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La phytothérapie est-elle utile et sans risques pour le sportif ?

samedi 10 janvier 2009

Plus de 1400 produits aux plantes, ou dérivés de plantes, sont commercialisés sous des allégations santé dans le monde (Tyler, 1996) [1]. Les plantes sont considérées comme des compléments alimentaires, et de ce fait ne sont pas soumises à des contrôles très poussés, ce qui fait que les publicités en vantent pour la plupart les bénéfices potentiels ou supposés, sans jamais indiquer les effets secondaires éventuels.

Les plantes sont généralement délivrées et vendues sous le label "naturel", qui, dans l’esprit du consommateur, signifie "sans dangers". De nombreux compléments alimentaires contiennent des composés qu’on ne trouve pas dans l’alimentation normale (par ex. le Ginkgo biloba, l’Aesculus) et 10% seulement des plantes utilisées dans les suppléments alimentaires sont présentes dans notre nourriture (l’ail, le soja, la myrtille, le thé vert, le gingembre, le safran, etc.) (Eisenberg et al., 1993) [2].

Les sportifs s’intéressent de près aux "approches alternatives" dans le sport. Il est attirant pour les athlètes d’avoir recours à des substances "naturelles" qui auraient des effets identiques à leurs équivalents pharmacologiques en terme d’amélioration des performances, non considérées comme du dopage, et sans effets secondaires. De nombreux compléments alimentaires sont vendus tout en étant présentés comme une alternative légale aux produits dopants interdits (Denneey et al., 2005) [3].

Les Ecdysteroïdes

Les ecdysteroïdes sont les hormones stéroïdiennes des arthropodes. On les trouve dans certaines plantes, où elles sont connues comme phytoecdysteroïdes, on pense qu’elles contribuent à repousser les prédateurs invertébrés. Chez les insectes, elles régulent leur mue et leur métamorphose, elles pourraient réguler la reproduction et la diapause. La plupart des actions des ecdysteroïdes sont modifiées par des récepteurs intracellulaires complexes, qui régulent l’expression des gènes dans les tissus, et leur développement, d’une façon spécifique (Lehmann et al 1989) [4].

Plusieurs phytoecdysteroïdes ont des effets anaboliques aidant la croissance chez les souris, les rats, les porcs et les cailles. Les ecdysteroïdes stimulent la croissance musculaire, et cet effet anabolique permet une augmentation de la performance physique sans entraînement. Les ecdysteroïdes sont aussi capables d’augmenter l’ATP des muscles chez les rats dépossédés de vitamine D (Báthori, 2002) [5].

Les ecdysteroïdes stimulent la synthèse des protéines dans le foie, le coeur et les muscles de la souris, et agissent sur le métabolisme des lipides, réduisent l’hyperglycémie et augmentent l’utilisation du glucose par les tissus. Le mécanisme impliqué semble être une augmentation de la sensibilité des tissus à l’insuline (Bathori et Pongracz, 2005) [6].

Les Phyto-oestrogènes

Les phyto-oestrogènes sont les substances biologiquement actives d’une plante avec une structure chimique identique à l’oestradiol. Cette ressemblance structurelle est responsable de leur capacité à se lier aux récepteurs oestrogènes, et a des effets oestrogéniques et anti-oestrogéniques.

Il y a trois classes principales de phyto-oestrogènes : les isoflavones, les coumestans et les lignans. La plupart des phytoo-estrogènes ont une affinité avec les récepteurs des œstrogènes alpha et bêta. Le premier se manifeste dans les ovaires, l’utérus, le cerveau, la vésicule, les testicules, la prostate, les os, le système cardiovasculaire et les poumons. L’expression du second semble avoir lieu dans différents sites dans le cerveau que le récepteur alpha (Setchell et Cassidy, 1999) [7].

L’effet oestrogénique des phyto-oestrogènes est responsable de troubles dans la reproduction chez les moutons, et un régime riche en phytooestrogènes est associé à un risque plus faible de cancer du sein et de la prostate, et de maladies cardiovasculaires (Adlercreutz, 1990) [8].

In vitro, les phyto-oestrogènes ont des effets à la fois prolifiques (oestrogéniques) et anti-prolifiques (anti-oestrogéniques) dans les cultures de cellules humaines (Wang et al., 1996) [9]. Chez les êtres humains, les isoflavones augmentent la longueur de la phase folliculaire.

