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Une heure d’activité physique par jour peut compenser 8 heures en position assise

samedi 20 août 2016

Une étude sur plus d’un million de gens a trouvé que le fait de faire au moins une heure d’activité physique par jour, comme de marcher ou de faire du vélo modérément, peut éliminer le risque de décès qui est associé à la position assise tenue pendant 8 heures par jour.

L’inactivité physique est associée à une augmentation du risque de maladie cardiovasculaire, de diabète et de certains cancers ainsi qu’à plusieurs millions de décès chaque année [1] et, comme une analyse économique globale de l’inactivité physique l’a montré, les coûts pour l’économie mondiale atteignent 60 milliards d’euros par an en frais de santé et en perte de productivité.

Ces résultats viennent d’une série de quatre articles publiés dans le très sérieux journal médical The Lancet. Les auteurs mettent en garde sur le fait qu’il y a eu peu d’évolution dans la lutte contre la pandémie d’inactivité depuis 2012, avec un quart des adultes dans le monde qui respectent les recommandations journalières concernant l’activité physique.

Temps passé assis, activité physique et risque de décès

Les chercheurs ont analysé des données provenant de plus d’un million de personnes sur 16 études. L’équipe de recherche voulait voir combien d’heures d’activité physique étaient nécessaires pour éliminer l’association entre le temps passé en position assise et l’augmentation du risque de décès. Les exemples d’activité physique étaient la marche à 5,6 km/h ou le vélo de loisir à 16 km/h. Les chercheurs ont classé les individus en quatre groupes de taille égale selon leur niveau d’activité : moins de 5 minutes par jour pour les moins actifs, jusqu’à 60 à 75 minutes par jour pour les plus actifs [2].

Les gens qui restent assis pendant 8 heures par jour mais qui étaient physiquement actifs avaient beaucoup moins de risque de décès que ceux qui restaient moins longtemps assis chaque jour mais qui n’étaient pas actifs. Cela montre que l’activité physique est particulièrement importante, quelque-soit le nombre d’heures passé assis chaque jour. En fait, le risque de décès plus élevé associé à la position assise pendant 8 heures par jour était éliminé pour ceux qui faisaient un minimum d’une heure d’activité physique par jour. Le plus grand risque de décès était pour les individus qui restaient assis durant de longues périodes de temps et étaient inactifs.

L’OMS recommande que les adultes fassent au moins 150 minutes d’activité physique par semaine [3], ce qui est bien inférieur aux 60-75 minutes par jour identifiées dans cette analyse. L’étude met aussi en garde sur les progrès qui restent à faire pour augmenter les niveaux d’activité physique étant donné que seulement 25 % des gens de l’analyse faisaient une heure ou plus d’activité physique par jour.

"Il y a beaucoup d’inquiétude à propos des risques pour la santé liés aux styles de vie de nos jours," dit le Professeur Ulf Ekelund, auteur de la recherche. "Notre message est pourtant positif : il est possible de réduire, voire d’éliminer, ces risques si nous sommes suffisamment actifs, même sans devoir aller à la salle de sport ou faire du sport. Pour de nombreuses personnes qui travaillent dans un bureau, il n’y a pas moyen d’échapper à la position assise pendant des périodes de temps prolongées. Pour ces gens en particulier, il faut insister sur l’importance de se bouger, que ce soit pendant la pause de midi, de marcher/courir le matin ou d’aller au travail en vélo. Une heure d’activité physique par jour est l’idéal, mais si cela n’est pas possible, il faut au moins faire un peu d’exercice chaque jour pour réduire ce risque.

Les chercheurs ont aussi regardé le temps passé à regarder la télévision chaque jour - qui est un type spécifique de comportement sédentaire - dans un sous-groupe d’environ un demi-million de personnes. Ils ont trouvé des résultats identiques : le fait d’être assis pendant plus de 3 heures par jour à regarder la TV était associé à une augmentation du risque de décès dans tous les groupes, sauf dans le groupe le plus actif. Les auteurs précisent que l’association ne vient probablement pas d’un lien causal entre le fait de regarder la télévision en soi et le risque de décès, mais bien parce que cette activité est une forme de comportement sédentaire.

Le risque de décès était plus important quand il était associé à la position assise pour regarder la télévision pendant plusieurs heures par jour que le risque de décès en position assise totale. Les auteurs déclarent que ceci pourrait être dû à un certain nombre de facteurs - par exemple les longues heures passées devant la télé pourraient être un marqueur d’un style de vie peu sain en général chez quelqu’un qui fait globalement moins d’exercice. De même que ceux qui regardent habituellement la télévision le soir après le diner pourraient davantage affecter leur métabolisme ou bien parce qu’ils grignotent plus.

Les auteurs préviennent que leur étude comprend principalement des données provenant de gens âgés de 45 ans et plus vivant aux USA, en Europe Occidentale et en Australie, et qu’elle pourrait ne pas s’appliquer à d’autres populations.

La charge économique de l’inactivité physique

La première étude qui a estimé le cout économique global de l’inactivité physique a évalué qu’elle était d’au moins 59 milliards d’euros en 2013, ce qui équivaut à ce que pourrait acheter 59 milliards d’euros aux États-Unis en 2013, ou au PIB du Costa Rica cette même année. Rien qu’aux USA, la charge économique de l’inactivité physique en 2013 était de 24,5 milliards d’euros, comparée aux 2,9 milliards au Brésil, 2 milliards au Royaume-Uni et 542 millions en Australie.

L’étude a trouvé que les pays qui ont un niveau de vie élevé supportaient une plus grande proportion de cette charge économique associée à l’inactivité physique (80,8 % des couts de la santé dans les pays riches et 60,4 % des couts indirects), tandis que les pays en développement ou moins riches avaient une plus grande proportion de couts associés à la maladie.

"Les couts économiques de l’inactivité physique sont principalement supportés par les pays à hauts revenus. Cependant, comme les pays moins riches se développent, et si la trajectoire actuelle de l’inactivité perdure, cette charge augmentera dans les pays moins riches qui sont actuellement moins bien équipés pour faire face aux maladies chroniques associées à l’inactivité physique," explique les scientifiques. Les auteurs précisent que l’étude ne comprend que les couts pour cinq maladies associées à l’inactivité physique (maladies de cœur, attaque, diabète de type 2, cancer du sein et cancer du côlon), ainsi les calculs des couts reposent sur des estimations prudentes, et les véritables couts pourraient être plus élevés.

L’évolution depuis 2012

Bien qu’il y ait eu du progrès dans les politiques nationales, les auteurs ont trouvé que ces dernières ne sont généralement pas suivies d’effets en pratique. En 2010, 75 % des pays ont rapporté avoir mis en place une politique de lutte contre l’inactivité physique mais seulement 44 % ont déclaré qu’elle était opérationnelle. En 2015, plus de 90 % avaient pris de telles mesures et 71 % ont rapporté qu’elles étaient opérationnelles. Mais il y a un petit peu de progrès dans l’évolution de l’activité physique avec 23 % de la population adulte globale et 80 % des étudiants qui ne respectaient pas les recommandations de l’OMS de faire 150 minutes d’exercice modéré par semaine en 2015.

"Ces quatre dernières années, plus de pays ont enregistré des progrès dans l’activité physique, mais les preuves de ces améliorations sont rares. