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Les hommes et les femmes réagissent différemment face à l’infidélité

mercredi 14 octobre 2015

Il est jaloux si elle couche avec quelqu’un d’autre, mais elle est beaucoup plus affectée s’il porte plus d’attention à une autre femme qu’elle.

Si votre partenaire a des relations sexuelles avec quelqu’un d’autre, cela est considéré comme de l’infidélité – même s’il n’y a pas d’émotions. Mais est aussi considéré comme de l’infidélité le fait que votre alter ego développe des relations personnelles intimes avec quelqu’un d’autre, même si cela n’implique pas de sexe ni d’intimité physique.

Une étude Norvégienne [1] récente montre que les hommes et les femmes réagissent différemment à différents types d’infidélité. Alors que les hommes sont les plus jaloux de l’infidélité sexuelle, l’infidélité dite "émotionnelle" est ce qui rend les femmes les plus jalouses. Or la psychologie évolutionniste pourrait permettre d’expliquer pourquoi il en est ainsi.

Les différences selon les sexes

"La psychologie des hommes et des femmes est similaire dans la plupart des domaines – mais pas quand il s’agit de la reproduction," explique le Professeur Mons Bendixen du département de psychologie de l’Université Norvégienne de Science et de Technologie (NTNU). Lui et ses collègues ont publié une étude sur la jalousie qui a impliqué plus de 1000 participants.

Bien que les psychologues de l’évolution s’attendaient à ce que les femmes et les hommes réagissent différemment aux questions de l’infidélité et de la jalousie, ils ont été assez surpris que les différences soient si prononcées.

La Norvège est l’un des pays dans le monde qui a le plus grand niveau d’égalité entre les sexes. Les pères sont en général présents pour leurs enfants, depuis les couches culottes jusqu’à leur éducation. Les congés paternels et d’autres règles légales envoient le message que les hommes doivent s’investir dans leurs familles. En même temps, le soutien pour les parents célibataires facilite l’éducation d’un enfant seul si les pères sont absents.

Et pourtant, même dans la culture Norvégienne, dont l’égalité entre les sexes est exemplaire, il persiste de grandes différences entre les sexes sur ce qui déclenche la jalousie chez les hommes et chez les femmes.

Est-il le père de l’enfant ?

Une recherche récente sur la jalousie considère deux types principaux d’infidélité : le fait d’avoir des relations sexuelles avec une personne extérieure à la relation de couple, ou de développer un attachement émotionnel envers une personne à l’extérieur de la relation. La psychologie a deux perspectives théoriques contrastées sur les réactions émotionnelles des hommes et des femmes face à l’infidélité. La première plonge ses racines dans les rôles culturels des deux sexes, tandis que l’autre prend une perspective de la psychologie évolutionniste.

Le premier point de vue établit que dans une culture avec un degré élevé d’égalité, les hommes et les femmes interprètent le monde de la même façon à cause d’une plus grande égalité dans la socialisation et dans les rôles de chacun, que dans le cas d’une culture avec un degré plus faible d’égalité. Selon cette approche, l’esprit humain est largement façonné pour les différents rôles que les cultures assignent aux femmes et aux hommes et par l’expérience qu’ils/elles ont dans ces rôles.

La perspective évolutionniste est différente. Selon cette approche, les hommes et les femmes, sur des milliers de générations, ont eu à s’adapter à différents défis qui sont liés à la reproduction. L’infidélité est l’un de ces défis. Un homme doit décider s’il est réellement le père de l’enfant de sa partenaire, et s’il décide d’investir toute sa protection et ses ressources sur cet enfant. Depuis l’aube des temps, les hommes ont été confrontés à l’insécurité de la paternité étant donné que la fertilisation se déroule dans le corps de la femme.

Selon l’explication de la psychologie évolutionniste, la jalousie des hommes est une réaction émotionnelle face aux signes de l’infidélité sexuelle. La jalousie sert à réduire les chances que sa partenaire le trompe, étant donné qu’il la surveille plus étroitement.

