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Un fumeur peut en faire fumer d’autres

mardi 31 mai 2011

Selon une étude publiée dans le Journal of Neuroscience [1] le fait de voir des acteurs fumer dans un film active des régions cérébrales des fumeurs connues pour interpréter et planifier les mouvements de la main, comme s’ils étaient sur le point d’allumer une cigarette.

Les fumeurs habituels répètent les mêmes mouvements de la main, parfois des douzaines de fois par jour. Dans cette étude, les chercheurs, dirigés par le Dr Todd Heatherton, ont cherché à déterminer si les régions du cerveau qui contrôlent cette gestuelle routinière pouvaient être stimulées en voyant simplement quelqu’un d’autre fumer.

Les auteurs ont découvert que le fait de voir cette action familière - même dans un film – stimulait les mêmes réactions cérébrales que si elle était planifiée pour faire le mouvement réel. Ces résultats pourraient apporter un éclairage supplémentaire pour ceux qui essayent de dépasser leur addiction à la nicotine, une condition qui cause des milliers de décès chaque année.

"Nos résultats confirment des études précédentes qui montrent que les fumeurs qui sortent d’avoir vu un film qui avait des images de fumeurs sont plus susceptibles d’avoir besoin d’une cigarette, comparés à ceux qui ont regardé un film sans fumeurs" dit Wagner. "Il faudra plus de travaux pour voir si l’activité cérébrale en réponse au film avec des fumeurs chute chez un fumeur essayant d’arrêter."

Pendant l’étude, 17 fumeurs et 17 non-fumeurs ont regardé les 30 premières minutes du film "Les Associés" tout en étant sous imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Les chercheurs ont choisi ce film parce qu’il y a des scènes de tabagisme importantes, mais pas de scènes d’alcool, ni de violence ni sexuelles.

Les volontaires ne savaient pas que l’étude concernait le tabagisme. Quand ils ont vu les scènes de tabagisme, les fumeurs ont affiché une activité cérébrale plus importante dans une région du lobe pariétal appelée le sillon intrapariétal, tout comme dans d’autres régions impliquées dans la perception et la coordination des actions. Dans le cerveau des fumeurs précisément, l’activité correspondait à celle de la main qu’ils utilisaient pour fumer.

On conseille souvent aux fumeurs qui essayent d’arrêter d’éviter les autres fumeurs et de retirer tout ce qui a un rapport avec le tabac de leurs habitations, mais ils pourraient ne pas penser à éviter de regarder des films avec un contenu de fumeurs" dit Wagner. Le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies US a déjà prévenu que l’exposition au tabagisme via le petit écran dans les films pouvait pousser les adolescents à fumer. Selon leur compte-rendu de 2010, le tabagisme dans les films a diminué ces dernières années, mais environ la moitié des films populaires en contenaient encore en 2009.

Le Dr Scott Huettel de l’Université Duke, un expert dans les neurosciences de la prise de décision, déclare que les scientifiques savent depuis longtemps que les signaux visuels induisent souvent des envies de drogues. "Ces résultats se sont construits sur le corps de preuve croissant selon lequel l’addiction pourrait être renforcée non seulement par les drogues elles-mêmes, mais aussi par les images et les autres expériences associées à ces drogues" dit Huettel.

Références :

[1] D. D. Wagner, S. Dal Cin, J. D. Sargent, W. M. Kelley, T. F. Heatherton. Spontaneous Action Representation in Smokers when Watching Movie Characters Smoke. Journal of Neuroscience, 2011 ; 31 (3) : 894.


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