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Trop d’endurance est mauvais pour le coeur

lundi 4 juin 2012

Le légendaire ultramarathonien Micah True est subitement décédé pendant qu’il s’entrainait sur un parcours de 20km en 2012. True aurait couru, lors du marathon de Caballo Blanco, près de 160 km en une journée. Lors de son autopsie, son coeur était élargi et blessé de cicatrices ; il est décédé d’arythmie mortelle (irrégularité du rythme cardiaque). Bien que spéculative, les modifications pathologiques dans le coeur de cet homme de 58 ans, pourtant vétéran de l’endurance, pourraient avoir été des manifestations de "cardiopathie Phidippidès", un état causé par des exercices d’endurance excessifs et chroniques.

L’exercice régulier est très efficace pour ce qui est de prévenir et de traiter de nombreuses maladies chroniques, et cela améliore la santé cardiovasculaire et la longévité. Cependant, des recherches récentes ont montré que l’entraînement chronique, et la compétition, dans des conditions sportives extrêmes telles que les marathons, les triathlons longue distance "Ironman", et les courses de vélo sur longue distance, pourraient causer des modifications structurelles au coeur et aux grandes artères, conduisant à des blessures myocardiques. Une étude publiée dans les Mayo Clinic Proceedings [1] a passé en revue la littérature et souligne, en détail et pour la première fois, les mécanismes, la pathophysiologie et les manifestations cliniques des blessures cardiovasculaires dues à l’exercice d’endurance excessif.

"L’exercice physique, bien que n’étant pas une drogue, possède de nombreuses caractéristiques d’un agent pharmacologique puissant. Une activité d’entraînement physique quotidien peut être très efficace pour la prévention et le traitement de nombreuses maladies, comme les cardiopathies coronariennes, l’hypertension, les arrêts cardiaques et l’obésité" explique l’auteur principal de l’étude, James O’Keefe. "Cependant, tout comme avec de nombreux agents pharmacologiques, une dose limite supérieure existe, au-delà de laquelle les effets secondaires du sport, comme les traumatismes musculo-squelettiques et le stress cardiovasculaire, pourraient l’emporter sur ses bénéfices."

Le Dr O’Keefe et ses collègues présentent des données émergentes suggérant que l’entraînement d’endurance extrême peut causer des modifications cardiovasculaires structurelles provisoires, et des élévations des biomarqueurs cardiaques, lesquels reviennent à la normale en une semaine. Chez certains individus, après des mois et des années de blessures répétitives, ces processus peuvent conduire au développement de fibrose myocardique erratique, particulièrement dans l’atrium du coeur, le septum interventriculaire et le ventricule droit, et une susceptibilité accrue d’atrial et d’arythmie ventriculaire. Dans l’une des études, environ 12% des coureurs de marathons apparemment en bonne santé, ont montré des preuves de blessures et de cicatrices myocardiques erratiques, et les cas de cardiopathie pendant un suivi de deux ans étaient significativement plus élevés chez les marathoniens que chez les sujets de contrôle.

Bien qu’il ait été reconnu que les athlètes de niveau élite développent souvent des électrocardiogrammes anormaux et une entropie de l’atrium et ventriculaire, on pensait que ces adaptations ne prédisposaient pas à de sérieuses arythmies ni à des crises cardiaques soudaines. Cependant, il apparaît désormais que la transformation cardiaque provoquée par le sport excessif peut conduire à des anomalies du rythme. Les sports d’endurance comme l’ultramarathon ou le cyclisme professionnel ont été associés à une augmentation jusqu’à 5 fois de la fréquence de fibrillation auriculaire.

L’exercice soutenu excessif pourrait aussi être associé à une calcification de l’artère coronaire, au dysfonctionnement diastolique et au durcissement des parois des grandes artères.

Les sportifs vigoureux toute leur vie ont en général des taux de mortalité et d’invalidité plus faibles, ainsi qu’une excellente capacité fonctionnelle, dit O’Keefe. Il suggère qu’il faudra plus d’études pour identifier qui a un risque de modification cardiovasculaire, et formuler des programmes d’exercice physique pour entretenir la santé cardiovasculaire optimale et la longévité.

Bien entendu, le chercheur de rappeler qu’il ne cherche pas ici à porter atteinte à l’importance de l’exercice physique. Les individus physiquement actifs sont en meilleure santé que leurs homologues sédentaires. Le sport est l’une des choses les plus importantes dont vous avez besoin tous les jours, dit-il. Mais ce que cet article fait remarquer, c’est que beaucoup de gens ne comprennent pas que les plus grands bénéfices pour la santé se situent à un niveau relativement modeste. L’exercice extrême n’est pas vraiment favorable à la santé cardiovasculaire. Au-delà de 30-60 minutes par jour, vous atteignez un point de rendements décroissants.

Références :

[1] James H. O’Keefe et al. Potential Adverse Cardiovascular Effects From Excessive Endurance Exercise. Mayo Clinic Proceedings, Volume 87, Issue 6 (2012) DOI : 10.1016/j.mayocp.2012.04.005.


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