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Toujours pas de preuves établies de bénéfices de la vitamine D

mercredi 2 avril 2014

Les experts déclarent que de nombreuses études sont contradictoires ou insuffisantes pour pouvoir tirer des conclusions définitives, en ajoutant qu’il faudra des études de meilleure qualité.

Un corps de preuves de plus en plus important indique que la vitamine D pourrait réduire les risques d’une large gamme de maladies, comme les maladies des os, la sclérose en plaque, les troubles auto-immunitaires, le cancer et les problèmes cardiovasculaires. Pourtant, malgré des centaines d’études, les preuves en faveur de la vitamine D sont toujours au centre de nombreux débats.

Deux articles publiés dans le British Medical Journal (BMJ) [1] essayent de mettre de l’ordre dans toutes les données actuellement disponibles.

Le premier article de chercheurs du Royaume-Uni, d’Europe et des USA, a examiné les données provenant d’études d’observation et d’essais cliniques (revue parapluie) pour résumer les résultats pour la santé associés aux niveaux de vitamine D, que ce soit celle consommée naturellement ou prise sous forme de suppléments.

Sur les 137 différents résultats relatifs à la santé associés à la vitamine D qui ont été rapportés, ils ont découvert que seuls 10 avaient été minutieusement testés dans des études, et seul un (le poids à la naissance associé aux niveaux de vitamine D chez la mère enceinte) a apparemment des éléments concordant de preuve de "bénéfices".

En d’autres termes, les chercheurs n’ont pas réussi à trouver de preuves convaincantes d’un rôle clair de la vitamine D pour aucun des résultats.

À partie de cette analyse, les chercheurs suggèrent qu’il existe une "probable" association entre les niveaux de vitamine D et le poids à la naissance, les caries dentaires chez les enfants, les niveaux de vitamine D à terme et les niveaux d’hormone parathyroïdienne chez les patients souffrant de maladie rénale chronique nécessitant une dialyse, mais "qu’il faudra plus d’études de meilleure qualité pour pouvoir tirer de véritables conclusions".

Contrairement aux comptes rendus précédents, leurs résultats mettent en doute l’efficacité de la prise de compléments alimentaires de vitamine D contre l’ostéoporose et/ou pour la prévention des chutes. Cela montre que la vitamine D "pourrait ne pas être aussi essentielle que ce qu’on pensait pour ce qui est de maintenir la densité minérale des os" écrivent-ils.

Bien que la vitamine D ait été considérablement étudiée en relation avec beaucoup de problèmes de santé – et qu’il y a certaines indications selon lesquelles des faibles niveaux de vitamine D dans le sang pourraient être associés à plusieurs maladies – "aucune conclusion ferme et universelle sur ses bénéfices ne peut en être tirée" disent les scientifiques.

Dans le second article, une équipe internationale de chercheurs de l’Université de Cambridge et du Centre Médical Erasmus, ont analysé dans quelle mesure la vitamine D était associée aux décès par maladie cardiovasculaire, par cancer ou autres causes, dans différentes circonstances.

Ils ont analysé les résultats d’études d’observation de cohortes et d’essais contrôlés randomisés, pour les vitamines D prises sous forme naturelle et sous forme de suppléments (pour les vitamines D2 ou D3). Ils ont trouvé que des faibles niveaux de vitamine D dans le sang étaient associés à une augmentation du risque de mortalité par maladie cardiovasculaire, par cancer et autres causes.

Le suivi moyen dans les études contrôlées randomisées allait de 3 ans à presque 7 ans. Parmi les gens qui avaient reçu des suppléments de vitamine D dans ces études, il y a eu 2527 décès au total, comparés à 2587 dans les groupes de contrôle. Une analyse plus poussée dans les sous-groupes des études a montré que, quand ils étaient pris seuls (c’est-à-dire sans autres suppléments), les suppléments de vitamine D2 ne semblaient pas réduire le risque de décès sur la période étudiée. Cependant, dans les 14 études qui ont évalué la vitamine D3 seule, chez les individus qui prenaient ces suppléments le risque de décès pendant le suivi était réduit de 11%.

Cependant, les auteurs font remarquer qu’il faudra plus d’investigations pour établir la dose optimale, la durée et la sécurité des prises, et si les vitamines D2 et D3 ont des effets différents sur le risque de mortalité, étant donné que les études disponibles reposent en général sur des populations de personnes âgées (un groupe de population qui a des risques élevés de décès, souvent à cause de multiples maladies co-existantes) et qu’elles ne comprennent pas de causes de décès précises dans leurs principaux résultats.

Les chercheurs précisent que le degré apparent de bénéfices apportés par la vitamine D3 semble remarquable, mais ils préviennent qu’il faut prendre en considération plusieurs limites avant que ces résultats soient pris pour argent comptant, et avant de décider de généraliser les supplémentations.

"Certains médecins pourraient argumenter en disant que le fait de donner des compléments alimentaires à ceux qui semblent ’carencés’ ne coute pas cher, mais les patients pourraient être faussement rassurés par ce genre de prescription de pilules ’protectrices’" disent-ils. "Pour améliorer la santé et prévenir les maladies chroniques, nous devrions plutôt nous en tenir à ce qui est prouvé : encourager un meilleur style de vie en général et cibler des facteurs de risque établis chez les gens à hauts risques" concluent-ils.

Références :

[1] Vitamin D and risk of cause specific death : systematic review and meta-analysis of observational cohort and randomised intervention studies. BMJ 2014 ; 348.


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