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Les régimes "Sirtfood" sont-ils scientifiquement solides ?

samedi 6 février 2016

La nutrition est un domaine dans lequel gravitent énormément de conseils inutiles ou faux, de produits sans intérêts aux déclarations farfelues et non démontrées jusqu’aux simples arnaques. Ainsi, tout nouveau régime qui arrive sur le marché, telle une mode, doit être approché avec scepticisme, sans se fier aux témoignages qui sont soit fabriqués ou qui ne reflètent qu’un avis personnel qui ne prouve rien. Le dernier régime à la mode qui fait les gros titres est le régime "SirtFood" (littéralement "Aliments Sirt"), qui permettrait de maigrir tout en apportant d’autres bénéfices comme de "stimuler le rajeunissement et la réparation cellulaire" !

Pour les non-initiés, ce régime repose sur la consommation d’aliments qui pourraient interagir avec une famille de protéines connues comme étant les protéines sirtuines [1], ou SIRT1 – SIRT7. Ce régime est d’autant plus séduisant qu’il comprend des aliments autorisés comme le vin et le chocolat, supposés être les meilleures sources, tout comme les agrumes, les myrtilles ou encore le chou. Pendant les trois premières journées, l’apport en calories est limité (1000 calories par jour) et consiste en trois jus de légumes "SirtFood", plus un repas normal riche en "Sirtfoods". Du quatrième jour jusqu’au septième jour, la consommation calorique augmente à 1500 calories et consiste en deux jus et deux repas. Au-delà, il est recommandé d’avoir une alimentation équilibrée riche en aliments sirtuines, à côté des jus de légumes. Les crevettes et le saumon font aussi partie des repas.

Il semble savoureux, et les sirtuines sont en effet impliquées dans une large gamme de processus cellulaires incluant le métabolisme, le vieillissement et le rythme circadien. Le régime repose aussi en partie sur la restriction calorique. Les nutritionnistes à l’origine de ce régime disent que ce régime "influence la capacité du corps à brûler les graisses et qu’il accélère le système métabolique."

Le régime à la loupe

Que savons-nous de ce régime ? D’un point de vue scientifique, la réponse est : presque rien. Les sirtuines contribuent à réguler le métabolisme de la graisse et du glucose [2] en réponse aux changements des niveaux d’énergie. Ils pourraient aussi jouer un rôle dans l’effet de la restriction calorique pour ce qui est d’améliorer le vieillissement [3]. Ceci peut-être via les effets des sirtuines sur le métabolisme aérobique (ou mitochondrial), qui réduit les espèces réactives de l’oxygène (radicaux libres) et augmente les enzymes antioxydantes.

En outre, la recherche montre que des souris transgéniques avec des niveaux élevés de SIRT6 vivent beaucoup plus longtemps que des souris sauvages normales [4], et que des modifications dans l’expression de SIRT6 pourraient avoir un rapport avec le vieillissement de certaines cellules de la peau humaine [5]. SIRT2 a aussi montré qu’elle ralentissait le vieillissement du métazoaire (levure) [6].

Tout cela semble impressionnant et le régime alimentaire a reçu des commentaires et critiques élogieux, mais aucun de ces commentaires ne constitue une preuve irréfutable que le régime SirtFood produit des effets similaires sur les êtres humains. Ce serait une énorme extrapolation que de supposer que des recherches réalisées en laboratoire sur des souris, des levures et des cellules souches humaines puissent s’appliquer dans la vraie vie, tant il peut y avoir de variables parasites et confondantes.

La science de l’amaigrissement

Sans doute que le régime fonctionnera pour certaines personnes. Mais les preuves scientifiques confirmant l’efficacité de tout régime alimentaire est quelque chose de complètement différent. Bien entendu, l’étude idéale pour considérer qu’un régime est efficace pour maigrir (ou pour tout autre résultat, comme sur le vieillissement) exigera un échantillon suffisamment grand, représentatif de la population, et une répartition aléatoire du traitement/régime à suivre et un groupe de contrôle. Les résultats seront enregistrés sur une période de temps adéquate avec un contrôle strict des variables confondantes, comme tout autre comportement pouvant affecter positivement ou négativement les résultats (par exemple : tabagisme, exercice, etc.).

