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Le paradoxe de l’obésité : le gras semble sain

vendredi 29 mai 2009

Selon une étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology [1], les patients obèses avec des maladies cardiovasculaires vont mieux et vivent plus longtemps que les patients plus maigres touchés par la même maladie [2].

Les auteurs de l’étude, du Ochsner Medical Center de la Nouvelle Orléans, font référence au prétendu effet protecteur de la graisse sous l’expression de "paradoxe de l’obésité".

Peut-on dire dés lors que c’est une bonne chose que tant de gens soient en surpoids, ainsi ils se remettront d’autant mieux d’une maladie cardiovasculaire qu’ils n’auraient probablement jamais eue s’ils étaient plus maigres.

Protection mortelle

Ce nouveau paradoxe de l’obésité est le dernier d’une liste de soi-disant paradoxes sur laquelle les médecins ont trébuché ces dernières décennies, comme celle disant qu’être en surpoids est meilleur lors des traitements contre le cancer, ou que cela peut augmenter l’espérance de vie chez les plus vieux. Quand vous additionnez tous ces paradoxes, vous pourriez en conclure qu’avoir tous ces kilos en trop est bon à la santé.

Mais être en surpoids, ce qui signifie habituellement avoir un indice de masse corporelle (IMC) de plus de 27kg/m2, n’a rien de bon à la santé. Et une fois que vous approchez les 40 d’IMC, votre santé commence réellement à plonger.

Comme le journal The Lancet l’a rapporté en mars 2009, d’après une méta-analyse sur plus de 900 000 sujets, l’espérance de vie décline d’environ 3 années pour ceux dont l’IMC dépasse 30 et de 10 ans (l’équivalent de celle d’un fumeur) pour ceux qui ont une IMC à plus de 40.

La seule raison qui fait que l’obésité n’est pas plus mortelle que ça vient de ce que nous sommes bons pour ce qui est de traiter la cause principale de décès chez les personnes obèses, les maladies cardiovasculaires, et assez bons pour ce qui est de traiter la seconde cause de décès : les diabètes.

Malheureusement, les traitements efficaces transforment la mortalité en handicap. Comme l’a rapporté le Journal of the American Medical Association en 2007, la mortalité est en baisse mais le taux de handicap commence à croitre dès que l’IMC excède 30. Les personnes avec une obésité de classe III, qui est au-delà de 40 d’IMC, sont neuf fois plus susceptibles que les individus de poids normal d’être incapables de marcher 400 mètres, de monter plus de quelques marches d’escalier, ou de rester dans une chaise. Et comme l’a rapporté Nature en 2008, l’obésité légère de 30 à 35 d’IMC augmente le niveau d’handicap dans la vie de plus de 3 ans.

Hippocrate avait raison

Les auteurs de l’étude la plus récente sur le paradoxe de l’obésité établissent qu’être en surpoids n’est pas un moyen efficace pour améliorer sa santé. En fait, l’auteur principal, Carl Lavie, relie le rôle de l’obésité à l’augmentation de la tension, des triglycérides et du mauvais cholestérol et donc que cela augmentait dramatiquement le risque de maladie et de crise cardiaque.

Le fait que les patients en surpoids et obèses fassent mieux avec un traitement est certainement curieux, mais la raison a probablement moins à voir avec la bonne santé des patients obèses qu’avec la mauvaise santé des patients plus maigres. Si l’obésité est une cause de maladie cardiovasculaire, alors les personnes maigres avec une maladie de coeur pourraient l’avoir développée à cause de raisons plus compliquées ou plus sérieuse, comme une prédisposition génétique par exemple.

De mystérieuses théories vont émerger suite à l’étude de Lavie. Par exemple, peut-être des hormones secrètes des cellules graisseuses ont-elles une action thérapeutique durant les périodes de stress. D’un point de vue évolutionniste, le stockage de la graisse était bénéfique pendant les périodes de manque de nourriture, et il pourrait avoir de nos jours des propriétés thérapeutiques pour combattre les traumatismes corporels modernes, tels qu’une opération chirurgicale ou un traitement agressif contre une maladie de coeur.

Peut-être de telles recherches conduiront au développement de médicaments. Mais peut-être qu’Hippocrate avait raison quand il notait, il y a de cela 2400 ans environ, que la mort subite est simplement plus fréquente chez les personnes grosses que chez les maigres.

Références :

[1] Obesity and Cardiovascular Disease Risk Factor, Paradox, and Impact of Weight Loss. J Am Coll Cardiol, 2009 ; 53:1925-1932.

[2] Obesity and cardiovascular disease : the hippocrates paradox ? J Am Coll Cardiol, 2003 ; 42:677-679.


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