Accueil du site > Dopage > Les performances peuvent-elles révéler un dopage ?
Les performances peuvent-elles révéler un dopage ?

vendredi 2 juillet 2010

Les héros seront à l’honneur ce mois de juillet. Le Tour de France durera 21 jours, couvrira 3600 kilomètres et 25 cols de montagne, des Alpes aux Pyrénées. Chaque performance extraordinaire pendant la course provoquera suspicion tout autant qu’admiration. Les allégations de dopage ont de nombreuses fois sali le Tour, car tout cycliste qui excelle attire désormais inévitablement des soupçons de dopage. Mais qu’en est-il si une performance "surhumaine" en soi pouvait être utilisée comme élément de preuve du dopage ? C’est l’idée derrière une nouvelle stratégie qui pose la question : "Ceci est-il physiologiquement possible sans l’aide des drogues ?"

L’idée est honnête : l’entrainement à la limite des capacités humaines, basées sur ce que nous savons de la physiologie et de ses capacités maximales. Si les performances d’un athlète vont au-delà de cette limite, elles sont comme une lumière le désignant comme un dopé en puissance, ce qui pourrait donner des analyses plus fréquentes et plus poussées.

La stratégie a le soutien de nombreux physiologistes du sport. Le gouvernement français envisage d’y avoir recours lors des événements sportifs, et l’Agence Mondiale Anti-Dopage réalise des études pilotes.

Mais il y a une difficulté de taille : les sports d’élite ne concernent que les capacités extraordinaires. Pouvons-nous réellement, sur la base d’une performance, faire la distinction entre des athlètes d’exception et leurs rivaux chimiquement aidés ?

Une mesure clé qui pourrait être utilisée pour étudier son potentiel est la "puissance de rendement" du cycliste. C’est une mesure de l’énergie qu’utilise un cycliste pour pédaler dans un col de montagne. Un médicament populaire, l’hormone érythropoïétine (EPO), a montré pouvoir augmenter le pic de puissance de rendement de 16% chez des volontaires en bonne santé après quatre semaines de consommation de la drogue. Elle augmente aussi le "temps à l’épuisement" d’environ 50%, la durée au-delà de laquelle un sujet peut maintenir un rythme élevé [1].

Plusieurs coureurs du Tour de France qui ont gagné, comme Bjarne Riis le vainqueur en 1996, a admis avoir utilisé de l’EPO au milieu des années 1990. Avant que l’utilisation de l’EPO se répande, le rendement des gagnants du Tour était de 380 watts dans les grimpées importantes, aucun ne dépassant 410 watts, explique Antoine Vayer, entraineur professionnel. Riis avait un rendement moyen de 445 W dans les cols du Tour en 1996. De 1994 jusqu’à aujourd’hui, Wayer a calculé qu’environ 6 coureurs par an en moyenne dépassaient les 410 W. Les niveaux ont dégringolé à la fin de la décennie, quand la détection de l’EPO, dans les urines ou le sang, est devenue de plus en plus précise.

Un autre élément pouvant susciter des soupçons à propos d’un cycliste est un VO2 max élevé, une mesure du taux maximum auquel une personne utilise de l’oxygène.

Les niveaux les plus élevés de VO2 max, environ 90 millilitres d’oxygène par kilogramme et par minute, viennent de skieurs et rameurs tout terrain, qui utilisent une forte proportion des muscles de leurs corps. Les cyclistes d’élites ont généralement les scores les plus faibles parce que leur activité utilise peu de masse musculaire.

Dans une étude sur 11 cyclistes de niveau mondial, le niveau le plus élevé de VO2 max était de 82,5 ml/kg/mn [2]. Des niveaux proches des 85 ml/kg/mn sont "très rares", selon les experts, en déclarant que ces valeurs pour des cyclistes sont "très élevées" et au-delà de ce qu’on peut considérer comme "naturel".

Ross Tucker, de l’Université de Cape Town en Afrique du Sud, a utilisé les données de rendement de sortie de Vayer pour estimer le VO2 max de plusieurs coureurs dans la grimpée de l’Alpe D’Huez sur plusieurs années. Les hypothèses faites dans les calculs, comme l’efficacité d’un cycliste convertie en énergie sur le vélo, limitent sa précision, mais dans les huit dernières occasions dans lesquelles le Tour a visité l’Alpe d’Huez, Tucker estime qu’un certain nombre de coureurs avait un VO2 max au-delà des 85 ml/kg/min, avec certains au-dessus des 90 ml/kg/min.

Est-ce que ces niveaux élevés reflètent un bond de la réalisation humaine, ou sont-ils une signature d’une physiologie artificiellement gonflée ? Les rendements de sortie ont encore augmenté depuis le déclin de 2000 et bien que plusieurs cyclistes aient été testés comme positifs aux contrôles anti-dopage, il y en a plusieurs avec des niveaux de VO2 max au-delà des 85 ml/kg/min qui étaient propres. Tucker estime que Lance Armstrong pourrait avoir produit un VO2 max entre 88 et 97 ml/kg/min quand il a grimpé l’Alpe D’Huez en 2004. Armstrong n’avait pas été contrôlé positif à l’époque, ce qui montre les limites de la stratégie.

Sur la base des seules mesures physiologiques d’une personne, il est impossible de le dire autrement . "Le dopage ne peut pas être inféré à partir des seules performances" explique Schumacher.

Néanmoins, Schumacher et d’autres déclarent que ce type d’analyses physiologiques sophistiquées pourraient aider les autorités anti-dopage. Les cyclistes professionnels sont déjà sujets à des tests sanguins et urinaires réguliers pendant et en dehors des compétitions. Les résultats sont ajoutés à leur "passeport biologique", un enregistrement régulièrement mis à jour des résultats des tests de chaque athlète. Les estimations périodiques de rendement de puissance de sortie et de VO2 max pourraient s’y ajouter.

Pierre Sallet, physiologiste et coach sportif à Lyon, a étudié cette approche pour l’Agence Anti-Doping. Quand il a analysé une grimpée du Tour, il a observé un coureur qui produisait une moyenne de puissance qui dépassait les 480 W pendant plus de 30 minutes, un niveau qu’il considère "au-delà de toutes les normes" et qui donne une bonne raison d’enquêter plus avant.

L’Agence a prévu d’introduire les données sur les stéroïdes et les hormones à son schéma de passeport biologique cette année, et que les performances physiologiques devraient suivre. Fred Grappe, de l’Université de Besançon, rencontrera les officiels du Ministère des sports et de la santé pour discuter d’un possible programme national d’enregistrement des performances. Il déclare qu’il aimerait utiliser une combinaison de tests en laboratoire et d’enregistrements des courses pour suivre la performance.

La connaissance de ce qui est considéré comme étant humainement possible pourrait ne pas être suffisante en soi, mais en parallèle des tests anti-dopage, les enregistrements physiologiques peuvent donner aux autorités une bonne idée de ceux qui ne sont pas si propres. Ainsi sera-t-il possible de mieux les contrôler.

Références :

[1] European Journal of Applied Physiology, Prolonged administration of recombinant human erythropoietin increases submaximal performance more than maximal aerobic capacity

[2] Medicine and Science in Sports and Exercise, vol 34, p 2079


Ces articles pourraient aussi vous intéresser :



| Bodyscience.fr - Conception : © 2019 François Grandemange - Tous droits reservés | Contacts | SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Mentions légales | About us |