Cette recherche serait limitée par des méthodes comme l’auto-évaluation et la mémoire, mais qui aideraient à découvrir l’efficacité de ce régime. La recherche de cette nature n’existe cependant pas, et il faut donc être très prudent dans l’interprétation de la science fondamentale, ensuite, des cellules humaines dans une boite de culture réagissent très certainement différemment des cellules dans une personne vivante.

Et le doute concernant ce régime est encore plus grand lorsqu’on considère certaines des déclarations faites à son sujet. Des pertes de poids de 3,20 kg en une semaine sont irréalistes et sont peu susceptibles de refléter des modifications de la graisse dans le corps. Pendant les trois premiers jours, les individus qui suivent ce régime consomment autour de 1000 kcal par jour, environ 40 % à 50 % de ce dont une personne a besoin. Cela aura pour conséquence une perte rapide de glycogène (la forme stockée des glucides) provenant des muscles et du foie.

Mais pour chaque gramme de glycogène stocké nous stockons aussi environ 2,7 grammes d’eau, et l’eau est lourde. Ainsi, pour tout le glycogène perdu, nous perdons aussi l’eau qui l’accompagne et donc du poids. En outre, les régimes qui sont trop restrictifs sont très difficiles à suivre et ils résultent souvent en une augmentation des hormones qui stimulent l’appétit, comme la ghréline. Le poids (glycogène et eau) reviendra ainsi à la normale si la faim prend le dessus et l’emporte.

En général, l’application de la méthode scientifique pour étudier la nutrition est difficile. Il n’est souvent pas possible de mener à bien des études contrôlées contre placebo qui soient véritablement valides, et les résultats sur la santé qui intéressent les chercheurs s’étalent sur plusieurs années, ce qui rend la recherche si difficile. Les études sur de grandes populations dépendent de méthodes de collection des données parfois simples et naïves comme la mémoire et l’auto-évaluation, qui produisent souvent des données peu fiables. Contre ce bruit de fonds parasite, la recherche en nutrition doit faire un travail difficile.

Y a-t-il une solution miracle ?

Malheureusement non ! Les gros titres qui font sensation dans les magazines et les représentations souvent hyperboliques des données scientifiques sur les controverses sans fin sur que ce que nous devrions manger et en quelle quantité nourrissent davantage notre obsession de la solution miracle, ou du traitement magique, qui en soi est un problème social endémique.

Pour les raisons soulignées plus haut, le régime SirtFood doit être classé dans la catégorie des régimes bidon, du moins du point de vue scientifique. À partir des preuves que nous détenons, affirmer le contraire est au mieux fallacieux et au pire mensonger et préjudiciable aux personnes qui voudraient améliorer leur santé et maigrir. Ce régime est peu susceptible d’apporter des bénéfices à une population qui fait face à une épidémie de diabète, cachée dans l’ombre de l’obésité. Comme cela a déjà été clairement dit par d’autres [7], les régimes spéciaux ne marchent pas et le régime en général n’est pas une solution de santé publique pour les sociétés dans lesquelles tant d’adultes sont en surpoids.

La meilleure stratégie actuellement est de changer son comportement sur le long terme, en l’associant à une influence politique et environnementale visant à augmenter l’activité physique et une certaine forme de contrôle sur ce que nous mangeons. Ce n’est pas une solution miracle, mais ça marche !

Références :

[1] Cold Spring Harb Symp Quant Biol. 2007 ;72:483-8. Sirtuins in aging and disease. Guarente L1.

[2] Sirtuins as regulators of metabolism and healthspan. Nature Reviews, Molecular Cell Biology, 13, 225-238, 2012.

[3] Calorie restriction as an intervention in ageing. The Journal of Physiology.

[4] Nature. 2012 ; 483(7388):218-21. The sirtuin SIRT6 regulates lifespan in male mice.

[5] J Biol Chem. 2013 Jun 21 ;288(25):18439-47. 2013. The role of SIRT6 protein in aging and reprogramming of human induced pluripotent stem cells.

[6] Nature, 430, 686-689 ; 2004. Sirtuin activators mimic caloric restriction and delay ageing in metazoans.

[7] Brutal pragmatism on food. BMJ, 2013 ; 346.


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