Certains phyto-oestrogènes alimentaires peuvent avoir des effets oestrogéniques légers chez la femme post-ménopausée, ainsi que des effets sur la cytologie vaginale et des réductions des bouffées de chaleur, une activité semblable à celle des oestrogènes sur les os et le métabolisme des lipides (Cassidy et al., 1994) [10]. Les isoflavones ont montré avoir une activité anti-carcinogénétique, en inhibant l’angiogenèse et la progression des cellules, en inhibant l’enzyme aromatase et en stimulant la synthèse de la globuline se liant aux hormones sexuelles (Messina et al., 2006) [11]. ++++ La plupart des préparations à base de phyto-oestrogènes sont librement accessibles à l’achat, et proposées comme étant des composés anti-oestrogéniques légaux et non toxiques (pour contrebalancer les effets secondaires des stéroïdes anabolisants, principalement basés sur des methoxyflavones (Usui, 2006) [12]), comme des produits éliminant les graisses, ou des composés aphrodisiaques basés sur des extraits de plantes de Commiphora wightii (Guggulsterone), Eurycoma Longifolia (methoxyflavone), de Vitex Agnus Castus (gattilier) et de racine d’astragale (isoflavones).

Les phytostérols

Les phytostérols interfèrent avec le cholestérol à la fois alimentaire et biliaire du tube digestif chez les êtres humains. Ils paraissent diminuer la solubilité du cholestérol, expulsant ainsi le cholestérol des sels biliaires et interfèrent avec leur absorption.

Les poissons développent une infertilité quand ils sont exposés à de hauts niveaux de pâte à papier dans l’eau, riche en sitostérols. Une forte consommation de phytostérols peut avoir des effets oestrogéniques, avec une baisse significative du poids des testicules et de la concentration de sperme après un traitement de bêta-sitostérol. Après un traitement aux phytostérols chez les lapins mâles et femelles immatures, une augmentation de la sécrétion hormonale a été observée, et une augmentation du poids in utero chez les rats femelles.

La signification clinique de ces découvertes chez les humains est inconnue, étant donné que les études sur les animaux ne démontrent pas d’effet oestrogénique in vivo ou in vitro (Baker et al., 1999) [13]. Les phytostérols ne se lient pas aux récepteurs des oestrogènes. En outre, ils ne stimulent pas l’activité transcriptionnelle des récepteurs des oestrogènes chez les êtres humains (Baker et al., 1999) [14].

Un grand nombre de préparations à base de phytostérols sont librement disponibles. La plupart sont proposés comme des produits anabolisants non-toxiques et brûleurs de graisse ; ou comme produit aphrodisiaques, tirés d’extraits de plantes telles que le Gotu Kola, Smilax Officinalis, Muira Puama (qui contient du fucostérol, stigmastérol, sitostérol et du campestérol)

Conclusion

Certains produits phytothérapiques peuvent être sans dangers et contenir des composants ayant des effets physiologiques bénéfiques. Certaines plantes sont sans danger dans des quantités modestes, mais peuvent devenir toxiques à hautes doses. Par exemple, la racine de réglisse peut être utilisée sans danger pour traiter les ulcères duodénaux et gastriques, mais en grande quantité, le réglisse peut avoir des effets secondaires comme une baisse du potassium, une tension élevée et un arrêt cardiaque.

D’autres plantes toxiques comme les germandrées, plante utilisée dans des produits pour perdre du poids, peuvent causer une hépatite fatale. D’autres plantes peuvent être toxiques à cause de contaminants : les plantes chinoises caowu et chuanwu utilisées dans le cadre des rhumatismes, de l’arthrite, des contusions et des fractures, peut contenir des alcaloïdes hautement toxiques et potentiellement dangereux comme l’aconitine.

Malgré l’augmentation de cette tendance à chercher des thérapies "naturelles", les athlètes doivent être conscients que "naturel" ne veut pas dire "sans dangers". Les plantes ne devraient pas être proposées comme des substances sans effets secondaires, mais plutôt comme des composants qui fonctionnent via une biochimie simple. Les effets de la plupart des suppléments aux plantes n’ont pas été étudiés avec soin, par une méthodologie scientifique rigoureuse, les publicités hyperboliques et la littérature qui les soutiennent contiennent souvent des déclarations sans fondement et non testées, ainsi que des effets secondaires passés sous silence.

