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S’entrainer en milieu pollué bloque les bénéfices cognitifs

lundi 26 novembre 2012

Une étude a comparé l’entraînement sportif urbain et rural avec des résultats inquiétants.

Des chercheurs Belges ont réalisé une étude dont les résultats ont été publiés dans le journal Medicine & Science in Sports & Exercise [1], qui a comparé les effets de l’entrainement dans des environnements urbains (en ville) et ruraux (à la campagne). Ils ont pris deux groupes de volontaires sédentaires : 15 étudiants provenant d’une université de la ville de Bruxelles (1151000 habitants), et neuf étudiants d’une université de la petite ville de Mol (35000 habitants).

Chaque groupe a suivi un programme d’entraînement sportif de 12 semaines, trois fois par semaine, sur les terrains de leur université respective. Le programme d’entraînement était un programme de "départ arrêté" qui commençait avec 20 minutes de marche et de course à pieds, jusqu’à 32 minutes de course à pieds. Pendant les séances d’entraînement, les chercheurs ont mesuré les niveaux de particules en suspension entre 0.02 et 1 micromètre de diamètre, le type de pollution produite par les voitures et les camions.

Et voici la chute : les deux groupes ont augmenté leur niveau de forme physique de la même manière à la fin du programme, mais le groupe en ville a affiché des niveaux plus élevés de marqueurs d’inflammation systémique (comptage des leucocytes) et d’inflammation respiratoire (monoxyde d’azote exhalé). En revanche, il n’y avait pas de modification de ces paramètres pour le groupe rural. En outre, les changements individuels de ces paramètres étaient corrélés à l’exposition à la pollution mesurée pour chaque individu durant le programme d’entraînement.

Au contraire, le groupe à la campagne a montré avoir amélioré son score dans le Test de Stroop qui mesure la réaction d’inhibition et l’attention sélective (qui sont des parties fonctionnelles de la fonction exécutive ou des niveaux les plus élevés de la cognition) ; le groupe urbain n’a montré aucune amélioration. Les chercheurs ont relié ces résultats à des études précédentes qui avaient suggéré que l’exposition à l’air pollué contribuait à provoquer une "neuro-inflammation et un déclin cognitif chez les êtres humains comme chez les animaux".

Voici le graphique qui montre les changements individuels des lymphocytes (un type de leucocytes qu’ils ont mesuré en tant que marqueurs de l’inflammation systémique) pour chaque sujet testé, comme fonction de l’exposition personnelle aux particules ultrafines de matière pendant le programme d’entraînement : Ainsi, il est particulièrement inquiétant pour les sportifs urbains qui vivent dans de grandes villes et qui font du sport tous les jours dehors. Les chercheurs ont même conclu avec cette déclaration pour le moins négative :

"Ces résultats sont particulièrement précieux pour les travailleurs dans le domaine de la santé, et tous ceux qui conseillent aux gens de faire du sport à l’extérieur dans des environnements urbains pollués. Le débat doit porter sur les effets négatifs de l’inflammation systémique, des effets cardiovasculaires et de la neuro-inflammation, etc. qui ne justifient pas de faire du sport à l’extérieur pour en tirer une certaine forme physique."

Cette étude a donc permis de faire un excellent travail pour ce qui est d’apporter de précieux détails expliquant pourquoi on sera en meilleure santé en respirant un air pur plutôt qu’un air pollué. Mais l’étude ne nous dit rien sur les bénéfices relatifs de l’exercice physique réalisé en ville contre pas de sport du tout en ville.

Le groupe de sportifs urbain a amélioré son niveau de forme physique aérobique (ce qui est une très bonne chose), a augmenté ses marqueurs de l’inflammation (ce qui est une mauvaise chose) et n’a rien modifié en ce concerne son intellect. Est-ce que les effets négatifs ont dépassé les effets positifs ? Cette étude ne conclut rien à ce sujet.

Il y a cependant d’autres éléments à prendre en considération, comme le fait que le groupe urbain vivait en ville 24 heures sur 24, tandis que le groupe rural vivait dans un environnement rural toute la journée. Les chercheurs reconnaissent que l’absence d’amélioration cognitive dans le groupe urbain pourrait être le reflet de leur exposition chronique à la pollution, et non pas seulement à la pollution de l’air pendant leur entraînement sportif.

En de compte, l’étude apporte de l’eau au moulin aux effets négatifs de la pollution, mais cela ne veut pas dire que les personnes qui vivent dans des environnements pollués devraient éviter toute forme d’exercice physique.

Références :

[1] Med Sci Sports Exerc. 2012. Subclinical Effects of Aerobic Training in Urban Environment. Bos I, De Boever P, Vanparijs J, Pattyn N, Panis LI, Meeusen R.


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