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Le statut de superstar entrave la compétition

lundi 13 février 2012

Le phénoménal talent du golfeur Tiger Wood lui a permis de gagner beaucoup de tournois. Mais un article publié dans le journal Political Economy [1] montre qu’il a quelque-chose d’autre à son avantage : son statut de superstar faussait la compétition.

Selon la recherche de l’économiste de l’Université Northwestern Jennifer Brown, quand Woods jouait dans un tournoi à l’époque de son apogée, les scores des autres golfeurs étaient substantiellement pires comparés aux tournois dans lesquels Woods ne jouait pas. Au lieu d’améliorer leur jeu quand ils jouaient contre la superstar, les golfeurs qui affrontaient Woods tendaient à perdre de leur dextérité.

La recherche de Brown a été conçue pour étudier les dynamiques de la compétition du style des tournois à l’intérieur des sociétés. Par exemple, une société pourrait récompenser ses meilleurs vendeurs tous les mois avec une prime ou un prix - idée selon laquelle la compétition augmente l’effort de tout le monde.

Mais qu’en est-il si un vendeur semble gagner tous les mois ? Les autres pourraient baisser les bras, sachant qu’ils ont peu de chance de remporter le prix.

L’analyse de Brown sur Tiger Woods supporte l’idée que les superstars peuvent au contraire constituer un facteur décourageant dans la compétition.

La chercheuse a analysé les scores PGA de 1999 à 2010 - les meilleures années de Woods. Elle a découvert que quand Woods jouait dans un tournoi, les autres joueurs lançaient la balle trop loin - ce qui est pire au golf. L’effet était le plus fort parmi les joueurs les mieux classés, qui étaient en compétition directe contre Woods pour les gains les plus élevés.

Le jeu le plus médiocre n’était pas dû aux joueurs qui tentaient des tirs plus longs ou plus risqués pour essayer de suivre Tiger Woods, dit Brown. Si c’était le cas, nous nous attendrions à voir les joueurs avoir plus de Eagle (coups sous le par) et plus de double Bogey (coup au-dessus du par) quand ils jouaient contre Woods, reflétant ainsi une stratégie à haut risque et plus rémunératrice. Mais la recherche de Brown montre que ce n’était pas le cas. Il y avait significativement moins d’eagles et de double bogey quand Woods jouait.

Dans quelle mesure Woods bénéficiait-il de son effet de super vedette ?

"Mes calculs suggèrent que les gains du PGA Tour de Woods auraient chuté de 54,5 millions de dollars à 48,4 millions entre 1999 et 2006 si les performances de ses concurrents n’avaient pas souffert de l’effet superstar" écrit Brown. "Mes estimations me conduisent à affirmer que Woods à empoché pratiquement 6 millions de dollars de plus grâce aux efforts réduits des autres golfeurs - récompenses qui, sinon, auraient été distribuées aux autres golfeurs."

Ces résultats pourraient avoir des implications dans le cadre professionnel où est utilisé un système de compétition interne pour motiver, dit Brown. "Par exemple, les responsables des ventes et les entreprises devraient prendre conscience de l’impact de l’acte d’introduire un collègue vedette sur la performance globale de la cohorte" note-t-elle.

Références :

[1] Quitters Never Win : The (Adverse) Incentive Effects of Competing with Superstars. Jennifer Brown, Journal of Political Economy, 119:5.


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