dit Ronald Kahn, directeur de la recherche sur l’obésité du Harvard Medical School’s Joslin Diabetes Center. "Si je pouvais le faire sans travailler et tous les jours, ce serait génial !"

Le rôle de la graisse brune dans la génération de chaleur, connue sous le nom de thermogenèse, a été intensivement étudié par les physiologistes animaux. Il semble que les cellules de graisse brune aient des mitochondries inhabituelles, ces petites structures trouvées dans presque toutes les cellules qui libèrent l’énergie de la nourriture.

Dans la grande majorité des cellules, cette énergie est soit stockée soit utilisée pour alimenter les processus cellulaires. Les mitochondries dans la graisse brune contiennent cependant une protéine appelée thermogénine (ou protéine découplante 1), qui fait que l’énergie se dissipe sous forme de chaleur. "C’est un tissu dont le seul but est de brûler de l’énergie" dit Francesco Celi, chercheur au National Institutes of Health.

Comme vous pouvez vous y attendre, cette forme de génération de chaleur est importante quand il fait froid, et a dû en tant que telle avoir été un élément important de l’évolution des mammifères. Chez les humains, elle est utile chez les bébés, qui sont enclins à perdre de la chaleur à cause de leur petite taille qui leur donne un faible ratio surface/volume, et leurs systèmes de régulation de la température sont immatures, ils peuvent même frissonner. Sous la peau, les bébés ont des dépôts visibles de graisse brune, principalement autour du dos, des épaules et du cou.

En devenant adulte, les choses changent. Des autopsies d’adultes révèlent soit qu’il n’y a pas du tout de graisse brune, soit des traces insignifiantes dans la graisse blanche. Ceci conduit vers l’hypothèse que d’autres tissus prennent le dessus en tant que générateur de chaleur quand cela est nécessaire. Les muscles, par exemple, peuvent générer de la chaleur par la thermogénèse frissonnante et non frissonnante.

Puis en 2002, une nouvelle façon de visionner l’intérieur du corps humain, appelé la tomographie par émission de positrons (PET scan), a donné des résultats bizarres. La technique implique de passer des gens aux rayons X, après qu’on leur ait injecté un marqueur radioactif qui permettait de détecter les points métaboliques chauds, révélateurs de signes de tumeurs. Mais les images étaient occasionnellement gâtées par des constellations de points lumineux autour de la clavicule, les épaules et le dos.

Vêtus uniquement de blouse d’hôpital, les patients avaient tendance à avoir froid pendant leur examen de scanner. Quand les pièces étaient plus chaudes, les points troublants disparaissaient. Les radiologues ont commencé à suspecter qu’il s’agissait de la graisse brune qui "s’enflammait" en réponse au froid.

L’intérêt dans la graisse brune s’est raffermi, et plusieurs groupes ont commencé à chercher le fameux tissu plus systématiquement chez les volontaires. Un ensemble d’études publiées dans le passé a montré que certaines personnes avaient des petits îlots, mais distincts, de graisse brune, chacun avec son appareil circulatoire sanguin et un réseau nerveux. L’analyse des échantillons de tissus des points chauds a montré qu’ils contenaient de la thermogénine, la marque de fabrique de la graisse brune.

"Tout le monde voudrait maintenant dire sans équivoque que les humains adultes ont de la graisse brune, et que la graisse brune peut être active dans des circonstances normales" dit Ronald Kahn, auteur des articles [1]. Mais personne ne l’a fait. Tandis que seulement un petit nombre de personnes a été testé, les chercheurs commencent à tirer certaines conclusions à propos de qui en a le plus.

L’âge est un des facteurs. Dans une étude récente, la graisse brune métaboliquement active a été trouvée chez presque la moitié des sujets âgés entre 23 et 35 ans, mais elle n’était présente que chez 2 des 24 personnes âgées entre 38 et 65 ans [2]. L’équipe a aussi trouvé que les personnes avec le moins de graisse brune tendaient à être plus grosses.

Pouvons dès lors conclure que la graisse brune protège contre la prise de poids ? "Nous ne pouvons dire quoi que ce soit à propos de la cause et de l’effet" dit Jan Nedergaard de l’Université de Stockholm en Suède, un vétéran de la recherche sur la graisse brune. Il est possible, précise-t-il, que les gens obèses aient d’une manière ou d’une autre vécu un déclin de leur graisse brune.

Cependant, la recherche sur les animaux confirme l’idée qu’un manque de graisse brune pourrait être une cause plutôt qu’une conséquence de l’obésité. Par exemple, les souris qui sont génétiquement modifiées pour manquer de thermogénine sont plus susceptibles de devenir obèses [3]. "Nous croyons que probablement la maigreur est secondaire au fait de posséder des quantités plus grandes de graisse brune active" dit Kahn.

Il se pourrait que ce soit nos gènes qui nous offrent une chance, dans cette loterie métabolique, tout en laissant les autres se battrent leur vie durant contre leur poids. "Nous savons que chez certains animaux, il semble y avoir une différence génétique dans la quantité de graisse brune activable qu’ils détiennent" dit Kahn. "Ainsi je serais tenté de penser que la même possibilité est vraie chez les humains.’

Cela soulève une question importante : pouvons-nous contrôler la puissance de la graisse brune pour aider les gens en surpoids afin qu’ils affinent leur tour de taille ? Ceci pourrait, en théorie, se faire soit en stimulant la quantité de graisse brune, soit en stimulant son activité aux températures normales de tous les jours, ou de préférence les deux.

Substitution hormonale

Nedergaard croit qu’il faudrait se concentrer sur la prévention du déclin de la graisse brune quand on avance en âge. "La plupart de l’obésité apparaît à l’âge mûr et au-delà, et il semble que ce soit quand l’activité de la graisse brune commence à disparaître" dit-il. Il pourrait être possible d’identifier la cause de ce déclin et l’inverser, peut-être en replaçant l’hormone perdue. Mais ce à quoi pourrait ressembler cette hormone demeure un mystère.

Certains médicaments pour le diabète, de la classe des glitazones, ou des thiazolidinediones, ont montré augmenter la quantité de graisse brune chez les rats et stimuler la formation de cellules de graisse brune des êtres humains en laboratoire. Cependant, quand ils sont utilisés pour traiter le diabète, ils ne semblent pas activer la graisse brune, ni causer de perte de poids.

Références :

[1] Identification and Importance of Brown Adipose Tissue in Adult Humans. The New England Journal of Medicine, vol 360, p 1509.

[2] Sex and Depot Differences in Adipocyte Insulin Sensitivity and Glucose Metabolism. Diabetes, vol 58, p 803.

[3] UCP1 Ablation Induces Obesity and Abolishes Diet-Induced Thermogenesis in Mice Exempt from Thermal Stress by Living at Thermoneutrality. Cell Metabolism, vol 9, p 203.


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