Accueil du site > Santé > Les produits anti-transpirants et le cancer du sein
Les produits anti-transpirants et le cancer du sein

jeudi 16 octobre 2014

Les mythes concernant les causes du cancer du sein sont nombreux. Après avoir réfuté celui à propos des soutiens-gorge, l’autre mythe le plus répandu est celui des produits anti-transpirants. Prenant leur source dans certains messages viraux plus ou moins récents, leur objectif est de faire peur. Mais cette idée reçue reçoit des soutiens réguliers des milieux et partisans des thérapies alternatives pour lesquels tout déodorant anti-transpirant serait à prescrire pour son danger potentiel.

Les messages se focalisent surtout sur les anti-transpirants à base d’aluminium qui seraient, tout comme les vaccins avec le même excipient, les plus dangereux. Tous les ans, des messages ou des articles, dont certains ont plusieurs années, réapparaissent sous couvert de "nouveauté" pour alerter la population contre les "dangers" de ces anti-transpirants concernant le risque de cancer du sein. Ils citent parfois des études (cf. ci-dessous) qui auraient découvert un lien entre les anti-transpirants et le cancer du sein.

Les explications apportées sont assez floues, voire non vérifiées biologiquement, ou grossières car simplistes comme celle-ci :

"le corps humain a peu de régions qui sont utilisées pour purger les toxines : derrière les genoux, derrière les oreilles, la région de l’aine et les aisselles. Les toxines sont purgées sous forme de transpiration." Ces affirmations précisent ensuite : "les anti-transpirants, comme leur nom l’indique, vous empêchent de transpirer ce qui empêche le corps de purger les toxines sous les aisselles. Ces toxines ne disparaissent pas par magie. Au lieu de cela, le corps les dépose dans les nodules lymphatiques sous les bras étant donné qu’il ne peut pas les expurger par la transpiration. Ceci cause une forte concentration de toxines et conduit à des mutations cellulaires : le cancer ! Presque toutes les tumeurs cancéreuses apparaissent sur la partie du quadrant supéro-externe du sein, où les ganglions lymphatiques sont situés."

Ces explications pseudoscientifiques déclarent aussi que les hommes seraient moins susceptibles d’être touchés par le cancer du sein parce que leur utilisation des anti-transpirants se fait essentiellement dans les cheveux, et ne sont pas directement appliqués sur la peau, ce qui est faux. Ils préviennent aussi les femmes de ne pas appliquer leur anti-transpirant juste après s’être épilée/rasée parce que cela augmenterait le risque car le rasage provoquerait des microcoupures imperceptibles sur la peau qui constitueraient une porte d’entrée aux éléments chimiques dans le corps, notamment dans la région des aisselles.

Évidemment, ces déclarations sont effrayantes et n’importe quelle femme les lisant et peu au fait de la biologie humaine, ou qui n’aurait fait aucune recherche sérieuse pour les vérifier, jetterait son anti-transpirant à la poubelle ou serait en état de stress jusqu’à sa prochaine mammographie.

L’origine de ce mythe est enracinée dans une incompréhension fréquente de la biologie que des yeux experts détecteront rapidement, notamment par l’utilisation abusive du terme "toxines". Il est tout simplement faux de dire que les glandes sudoripares - les glandes de la transpiration qui se trouvent principalement sous les bras et dans la région de l’aine, et qui peuvent produire des substances dont les bactéries sur la peau se régalent pour produire cette odeur nauséabonde caractéristique de la transpiration – sont une source importante de "détoxification", ni qu’il existe des preuves qui montrent que le fait de bloquer ces glandes sudoripares, ce que tendent à faire les anti-transpirants contenant de l’aluminium, va causer une accumulation de "toxines" sous les bras.

Mais il y a une autre erreur ici (ou mensonge, cela dépendant de la conscience de celui qui l’affirme). Si des coupures résultant d’un rasage sous les aisselles vont permettre aux méchants éléments chimiques provenant des les anti-transpirants d’entrer, ce qui est beaucoup plus susceptible d’arriver serait que ces éléments chimiques passent dans le sang et se dispersent à travers le corps, en étant fortement dilués, ou bien que ces éléments chimiques restent bloqués dans le derme (la couche de peau sous l’épiderme qui est habituellement épargnée par le rasage). Dans le second cas, si la peau est coupée même au niveau du derme ce serait une douloureuse coupure ! Mais avec les rasoirs modernes, une coupure qui va au-delà de l’épiderme est très improbable. Mais même si ce cas était vrai, il y aurait plus de risques de cancer de la peau que de cancer du sein, car il n’y a pas de mécanisme biologique plausible par lequel des méchants éléments chimiques venant des anti-transpirants passant sous le derme, s’accumuleraient plus volontiers dans les tissus mammaires. Étant donné que les glandes sudoripares sont localisées dans le tissu sous-cutané ou, pour la plupart, dans la graisse sous-cutanée superficielle, il en serait de même si les toxines causées par les anti-transpirants, sensées s’échapper par la transpiration, étaient contenues dans la glande sudoripare.

