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Pourquoi a-t-on encore plus faim après avoir maigri ?

lundi 12 février 2018

Avoir faim et manger moins le reste de votre vie pourrait bien être le prix à payer une fois que les kilos en trop sont perdus.

L’obésité et la surcharge pondérale est un problème dans le monde développé. Une étude récente explique pourquoi il peut être si difficile de conserver un poids de corps correct et sain après avoir maigri [1]. Cette recherche a étudié l’appétit chez des participants qui ont pris part à une étude complète pour maigrir sur 2 ans, et a trouvé des éléments qui expliquent pourquoi le fait de conserver son nouveau poids de corps sur le long terme est si difficile.

Après deux ans, tous les participants de l’étude avaient perdu du poids. Mais tous avaient aussi beaucoup plus faim que quand ils ont commencé. L’élément clé semble se situer dans l’équilibre entre la faim et les hormones de la satiété chez les personnes qui ont perdu beaucoup de poids.

Un traitement contre l’obésité

"Nous avons donné à 34 patients atteints d’obésité morbide un traitement de référence sur une période de deux ans," dit Catia Martins, de l’Université Norvégienne des Sciences et Technologies. Les patients ont commencé en pesant en moyenne 125 kilos. Ils ont d’abord été admis pendant trois semaines dans un centre spécialisé pour suivre un traitement contre l’obésité, ils devaient régulièrement faire de l’exercice et passer différents tests. Les patients ont aussi reçu une éducation nutritionnelle et ils avaient des entretiens avec des psychologues.

Ce type de suivi et de traitement a été répété environ tous les six mois. Les participants ont perdu en moyenne 11 kilos après deux ans. Dans les trois premières semaines, ils ont perdu environ cinq kilos. Deux sur dix ont réussi à conserver le bénéfice de leur perte de poids après le programme.

Or, selon les chercheurs, la plupart des individus atteints d’obésité sont capables de maigrir, même tous seuls, mais la recherche montre que seulement 20 % arrivent à conserver le bénéfice de cette perte de poids. D’un point de vue purement biologique, deux facteurs sont à l’œuvre : l’évolution humaine et la capacité du corps à assurer sa survie. L’un d’entre eux est une hormone, le second est la capacité du corps à conserver l’énergie.

Voyons d’abord l’hormone.

L’hormone de la faim augmente pendant un régime

Quand nous perdons du poids, l’estomac libère des quantités plus importantes d’une hormone appelée la ghréline. Cette hormone nous rend affamés. "Tout le monde possède cette hormone, mais si vous avez été en surpoids et que vous perdez du poids, les niveaux de l’hormone augmentent," explique Martins.

La mauvaise nouvelle à propos de la ghréline est que son niveau ne s’ajuste pas dans le temps. L’étude montre que les niveaux de la ghréline chez les sujets de l’étude sont restés élevés sur les deux ans qu’ont duré la recherche. Martins déclare que cela veut dire qu’il est probable que les personnes qui ont été en surcharge pondérale devront faire face à cette augmentation des fringales tout le reste de leur vie.

Le corps résiste aux régimes

L’autre mécanisme est la capacité du corps à se préserver. "Une personne qui a été très grosse avait besoin de plus d’énergie rien que pour respirer, dormir, digérer la nourriture ou marcher. Quand le corps perd du poids, il faut moins d’énergie pour ces fonctions basiques, tout simplement parce que le corps est plus léger," dit Martins.

Certaines personnes se mettent aussi en "mode économie".

"Quelqu’un qui a pesé 80 kilos toute sa vie peut manger plus qu’une personne qui pèse 80 kilos après avoir maigri. La différence de quantité de nourriture est d’environ 400 calories, c’est-à-dire l’équivalent d’un bon petit-déjeuner ou de quatre bananes," expliquent les chercheurs.

En d’autres termes, les gens qui ont perdu du poids ont besoin de moins d’énergie pour conserver leurs nouveaux corps plus légers. Et pourtant ils ont plus faim, parce que leur corps essaye de récupérer ce poids perdu. Rien que pour être en sécurité.

L’obésité devrait être traitée comme une maladie chronique

"Il est important de savoir quels mécanismes physiologiques résistent à la perte de poids. Bien entendu, il y a des différences individuelles. Les gens peuvent perdre leur motivation et avoir des difficultés à suivre un régime et un certain niveau d’exercices. Tout cela fait qu’il leur est difficile de garder ce nouveau poids de corps," dit Martins.

Selon cette étude, la sensation de satiété après un repas augmente aussi, mais la sensation de faim augmente plus encore.

"L’obésité est une lutte quotidienne pour le reste de la vie. Nous devons arrêter de la traiter comme une maladie à court terme en donnant des conseils et de l’aide aux patients, et en les laissant se débrouiller tous seuls," disent les chercheurs. Ils estiment qu’il faut considérer l’obésité comme une maladie chronique comme une autre.

Par exemple, une personne avec un diabète de type 2 reçoit beaucoup d’aide et un suivi médical dans le temps. C’est ainsi qu’il faudrait agir face à l’obésité aussi. Autrement, il peut être très difficile de conserver le nouveau poids de corps tout seul.

Références :

[1] Impact of weight loss achieved through a multidisciplinary intervention on appetite in patients with severe obesity. Silvia R Coutinho, Jens F. Rehfeld, Jens J. Holst, Bård Kulseng, Catia Martins. American Journal of Physiology-Endocrinology and Metabolism. 2018.


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