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Les effets de la restriction calorique sur la longévité

dimanche 19 février 2017

Une récente étude montre que cinq jours de restriction calorique par mois réduit les facteurs de risque associés au vieillissement et aux maladies relatives à l’âge.

L’idée selon laquelle les organismes peuvent vivre plus longtemps et en meilleure santé en réduisant drastiquement leurs apports en calories n’est pas nouvelle. Des recherches en laboratoire ont régulièrement démontré les valeurs anti-âges de la restriction calorique, notamment chez les animaux, depuis les nématodes jusqu’aux rats, en supposant que cela pouvait aussi être vrai pour les êtres humains.

Cependant, en pratique, le fait de réduire en permanence la consommation de calories de 25 % à 50 % ou plus ressemble pour beaucoup de gens à une vie qui ne vaut plus trop la peine d’être vécue ! Les chercheurs ont aussi prévenu que ce qui marche pour les nématodes ou chez les rats pourrait ne pas marcher pour les êtres humains, voire pourrait même être dangereux pour eux, en causant une perte de la densité des muscles des os par exemple.

Mais deux nouvelles études semblent déplacer la restriction calorique du domaine du vœu pieux vers celui de la réalité pratique et peut-être même tolérable. Dans Nature Communications [1], des chercheurs de l’Université du Wisconsin Madison et du National Institute on Aging ont rapporté que la restriction calorique chronique produisait des bénéfices significatifs sur la santé des singes rhésus - un primate qui ressemble beaucoup aux humains - en indiquant que "les mécanismes de la restriction calorique sont probablement transposables à la santé humaine." Les chercheurs décrivent un singe avec lequel ils ont appliqué une restriction calorique de 30 % quand il avait 16 ans, qui est l’âge mûr pour ce type d’animal. Il a maintenant 43 ans, ce qui est un record de longévité pour cette espèce et l’équivalent d’un être humain qui vivrait jusqu’ à 130 ans !

Dans la seconde étude, publiée dans Science Translational Medicine [2], une équipe de recherche dirigée par le gérontologue Valter Longo de l’Université de Californie du Sud, montre qu’il est possible de récolter des bénéfices anti-âges sans pour autant accepter et subir une période de jeûne toute sa vie. À la place, une "alimentation imitant celle du jeûne", pratiquée seulement cinq jours par mois - et répétée à intervalles réguliers, est "sans danger", faisable et efficace pour réduire les facteurs de risque associés au vieillissement et aux maladies associées à l’âge.

Certains chercheurs cependant trouvent toujours cet argument de la restriction calorique non convaincant. Ils déclarent que les approches pharmaceutiques apportent des potentiels anti-âges bien plus importants que des régimes inefficaces et apparemment dangereux. L’important est de respecter une alimentation saine, faire de l’exercice sans faire d’excès et sans rendre sa vie misérable en comptant chaque calories.

Les chercheurs auteurs de l’étude du Wisconsin ne sont pas d’accord. "La vie est suffisamment difficile sans avoir à se lancer dans des régimes insensés," disent-ils. "Nous étudions réellement cela comme un paradigme pour comprendre le vieillissement. Nous ne recommandons pas aux gens de le faire." Les résultats combinés de l’article de Nature Communications montrent que le vieillissement est "malléable" chez les primates, dit-elle, et que le "vieillissement lui-même présente une cible raisonnable pour une intervention." Tandis que la médecine conventionnelle considère le vieillissement comme un combat contre le cancer, les problèmes cardiovasculaires, la dégénérescence neurale et les autres maladies, la restriction calorique "retarde le vieillissement et la vulnérabilité. Au lieu de courir après les maladies les unes après les autres, vous courrez après la vulnérabilité sous-jacente et les taclez toutes en même temps."

Malgré ces réserves concernant les recommandations de suivre une restriction calorique, les chercheurs louent le travail de l’étude publiée dans Science Translational Medicine car "elle pose les fondements d’une possible application clinique." Dans cette étude, les sujets de l’étude ont suivi un régime prudemment conçu qui restreignait l’apport calorique de 50 % (totalisant 1100 calories le premier jour) et 70 % (environ 700 calories) les quatre jours qui suivaient, pour ensuite manger ce qu’ils voulaient le reste du mois.

Les chercheurs déclarent que la théorie sous-jacente de l’approche on/off est que les effets régénérant du régime se produisent pas tant grâce au jeûne en soi que par la récupération qui suit. Au contraire, une restriction calorique ininterrompue sur le long terme peut conduire aux types d’effets secondaires négatifs qu’on peut voir dans les cas extrêmes comme l’anorexie.

Le régime basse calories de l’étude de Longo était constitué à 100 % de légumes, de soupes de légumes, de barres et boissons énergétiques et d’un en-cas tout comme des suppléments de minéraux et de vitamines. Il comprenait des nutriments conçus pour manipuler l’expression des gènes impliqués dans les processus relatifs au vieillissement.

Même les cinq jours par mois de restriction calorique étaient apparemment un calvaire pour certains sujets de l’étude, ce qui a eu pour conséquence 25 % d’abandon. Mais les bénéfices à la santé sous forme de diminution de la masse corporelle et des meilleurs niveaux de glucose, de triglycérides et de cholestérol, à côté d’autres facteurs, sont apparus après le troisième mois et ont persisté pendant au moins trois mois, même après que les sujets soient revenus à une alimentation normale. Il faut noter que contrairement aux craintes concernant d’autres formes de restriction calorique, la masse musculaire maigre est restée inchangée.

Les bénéfices étaient plus importants pour les gens qui étaient obèses ou bien en mauvaise santé, disent les chercheurs. Mais ces individus devraient répéter ce régime sur cinq jours une fois par mois jusqu’à ce qu’ils aient récupéré et soient revenus en bonne condition physique, alors que les individus en bonne santé et athlétiques peuvent le suivre seulement deux fois par an. Aucune des deux nouvelles études ne démontre que les bénéfices de la restriction calorique allonge nécessairement la vie. La longévité chez les êtres humains est toujours le sous-produit imprévisible des myriades de variations dans la biologie individuelle, le comportement et les circonstances. L’objectif, selon les chercheurs, est simplement d’allonger la durée de notre vie en bonne santé.

Références :

[1] Caloric restriction improves health and survival of rhesus monkeys. Nature Communications.

[2] asting-mimicking diet and markers/risk factors for aging, diabetes, cancer, and cardiovascular disease. Science Translational Medicine, 2017:Vol. 9, Issue 377.


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