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Pourquoi le fait de nous guérir peut sembler être pire qu’être malade ?

jeudi 22 mars 2012

Un article publié dans The Quarterly Review of Biology [1] permet d’expliquer pourquoi le système immunitaire nous fait aller pire tout en essayant de nous guérir.

La recherche en question apporte un nouveau point de vue sur un composant du système immunitaire connu comme étant la réaction phase-aigüe, une série de changements systémiques dans les niveaux de protéines du sang, de la fonction métabolique et de la physiologie, qui survient parfois quand les bactéries, les virus et autres éléments pathogènes envahissent le corps. Cette réaction met les cellules et les tissus sains dans un état de grand stress, et est en fait la cause de nombreux symptômes que nous associons à la maladie.

"La question est pourquoi ces composants nuisibles évolueraient ?" demande Edmund LeGrand auteur de l’article avec Joe Alcock. Les chercheurs débattent sur le fait que la réponse devient claire quand nous voyons la réaction de la phase aigue en termes de ce qu’ils appellent "la stratégie de la corde raide immunitaire".

Le modèle de la stratégie de la corde raide immunitaire est le pari que les facteurs de stress nuiront aux éléments pathogènes relativement plus qu’à l’hôte" dit LeGrand. Le concept, explique-t-il, est voisin de ce qui se passe dans les débats du commerce international. Quand un pays met en place des sanctions commerciales sur un autre, les deux économies des pays en prennent un coup, mais le pays qui sanctionne fait le pari que son opposant sera plus négativement touché.

"L’une de nos contributions ici est de rassembler les raisons pour lesquelles les éléments pathogènes souffrent plus du stress systémique" dit LeGrand.

La réaction de phase aigüe créé un stress de plusieurs façons. Elle augmente la température du corps et cause une perte de l’appétit et d’anémie légère. En même temps, certains nutriments vitaux comme le fer, le zinc et le manganèse sont partiellement séquestrés loin du flux sanguin.

Certains de ces constituants sont assez étonnants. Pourquoi le fait de réduire seulement la consommation de nourriture quand on aurait besoin de plus d’énergie serait nécessaire pour augmenter une réponse immunitaire forte ? Le zinc est essentiel pour une fonction immunitaire saine. Pourquoi le sortir du flux sanguin quand le système immunitaire est actif ? Les bénéfices d’une cause de stress comme la fièvre sont assez bien connus : la chaleur a montré qu’elle empêchait la croissance des bactéries, et faisait que les cellules infectés s’autodétruisaient. Mais ce qui n’a pas été éclairci est pourquoi les éléments pathogènes devaient être plus sensibles à ce stress que l’hôte lui-même.

Les chercheurs proposent quelques réponses. Pour qu’une infection se répande, les éléments pathogènes ont besoin de se multiplier, tandis que les cellules hôtes peuvent suspendre leur réplication. La réplication fabrique de l’ADN et des protéines nouvellement formées qui sont plus susceptibles d’être endommagés. Cela exige aussi de l’énergie et des nutriments - ce qui permet d’expliquer les bénéfices d’une restriction alimentaire et d’une séquestration des nutriments.

L’acte d’invasion du corps oblige aussi les bactéries à modifier leur métabolisme, ce qui peut les rendre plus vulnérables à toutes sortes de stress, y compris la chaleur.

Une autre raison qui fait que les pathogènes sont plus vulnérables au stress est que le système immunitaire est déjà en train de les triturer avec les globules blancs et les facteurs de stress associés sur le site de l’infection. Cela signifie que les pathogènes sont déjà dans un état de stress local quand les facteurs de stress systémiques s’ajoutent. "De plusieurs façons, la réaction de phase aigüe renforce le stress infligé localement aux éléments pathogènes sur le site de l’infection" dit LeGrand.

Comme l’expression "stratégie de la corde raide immunitaire" le sous-entend, il y a un risque inhérent dans la stratégie qui implique le fait de nuire à quelqu’un pour blesser l’ennemi à l’intérieur. Cette "automutilation" laisse le corps plus vulnérable aux autres dangers, y compris aux autres infections. En outre, il est possible que les causes de stress immunitaires fassent plus de mal que nécessaire pour contrôler les pathogènes.

"Mais en général, les facteurs de stress systémiques, quand ils sont correctement régulés, font de préférence plus de mal aux envahisseurs" dit LeGrand. Considérée de cette manière, il n’est pas surprenant que la sélection naturelle ait utilisé les parties stressantes de la réaction de phase aigüe chez les mammifères, reptiles, poissons et même les invertébrés.

Références :

[1] Edmund LeGrand, Joe Alcock. Turning Up The Heat : Immune Brinksmanship In The Acute-phase Response. The Quarterly Review of Biology, 87:1 (2012).


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