La prudence des mères ancestrales

C’est différent pour la mère de l’enfant. Elle sait avec certitude qu’elle est la mère de l’enfant, mais elle doit s’assurer que le père va fournir à sa progéniture toute l’alimentation, la sécurité et le statut social dont elle a besoin. La plus grande menace pour la femme n’est pas que l’homme ait des relations sexuelles avec une autre femme, mais qu’il passe son temps et épuise ses ressources pour d’autres femmes que la sienne.

De nos jours, les femmes sont les descendantes de femmes qui, pendant des milliers d’années, ont réagi avec jalousie face aux hommes qui envoyaient des signaux montrant qu’ils étaient moins investis à leur égard. Les psychologues de l’évolution pensent que les femmes sont spécialement sensibles aux signes qui montrent que l’homme passe plus de temps et porte plus d’attention à une autre femme.

Selon les chercheurs, les femmes qui étaient indifférentes au fait qu’un homme était émotionnellement attaché à d’autres femmes étaient plus susceptibles de subvenir aux besoins de leur enfant sans les ressources de leur homme. Les hommes qui étaient indifférents à l’infidélité sexuelle de leur femme, et qui investissaient de ce fait leurs ressources sur les enfants d’autres hommes, finissaient par transmettre moins de leurs gènes. Nous sommes les descendants d’hommes et de femmes qui ont réagi de manière appropriée à ces menaces, explique Bendixen.

Il ajoute que ni les expériences passées face à l’infidélité ni le fait que nous soyons en couple ne semble affecter les réactions des hommes et des femmes face à l’infidélité.

"Le point de vue culturel du rôle des sexes pense que la jalousie est quelque chose d’acquis, d’appris, mais nous pensons que ces réactions sont des mécanismes qui font partie de l’évolution de l’esprit humain, étant donné que les mêmes résultats se retrouvent dans différents pays du monde," dit Bendixen.

Deux méthodes de mesure

Dans leur étude publiée en 2015 dans le journal Personality and Individual Differences, les participants recevaient au hasard l’une des quatre versions d’un questionnaire à propos de la jalousie. La moitié de ceux qui ont répondu devaient dire s’ils pensaient que l’aspect émotionnel ou sexuel de l’infidélité était le plus bouleversant pour eux dans quatre scénarios différents sur l’infidélité. L’autre moitié a évalué les scénarios en utilisant une mesure continue ; puis on leur a demandé de rapporter sur une échelle allant de 1 (pas du tout) à 7 (beaucoup) dans quelle mesure ils seraient jaloux ou affectés quand le scénario décrivait soit une infidélité émotionnelle soit sexuelle.

En outre, l’ordre des questions a été modifié dans la moitié des formulaires, ainsi certains participants devaient parler de leur expérience face à l’infidélité avant de répondre aux questions des scénarios. Les autres participants répondaient à ces questions après les questions relatives au scénario. Cette manipulation s’est avérée n’avoir aucun effet sur la façon dont les participants répondaient.

"Comme dans deux de nos études précédentes, nous avons trouvé des différences claires selon les sexes dans les réactions de jalousie parmi ceux qui ont eu à choisir quel aspect de l’infidélité était le plus contrariant pour eux. Nous avons aussi trouvé des différences similaires entre les sexes quand nous avons utilisé le paradigme de la mesure continue. Ces différences entre les sexes sont remarquables, car elles ont été obtenues en utilisant deux méthodes de mesure alternatives, et dans un pays hautement égalitaire avec de fortes attentes en terme d’investissement paternel," dit le chercheur.

Références :

[1] Bendixen, M., Kennair, L.E.O., & Buss, D.M. (2015). Jealousy : Evidence of strong sex differences using both forced choice and continuous measure paradigms. Personality and Individual Differences, 86, 212-216.


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