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Tout ce qu’on mange cause le cancer... ou pas

jeudi 12 septembre 2013

Il est plus que probable que quelqu’un vous ait déjà dit qu’on est ce qu’on mange, et que nos aliments sont pour certains bons pour la santé, et pour d’autres causes de maladies. Il est certain que la nutrition est quelque-chose de très important, mais ce n’est qu’une des causes possible de maladie, car si vous vivez dans un pays Occidental industrialisé, vous avez probablement une nutrition correcte.

La notion selon laquelle les aliments peuvent soigner ou guérir est très séduisante, et elle fait souvent les gros titres des magazines ou journaux. Le résultat est que les individus qui lisent les gros titres sur le dernier aliment à éviter, ou sur le dernier ingrédient à la mode qui les fera vivre plus vieux ou éviter une maladie, semble avoir une association avec tout. Les aliments qui nous entourent semblent tous être soit bons pour nous et empêcheront telle ou telle maladie, ou devraient être évités parce qu’ils causent telle ou telle maladie !

Par exemple, on peut lire ici ou là que les poivrons rouges aideront à prévenir du cancer et à perdre du poids. L’ail serait bon contre les maladies cardiovasculaires et favoriserait le métabolisme du fer. Le poivre de Cayenne prévient des attaques. Les pêches empêcheraient les maladies de cœur et le cancer. Il suffit de penser à tout aliment au hasard et de taper "bénéfices de l’aliment X pour la santé" dans Google, et il y a de grandes chances de tomber sur une liste de bénéfices incroyables pour la santé de tous les aliments que vous aimez.

La réponse habituelle à donner face à de tels conseils est une vérité de la palisse, mais c’est la seule chose qui soit vérifiée : tout aliment est bon pour nous. Il est fortement recommandé de manger des aliments tous les jours. La nourriture est pleine de nutriments, de vitamines et minéraux essentiels qui vous apporteront de l’énergie. Si vous ne mangez pas, votre santé en souffrira dramatiquement jusqu’à la mort. Mais ne mangez pas trop non plus car ce n’est pas bon à la santé (sic).

Des éléments de preuve et des statistiques ont été publiés qui ont démontré cette observation pratique, disant que presque tous les aliments sont proposés comme apportant des bénéfices ou des risques à la santé. Schoenfeld et Ioannidis l’ont fait [1]. Ils ont sélectionné au hasard 50 ingrédients connus dans des livres de cuisine, puis ils ont parcouru la littérature scientifique à la recherche d’une association (positive ou négative) avec le cancer. Ils ont trouvé que 80% des ingrédients avaient de telles études publiées :

Quarante ingrédients (80%) avaient des articles qui évoquaient des risques de cancer. Sur les 264 évaluations d’étude, 191 (72%) ont conclu que l’aliment testé était associé à une augmentation ou à une réduction des risques ; 75% des risques estimés étaient faibles ou sans signification statistique. Les résultats statistiquement significatifs étaient plus susceptibles que les non significatifs d’être publiés dans les extraits des études que seulement dans le texte complet. Les méta-analyses présentaient des résultats plus traditionnels ; seuls 13 (26%) ont rapporté une augmentation ou une réduction des risques (6 étaient plus que faibles statistiquement).

Ces résultats veulent dire plusieurs choses. Premièrement qu’environ 60% de tous les ingrédients alimentaires vont soit augmenter soit réduire votre risque de cancer, du moins si on peut croire les études de cette analyse. Ce qui fait beaucoup d’ingrédients à pister – imaginez de devoir préparer vos repas à partir de cette information, et il ne s’agit ici que du cancer… Cependant, les méta-analyses réduisent ce chiffre des deux tiers environ, à 20%. C’est un peu plus gérable, mais il reste un grand nombre d’ingrédients.

Heureusement (en fait, ça dépend de votre point de vue) vous pouvez certainement ignorer la plupart de ces données. La plupart des études étaient des études à exemplaire unique, et les 2/3 de celles qui ont été reproduites ne s’en sont pas bien tiré d’après les méta-analyses. En outre, les réplications des études tendaient à diminuer la magnitude du risque relatif (soit en l’augmentant, soit en le réduisant).

C’est quelque-chose qui a généralement été retrouvé dans la littérature, y compris par Ioannidis lui-même. Les études préliminaires tendent à avoir des "effets taille" très larges qui diminuent quand on reproduit les études et quand elles sont plus rigoureuses. Cet effet-taille devient souvent nul. Ce phénomène du déclin de l’effet est connu et est au moins en partie dû au biais de publication [2].

En général, les études préliminaires tendent à avoir des biais positifs, causés à la fois par un biais du chercheur et par un biais de publication (ou les deux à la fois). Avec la réplication et des études plus rigoureuses, la plupart de ces résultats préliminaires (et positifs) s’avèrent en fait être faux.

Ces effets qui survivent à la réplication tendent à diminuer en magnitude. L’explication la plus simple est la "régression vers la moyenne", qui est cette tendance pour tout résultat extrême (qui sera certainement publié) à revenir vers un résultat statistiquement plus moyen. En outre, les praticiens adoptent probablement trop rapidement ces nouveaux gestes, avant qu’ils aient décliné pour être ensuite inversés par des données plus rigoureuses.

Sur l’étude ici mentionnée à propos des aliments et du cancer, nous voyons ces mêmes effets, appliqués au risque relatif de cancer associé à des aliments et ingrédients spécifiques. Il y a un grand volume de preuves préliminaires de faible valeur, la plupart affiche un résultat positif (une association), et la plupart ne survivra pas à une réplication de l’étude.

Ce qui est aussi rassurant est que quand vous regardez le risque relatif de différents aliments et du cancer tel que révélé dans la méta-analyse, ils sont tous en moyenne nuls. Cela peut vouloir dire deux choses : soit il y a un risque ou un bénéfice avec certains aliments, mais que tous ces effets pointent vers zéro, ou que nous voyons seulement une dispersion de résultats aléatoires dans la littérature qui tend vers zéro, et que les résultats eux-mêmes peuvent ne pas être réels.

Quoi qu’il en soit, il semble que ces résultats suggèrent que c’est une perte de temps que de s’acharner sur les risques et les bénéfices pour la santé de tout aliment ou ingrédient. Plus il y a de recherches sur les effets des aliments sur la santé, et plus l’ensemble de la recherche confirme cette règle simple : mangez varié, ne mangez rien en excès et avec des fruits et des légumes.

Références :

[1] Is everything we eat associated with cancer ? A systematic cookbook review. Schoenfeld JD, Ioannidis JP. Am J Clin Nutr. 2013 Jan ;97(1):127-34. doi : 10.3945/ajcn.112.047142. 2012 Nov 28.

[2] Unpublished results hide the decline effect . Nature 470, 437 (2011) doi:10.1038/470437a


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