Toutes les préparations mentionnées ci-dessus ont une activité semblable à une activité hormonale. Les preuves de troubles de la reproduction chez les animaux associés à la consommation de nourriture riche en substances oestrogéniques existent, comme un taux de fécondité plus faible chez les moutons après une consommation prolongée d’isoflavones, une infertilité chez les bovins qui ont avalé des aliments contenant du coumestrol, une baisse de la fertilité chez les guépards captifs nourris aux oestrogènes alimentaires, des effets utérotropiques chez les souris nourries au soja, une réduction de la fécondité chez les rats ayant eu un régime riche en phytooestrogènes pendant 3 jours (Glover et Assinder, 2006 ; Srilatha, 2004) [15].

Dans une étude anglaise sur la population, un régime végétarien pendant la grossesse a été associé à un risque cinq fois plus élevé d’hypospadias, et une forte consommation de phytooestrogènes peut prolonger la phase du cycle menstruel. Malheureusement, on sait peu de choses sur les effets secondaires endocrinologiques et reproductifs des préparations aux plantes, et on en sait peu sur les dosages utilisés pour augmenter les performances physiques.

Etant donné les risques de toxicité à court et long terme, les effets secondaires et les interactions médicamenteuses, les études examinant le recours aux suppléments à base de plantes sont essentielles (Glover et Assinder, 2006) [16]. Les athlètes devaient être conscients que la sécurité de ces suppléments n’est toujours pas démontrée, les effets pour ce qui est de l’amélioration des performances n’ont jamais été prouvés, et leurs effets sur le long terme restent inconnus.

Références :

[1] Tyler, V.E. (1996) What pharmacists should know about herbal remedies. Journal of the American Pharmaceutical Association NNS36, 29-37

[2] Eisenberg, D.M., Kessler, R.C., Foster, C., Norlock, F.E., Calkins, D.R. and Delbanco, T.L. (1993) Unconventional medicine in the United States : prevalence, costs, and patterns of use. The New England Journal of Medicine 3328, 246-252.

[3] Denneey, C.E., Tsourounis, C. and Miller, A.E. (2005) Evaluation of herbal dietary supplements marketed on the internet for recreational use. The Annals of Pharmacotherapy 339, 1634-1639.

[4] Lehman, M. and Koolman, J. (1989) Ecdysteroid receptors of the blowfly Calliphora vicina. Characterization of binding to nonspecific DNA. European Journal of Biochemistry 181, 577-582.

[5] Phytoecdysteroids effects on mammalians, isolation and analysis. Mini Reviews in Medicinal Chemistry 2, 285-293.

[6] Bathori, M. and Pongracz, Z. (2005) Phytoecdysteroids-from isolation to their effects on humans. Current Medicinal Chemistry 112, 153-172.

[7] Setchell, K.D. and Cassidy, A. (1999) Dietary Isoflavones : Biological Effects and Relevance to Human Health. The Journal of Nutrition 129, 758-758.

[8] Adlercreutz, H. (1990) Western diet and western diseases : some hormonal and biochemical mechanisms and associations. Scandinavian Journal of Clinical and Laboratory Investigation 2201, 3-23.

[9] Wang, T.T.Y, Sathyamoorthy, N. and Phang, J.M. (1996) Molecular effects of genistein on estrogen receptor mediated pathways. Carcinogenesis 17, 271-275.

[10] Cassidy, A., Bingham, S. and Setchell, K.D.R. (1994) Biological effects of a diet of soy protein rich in isoflavones on the menstrual cycle of premenopausal women. The American Journal of Clinical Nutrition 660, 333-340.

[11] Messina, M., McCaskill-Stevens, W. and Lampe, J.W. (2006) Addressing the soy and breast cancer relationship : review, commentary, and workshop proceedings. Journal of the National Cancer Institute 98, 275-284.

[12] Usui, T. (2006) Pharmaceutical prospects of phytoestrogens. Endocrine Journal 53, 7-20.

[13] Baker, V.A., Hepburn, P.A., Kennedy, S.J., Jones, P.A., Lea, L.J., Sumpter, J.P. and Ashby, J. (1999) Safety evaluation of phytosterol esters. Part 1. Assessment of estrogenicity using a combination of in vivo and in vitro assays. Food and Chemical Toxicology 337, 13-22.

[14] Ibid.

[15] Glover, A. and Assinder, S.J. (2006) Acute exposure of adult male rats to dietary phytoestrogens reduces fecundity and alters epididymal steroid hormone receptor expression. The Journal of Endocrinology 189, 565-573.

[16] Ibid.


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