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Les recommandations d’hydratation surestiment les besoins des sportifs

jeudi 26 septembre 2013

Une recherche apporte davantage de preuves en faveur de la notion selon laquelle le fait de boire pour épancher sa soif est largement suffisant.

La chute de la performance habituellement attribuée à la déshydratation en pleine chaleur pourrait n’être que dans nos têtes, d’après une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine [1], qui a conduit des chercheurs à conclure que le fait d’encourager les athlètes d’endurance à boire pour compenser leur taux de sudation pourrait être trompeur.

L’étude, dirigée par des chercheurs de Nouvelle Zélande, n’a pas trouvé de différences dans les performances parmi 10 cyclistes qui étaient soit totalement hydratés, soit déshydratés à -2% ou -3% de leur masse corporelle pendant une période de test en laboratoire dans des conditions de chaleur (33° Celsius et 40% d’humidité). Des recherches antérieures suggéraient que la performance commençait à en souffrir à partir de -2% de déshydratation.

Contrairement à d’autres études, les participants de cette expérience n’étaient pas conscients de leur état d’hydratation, une étape qui a permis aux chercheurs de factoriser la croyance en l’hydratation dans leur équation.

"Dans les autres études en laboratoire sur l’hydratation, la performance pourrait avoir chuté sans boire parce que nous pensons que celle-ci doit baisser si nous ne buvons pas" explique l’auteur de l’étude, le Dr Paul Laursen, chercheur à l’Institut de Recherche de la Performance Sportive d’Auckland.

Une telle pensée peut conduire un sportif à croire que son corps est physiologiquement incapable d’en faire plus, alors qu’en fait il peut maintenir sa performance à un niveau similaire. Bien que les cyclistes déshydratés à -3% avaient une température rectale plus élevée, il n’y avait pas de différence de rythme cardiaque, de température de la peau ni de la perception de l’épuisement selon les différents niveaux de déshydratation.

Les chercheurs ajoutent qu’ils s’attendaient à voir une petite baisse de la performance à -2% et une importante baisse à -3%, mais ils ont été surpris qu’il n’y en ait aucune.

"Ceci est une bonne nouvelle, car cette découverte nous rappelle que notre corps est incroyablement compétent pour ce qui est de résoudre les problèmes, indépendamment de la situation dans laquelle on se situe" dit Laursen. "La raison possible des conditions de niveau d’hydratation étaient toutes les mêmes parce que le volume de sang dans le corps arrive à résoudre ce problème tout seul".

Il est important de rappeler que les sujets choisissaient leur propre rythme et n’étaient pas susceptibles de pédaler à leur rythme d’effort dans des conditions de temps plus frais. C’est-à-dire que cette étude ne contredit pas la notion selon laquelle les athlètes devraient modifier leur rythme dans des conditions de chaleur. Plutôt, elle suggère que la déshydratation en tant que "tueur de performance" devait être un cas d’erreur d’attribution.

"On ne peut pas ignorer les données objectives" dit le chercheur. "10 cyclistes sur 10 ont fait le même temps de course, et ceci quel qu’était leur état de déshydratation. L’impact de l’état d’hydratation sur la performance est tout simplement surestimé".

Laursen ajoute que l’étude apporte plus de preuves à ce que d’autres scientifiques du sport ont suggéré ces dernières années : que si les athlètes boivent quand ils ont soif ils iront très bien.

"Nous savons que de nombreux coureurs et triathlètes de haut niveau et qui gagnent se déshydratent plus que cela (-3%) pendant une compétition, et qu’ils boivent toujours pour épancher leur soif eux-mêmes" dit Laursen. "Pourquoi les recommandations devraient-elles être différentes pour le coureur moyen ?"

L’un des facteurs confondant potentiel est que le vent généré naturellement pendant qu’ils pédalent agit comme un mécanisme de rafraichissement naturel, et ceci a été simulé dans leur étude : des ventilateurs ont été directement placés devant les coureurs, et du vent était envoyé à une vitesse de 32 km/h. Les autres études sur les coureurs ont utilisé une vitesse de vent à 13 km/h par heure, ce qui était trop lent.

Lorsque la transpiration s’évapore, cela rafraichit le corps, ce que les coureurs n’apprécient pas sauf les jours de chaleur agrémentés d’une brise.

Ce type de rafraichissement joue un grand rôle pour lutter contre l’accumulation de chaleur dans le corps, mais cela limite l’application des résultats de cette étude aux cyclistes. Il y a certainement une plus grande marge de manœuvre avec la déshydratation et son impact sur la performance de l’endurance, et non pas un seul modèle unique quand il s’agit des recommandations de remplacement des fluides. Cependant, les chercheurs affirment que d’autres recherches sur d’autres coureurs arriveront à des résultats similaires.

Références :

[1] Current hydration guidelines are erroneous : dehydration does not impair exercise performance in the heat. Br J Sports Med, doi:10.1136/bjsports-2013-092417.


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