Ainsi, d’entrée de jeu le mécanisme décrit pour tenter de rendre ce risque plausible est bancal et ne tient pas debout biologiquement parlant. Aucun mécanisme scientifiquement démontré ne confirme cette explication par laquelle un anti-transpirant conduirait à un risque plus élevé de cancer du sein au niveau du quadrant supéro-externe.

Mais qu’en est-il de cette affirmation selon laquelle "presque tous" les cancers apparaitraient au niveau du quadrant supéro-externe du sein, et l’observation selon laquelle c’est "précisément l’endroit où les ganglions lymphatiques se situent" ? Ce n’est pas tout à fait vrai. Premièrement, cette observation semble faire une confusion entre les glandes sudoripares et les ganglions lymphatiques, dans lequel le "blocage des glandes" est supposé causer un bouchon de ces mystérieuses "toxines" jamais identifiées dans les ganglions lymphatiques. Ce sont deux choses différentes, et les ganglions lymphatiques ne sont pas connectés aux glandes sudoripares comme le laisse supposer ce scénario alarmiste.

Il n’est pas non plus vrai que "presque tous" les cancers du sein se situent dans la région du quadrant supéro-externe (le plus près des aisselles), bien qu’il soit vrai que les cancers du sein ont une propension à apparaitre à cet endroit en premier. Pourquoi cela ? La raison donnée par les adeptes des anti-transpirants cancérigènes est que cela vient de ce que cette région du sein est la plus proche des aisselles, et donc des applications d’anti-transpirants. Dans le même genre de raisonnement, on pourrait affirmer que le réchauffement de la planète est dû au nombre de pirates qui baisse ces trois derniers siècles. Car si les cancers du sein se développent notamment dans cette région, l’explication est surtout anatomique.

Contrairement à ce que pensent les gens quand on parle de "quadrant", la distribution du tissu mammaire n’est pas égale au sein des quadrants. En d’autres termes, chaque quadrant ne contient pas un quart du tissu mammaire qui constitue le sein. Plutôt, il y a plus de tissu mammaire dans le quadrant supéro-externe que dans les autres quadrants du sein, parce qu’une partie du sein connue comme étant le prolongement axillaire ou la "queue de Spence", consiste en du tissu mammaire qui s’étend jusqu’aux aisselles. Il s’avère que le nombre de cancers du sein diagnostiqués dans le quadrant supéro-externe est proportionnel à la quantité de tissu mammaire localisé à cet endroit. Il n’y a pas de prépondérance des cancers du quadrant supéro-externe lorsque la distribution du tissu mammaire dans les différents quadrants est prise en compte.

La meilleure preuve de lien est mauvaise

L’élément de preuve avancé pour tenter de soutenir le point de vue des anti-transpirants comme cause de cancer du sein vient d’une étude de mauvaise qualité qui a été publiée il y a quelques années. Il s’agit d’une étude de McGrath [1] dans laquelle il a étudié un groupe de femmes qui avaient un cancer du sein et qui devaient rapporter quand elles avaient commencé à utiliser des anti-transpirants dans leur jeunesse, leur fréquence d’utilisation, la fréquence de leur rasage sous les aisselles et quand elles ont été diagnostiquées avec un cancer du sein. Malheureusement, cette étude n’était pas très convaincante.

En plus d’être une étude rétrospective encline aux biais et défauts inhérents à toute mémorisation d’événements passés, elle a un énorme défaut qui fait qu’elle n’aurait jamais dû être publiée. En effet, il n’y avait pas de groupe de contrôle. Cette étude n’a analysé que des femmes qui avaient un cancer du sein, et n’a pas contrôlé tous les facteurs confondants et parasites qui auraient pu rendre ses résultats et sa conclusion erronés. Par exemple, les femmes qui ont commencé à utiliser des anti-transpirants ou à se raser très tôt ont probablement atteint la puberté plus tôt, et en conséquence, ont eu leur premières règles plus tôt. Or le fait d’avoir ses menstruations plus tôt est un facteur de risque pour le cancer du sein qui est connu depuis longtemps. Il en est de même pour les femmes qui ont commencé à se raser sous les bras le plus tôt. Mais le plus intéressant, c’est qu’une autre étude mieux conçue qui a étudié des femmes avec ou sans cancer du sein avait été publiée un an plus tôt, et n’avait pas trouvé de corrélation entre l’utilisation des anti-transpirants et le risque de cancer du sein [2].

Références :

[1] An earlier age of breast cancer diagnosis related to more frequent use of antiperspirants/deodorants and underarm shaving. McGrath KG. Eur J Cancer Prev. 2003 Dec ;12(6):479-85.

[2] Antiperspirant Use and the Risk of Breast Cancer. Dana K. Mirick, Scott Davis, David B. Thomas. JNCI J Natl Cancer Inst (2002) 94 (20) : 1578-1580.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser :



| Bodyscience.fr - Conception : © 2018 François Grandemange - Tous droits reservés | Contacts | SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | C.G.U. |