Accueil du site > Physiologie > Les origines neurales des courbatures
Les origines neurales des courbatures

mardi 13 août 2013

Les douleurs musculaires qui suivent un entraînement ne se situent pas que dans vos muscles !

Ce que nous savons déjà :

- L’exercice intensif peut être douloureux le lendemain, en particulier s’il implique des mouvements inhabituels et des contractions musculaires excentriques. Ce sont les fameuses courbatures musculaires.
- La seconde fois que vous faites un entraînement peu familier, vous serez moins courbaturé ensuite par rapport à la première fois. Et vous le serez encore moins la troisième fois, etc. C’est ce qu’on connaît sous l’expression "d’effet des séances répétées".

Il est facile de comprendre ceci intuitivement en pensant aux fibres musculaires : des contractions excentriques inhabituelles les endommagent ; votre corps fait alors des réparations pour que la prochaine fois que vous referez le même entraînement il y ait moins de dégâts. Il y a un peu de vrai dans cette illustration, mais les courbatures sont en réalité un phénomène beaucoup plus compliqué qui n’est pas encore totalement compris. Pour une chose notamment, il y a aussi un ingrédient "central" à ces courbatures, un élément qui implique des signaux neuraux via la colonne vertébrale plutôt que des dégâts physiques dans le muscle.

Des chercheurs au Danemark ont publié une étude dans l’European Journal of Applied Physiology [1] qui explore les différentes origines de la douleur et de l’effet des séances répétées. Un groupe de volontaires a fait deux séances d’exercice impliquant des mouvements musculaires excentriques séparée par une semaine. Ils ont mesuré la sensibilité de la douleur avant, immédiatement après et un jour après en utilisant deux techniques différentes :

- "Le seuil de douleur à la pression" utilise un appareillage appelé algomètre, qui est en fait une aiguille aplatie qui applique une pression croissante jusqu’à ce que le sujet dise "assez". Cela donne une bonne mesure de la sensibilité à la douleur locale sur un point précis du muscle.
- "Le réflexe de retrait nociceptif" qui est le réflexe de flexion qui fait que vous retirez par exemple rapidement votre main d’une plaque brulante avant même de réaliser ce qui se passe. Il implique des signaux nerveux qui voyagent directement de la moelle épinière vers le cortex moteur pour produire une action protectrice, aucune pensée n’est nécessaire.

Les chercheurs ont appliqué des secousses d’électricité croissantes à la voute plantaire des pieds des sujets, tout en utilisant des électrodes d’électromyogramme pour enregistrer l’activité nerveuse qui voyageait à travers la jambe. Quand les secousses électriques devenaient assez fortes, ils étaient en mesure de voir une explosion d’activité nerveuse qui correspondait à ce réflexe de retrait nociceptif.

Le but de l’étude était de voir comment ces deux mesures de sensibilité à la douleur étaient affectées par les courbatures et par l’effet des séances répétées. Comme attendu, le seuil de pression à la douleur était plus bas le jour qui suivait le premier exercice physique, ce qui signifie que le muscle était plus sensible à la douleur. Après la seconde session une semaine plus tard, il n’y avait pas de changement important : effet classique des séances répétées.

Pareillement, le réflexe de retrait nociceptif était déclenché avec un courant électrique plus faible le jour qui suivait la première séance d’exercice. En d’autres termes, les courbatures sont partiellement le résultat de notre système nerveux qui devient … nerveux - il est hypersensible à tout stimulus potentiellement douloureux ou blessant. Mais l’image était différente une semaine plus tard : il n’y avait pas de changement significatif dans le réflexe après la seconde séance d’exercice. Le seuil a augmenté, ce qui veut dire qu’il est devenu moins sensible à la douleur. En d’autres termes, le système nerveux a réagit très fortement à la première séance préjudiciable, mais n’a pas atteint le seuil critique quand il avait rencontré la même situation une semaine plus tard.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Ceci souligne un point que d’autres études passées avaient démontré : vous n’avez pas à endommager vos muscles ni à avoir des "super courbatures" pour produire l’effet des séances répétées, parce que c’est autant une histoire de signaux nerveux que de fibres musculaires. Quand vous commencez un nouveau stimulus d’entraînement, il y a une tendance à y aller tête baissée jusqu’à la douleur. Mais si vous faites des séances relativement faciles la première ou la seconde fois - en ne portant que 60 à 80% de ce dont vous êtes capables - vous vous protégerez contre les courbatures pour les futurs entraînements plus poussés, sans avoir à perdre du temps supplémentaire en récupération pour avoir jouer les héros lors du premier entraînement.

Références :

[1] Eur J Appl Physiol. 2013. Pain sensitivity is normalized after a repeated bout of eccentric exercise. Hosseinzadeh M, Andersen OK, Arendt-Nielsen L, Madeleine P.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser :



| Bodyscience.fr - Conception : © 2018 François Grandemange - Tous droits reservés | Contacts | SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | C.G.U. |