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Pourquoi a-t-on mal à la tête quand on boit ou mange froid ?

mercredi 25 avril 2012

Le mal de tête causé par le froid est presque une expérience universelle, pratiquement tout le monde a déjà ressenti cette petite céphalée presque instantanée dès qu’on manage une glace ou qu’on boit une boisson très froide et qu’elle touche le palais. Cependant, les scientifiques n’arrivaient toujours pas à expliquer ce phénomène.

Étant donné que les personnes qui sont sujettes aux migraines sont les plus susceptibles de vivre ce mal de tête que ceux qui ne souffrent pas de migraines, la douleur due au froid pourrait avec les mêmes mécanismes que d’autres types de migraines. Un des liens possibles entre la migraine causée par la glace et les autres migraines vient des modifications locales dans l’afflux sanguin du cerveau.

Dans leur étude [1], les chercheurs ont eu recours à ces céphalées provoquées par le froid pour étudier les autres types de céphalées. En provoquant des céphalées avec le froid en laboratoire sur des volontaires, et en étudiant les flux sanguins dans leurs cerveaux, les chercheurs ont montré que ces migraines soudaines semblaient être provoquées par une augmentation soudaine du flux de sang dans l’artère cérébrale antérieure, douleur qui disparaissait dès que cette artère se comprimait. Découverte qui pourrait éventuellement conduire vers de nouveaux traitements contre les migraines.

Provoquer une céphalée avec le froid

Selon Serrador, l’auteur de l’étude, les études antérieures visant à évaluer quelles modifications physiologiques pouvaient provoquer les migraines, reposaient principalement sur différents médicaments, ou avaient recours à des patients qui arrivaient au laboratoire en ayant déjà leur migraine.

Cependant, les deux méthodes avaient leurs limites. Les agents pharmacologiques peuvent induire d’autres effets qui pourraient fausser les résultats, et étant donné que les chercheurs ne pouvaient pas attendre que les sujets aient leurs migraines au labo, ces études passaient à côté de cette période cruciale de l’apparition et de la formation de la migraine qui survenait parfois des heures avant que les scientifiques soient en mesure d’étudier ces patients.

Pour provoquer une migraine en laboratoire, et pour l’étudier du début jusqu’à la fin, la céphalée causée par le froid convient parfaitement. Elles sont faciles à provoquer et rapide à résoudre sans équipement compliqué ni couteux médicaments.

Dans leur étude, Serrador et ses collègues ont recruté 13 adultes en bonne santé. Les chercheurs ont enregistré les flux sanguins des volontaires dans plusieurs artères du cerveau en utilisant un Doppler transcrânien pendant qu’ils buvaient de l’eau glacée via une paille plaquée contre leur palais, conditions idéales pour créer une migraine par le froid, et ont ensuite bu la même quantité d’eau à température ambiante.

Les volontaires levaient leur main dès qu’ils ressentaient une douleur migraineuse à cause du froid, puis la levaient de nouveau une fois que la douleur s’était dissipée. Les résultats ont montré qu’une artère particulière, l’artère cérébrale antérieure, se dilatait rapidement et augmentait l’afflux sanguin dans le cerveau en conjonction avec la douleur des volontaires. Immédiatement après que cette dilatation apparaisse, le même vaisseau sanguin se comprimait en même temps que la douleur reculait.

Modifier la survenue des migraines

Les chercheurs font l’hypothèse que la dilatation, puis la rapide constriction, pourraient être une sorte de mécanisme d’auto-défense du cerveau. "Le cerveau est l’un des organes les plus importants dans le corps, et il a besoin de travailler tout le temps" dit-il. "Il est assez sensible à la température, ainsi la vasodilatation pourrait déplacer le sang chaud de l’intérieur des tissus pour faire en sorte que le cerveau reste chaud." Mais étant donné que le crâne est une structure fermée, ajoute le chercheur, l’afflux soudain de sang pourrait augmenter la température et causer la douleur. La vasoconstriction qui suit pourrait être une façon de faire baisser la pression dans le cerveau avant qu’il atteigne des niveaux critiques.

Il remarque que des altérations identiques dans le flux sanguin pourraient être à l’œuvre dans les migraines, les migraines post-traumatiques et les autres types de migraines. Si des recherches futures confirment ces soupçons, alors trouver le moyen de contrôler l’afflux de sang pourrait ouvrir la voie vers de nouveaux traitements. Les médicaments qui bloquent la vasodilatation rapide, ou qui visent les canaux impliqués dans cette vasodilatation des migraines, pourraient être un moyen d’en changer le cours.

Références :

[1] Cerebral Vascular Blood Flow Changes During ’Brain Freeze. Experimental Biology 2012.


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