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Le paradoxe de l’obésité n’existe pas

vendredi 16 mars 2018

Les personnes obèses ne vivent pas plus longtemps que les personnes de poids normal souffrant de maladie de cœur, elles ont seulement été diagnostiquées plus jeunes.

Une étude réfute l’existence d’un "paradoxe de l’obésité", une découverte contre-intuitive qui avait montré dans le passé que les gens qui avaient été diagnostiqués avec une maladie cardiovasculaire vivaient plus longtemps s’ils étaient en surpoids ou obèses comparés aux individus de poids normal à l’époque du diagnostic. En fait, les individus obèses ont des vies plus courtes et une plus grande proportion de leur vie avec une maladie de cœur [1].

Cette étude montre une longévité identique entre les personnes de poids normal et celles en surcharge pondérale, mais un risque plus élevé pour les individus qui sont en surpoids de développer une maladie cardiovasculaire durant leur vie et plus d’années passées avec cette maladie cardiovasculaire.

"Le paradoxe de l’obésité a causé beaucoup de confusion et de dégâts potentiels parce que nous savons qu’il y a des risques cardiovasculaires et non-cardiovasculaires associés à l’obésité," dit le Dr Sadiya Khan, cardiologue. "J’ai beaucoup de patients qui demandent : pourquoi devrais-je perdre du poids si la recherche dit que je vais vivre plus vieux ?" dit Khan. "Je lui explique que perdre du poids ne va pas seulement réduire le risque de développer une maladie de cœur, mais aussi d’autres maladies comme le cancer. Nos données montrent que vous vivrez plus vieux et en meilleure santé avec un poids normal."

L’obésité se définit comme étant un indice de masse corporelle (IMC) situé entre 30 et 39,9, le surpoids se situe entre 25 à 29,9. L’IMC est le poids d’une personne divisé par sa taille au carré. Un individu qui mesure 1,62 mètre pour 73 kg par exemple serait considéré en surpoids ; une personne de 1,62 mètre qui pèse 86 kg est obèse.

Concernant les risques d’attaque, de crise cardiaque, ou de décès par maladie cardiovasculaire, l’étude a trouvé que :

- La probabilité d’avoir une attaque, une insuffisance cardiaque, une crise cardiaque ou de décéder du cœur chez les hommes en surpoids âgés de 40 à 59 ans était 21 % plus élevée que chez les hommes de poids normal. Cette probabilité s’élevait à 32 % chez les femmes en surpoids par rapport aux femmes de poids normal.
- La probabilité d’avoir une attaque, une crise cardiaque, une insuffisance cardiaque ou de décéder du cœur chez les hommes obèses âgés de 40 à 59 ans était 67 % plus élevée que chez les hommes de poids normal. Ce risque était 85 % plus élevé chez les femmes obèses par rapport aux femmes de poids normal.
- Les hommes du même âge de poids normal vivaient aussi en moyenne 1,9 année de plus que les hommes obèses et six ans de plus que les hommes en obésité morbide. Les hommes de poids normal avaient cependant une durée de vie identique à ceux en surpoids.
- Les femmes entre 40 et 59 ans vivaient en moyenne 1,4 année de plus que les femmes en surpoids, 3,4 années de plus que les femmes obèses et six ans de plus que les femmes en obésité morbide.

"Un poids de corps sain favorise la longévité en bonne santé ou une durée de vie en bonne santé plus longue en plus de l’espérance de vie, ainsi ces années en plus sont aussi des années en meilleure santé," disent les chercheurs. "Il s’agit d’avoir une meilleure qualité de vie."

Cette étude a examiné des données individuelles sur 190 672 personnes. Tous les sujets étudiés n’avaient pas de maladie cardiovasculaire au début et ils avaient objectivement mesuré leur taille et leur poids pour évaluer leur IMC. Durant la période de suivi, les chercheurs ont évalué leurs maladies cardiovasculaires par type et plus globalement, comme les maladies coronariennes, les attaques, les insuffisances cardiaques et les décès du cœur, tout comme les décès autres causes.

Une autre étude sur presque 300 000 personnes a aussi réduit ce pseudo paradoxe à néant [2]. Cette étude a montré que le risque de problèmes cardiovasculaires, comme les crises cardiaques, les attaques et l’hypertension, augmente en même temps que l’IMC notamment au-delà de 22-23 kg/m². En outre, ce risque augmente aussi proportionnellement au taux de graisse qu’un individu a autour de sa taille.

Cette étude a suivi 296 535 adultes Européens, en bonne santé au début de l’étude en 2006-2010, jusqu’en 2015. Les chercheurs ont trouvé que les personnes avec un IMC situé entre 22-23 kg/m² avaient les risques les plus faibles de maladies cardiovasculaires. Quand l’IMC dépassait 22 kg/m², le risque de maladie cardiovasculaire augmentait de 13 % pour chaque augmentation de 5,2 kg/m² chez les femmes et de 4,3 kg/m² chez les hommes.

Par rapport aux femmes et aux hommes avec une circonférence de la taille respectivement à 74 cm et à 83 cm, le risque de maladie de cœur augmentait de 16 % chez les femmes et de 10 % chez les hommes pour chaque augmentation du tour de taille de 12,6 cm et de 11,4 cm respectivement pour les femmes et les hommes. Les chercheurs ont trouvé des risques de maladies cardiovasculaires similaires quand ils ont analysé les ratios du tour de taille sur les hanches et du tour de taille sur la taille (en hauteur) et le pourcentage de masse grasse corporelle, tous ces indicateurs étant considérés comme des mesures fiables pour évaluer la quantité de graisse qu’une personne possède, "l’adiposité".

Les chercheurs de conclure qu’en maintenant un IMC autour de 22-23 kg/m², les gens en bonne santé peuvent minimiser leur risque de développer ou de décéder d’une maladie de cœur. En termes de mesures d’adiposité, moins il y a de graisse, notamment autour de l’abdomen, et moins le risque de maladies cardiovasculaires à venir est élevé.

"Même à l’intérieur de la catégorie normale de l’IMC située entre 18,5-25 kg/m², le risque de maladies cardiovasculaires augmente au-delà d’un IMC de 22-23 kg/m². Les autres mesures d’adiposité montrent que plus une personne est maigre, plus son risque de maladies cardiovasculaires est faible. Ainsi, le message est simple : les individus en bonne santé doivent garder un physique mince pour minimiser leurs risques de maladies cardiovasculaires," concluent les chercheurs.

Ces derniers ajoutent que la confusion passée concernant le "paradoxe de l’obésité" pourrait être due à de nombreux facteurs qui ont trompé les résultats des études. Par exemple, le fait de fumer modifie la distribution de la graisse dans le corps, les fumeurs pourraient être plus maigres étant donné que le tabagisme diminue l’appétit et ainsi leur IMC tend à être plus bas. Une autre raison pourrait être que certaines personnes ont une maladie non diagnostiquée, ce qui peut souvent leur faire perdre du poids mais aussi provoquer prématurément leur mort.

Références :

[1] Sadiya S. Khan, Hongyan Ning, John T. Wilkins, Norrina Allen, Mercedes Carnethon, Jarett D. Berry, Ranya N. Sweis, Donald M. Lloyd-Jones. Association of Body Mass Index With Lifetime Risk of Cardiovascular Disease and Compression of Morbidity. JAMA Cardiology, 2018.

[2] The impact of confounding on the associations of different adiposity measures with the incidence of cardiovascular disease : a cohort study of 296 535 adults of white European descent. European Heart Journal.


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