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Quand nos yeux servent notre estomac

samedi 3 mars 2012

Nos sens ne font pas que nous donner un strict point de vue de ce qui se passe dans le monde ; ils sont aussi affectés par ce qui se passe dans notre tête. Une étude a trouvé que des gens qui ont faim voient des mots relatifs à l’alimentation plus clairement que ceux qui viennent de manger.

L’étude, publiée dans le journal Psychological Science [1] a découvert que cette modification de la vision apparait aux étapes les plus précoces de la perception, avant que les régions supérieures du cerveau aient une chance de modifier les messages qui viennent des yeux.

Les psychologues savent depuis des décennies que ce qui se passe dans notre tête affecte nos sens. Par exemple, les enfants les plus pauvres pensent que les pièces de monnaie sont plus grosses que ce qu’elles sont en réalité, et les gens les plus affamés pensent que les images de nourriture sont plus brillantes. Rémi Radel, de l’Université de Nice Sophia-Antipolis, voulait savoir comment cela se passait, notamment si cela était direct, quand le cerveau recevait les signaux en provenance des yeux ; ou si cela était différé, quand les processus de la pensée les plus importants du cerveau étaient impliqués.

Radel a recruté 42 étudiants qui avaient tous un indice de masse corporelle normal. Le jour de leur test, on a dit à chaque étudiant de venir au laboratoire après trois ou quatre heures sans manger. On les a ensuite informés qu’il y avait du retard. Certains ont dû revenir 10 minutes plus tard, d’autres une heure plus tard pour aller manger entre temps. Ainsi, la moitié des étudiants avait faim quand ils ont fait l’expérience, et l’autre moitié venait juste de manger.

Pour l’expérience, les participants devaient regarder un écran d’ordinateur. Un par un, 80 mots ont été flashés sur l’écran pendant environ 1/300ème de seconde, à une durée qui est juste au seuil de ce qu’une personne peut consciemment percevoir. Un quart des mots était des mots relatifs à la nourriture. Après chaque mot, on demandait aux participants quelle était la brillance du mot, et on leur demandait lequel des deux mots ils avaient vu : un mot relatif à la nourriture (comme "gâteau") ou un mot neutre (comme "bateau"). Chaque mot apparaissait trop brièvement pour que le participant puisse le lire réellement.

Les sujets qui avaient faim voyaient les mots relatifs à la nourriture comme étant plus brillants et ceux-ci étaient mieux identifiés. Étant donné que les mots apparaissaient trop rapidement pour être vus de façon certaine, cela signifie que la différence se situe dans la perception, dit Radel. Ce n’est pas à cause d’un certain type de processus qui survient dans le cerveau après que vous soyez déjà conscient de ce que vous voyez.

"C’est quelque-chose d’incroyable, que les êtres humains puissent réellement percevoir ce dont ils ont besoin ou ce à quoi ils aspirent, de savoir que nos cerveaux sont à disposition de nos besoins et intentions" dit Radel. "Il y a quelque-chose à l’intérieur de nous qui sélectionne l’information dans le monde pour nous rendre la vie plus facile."

Références :

[1] Evidence of Motivational Influences in Early Visual Perception : Hunger Modulates Conscious Access. Psychological Science.


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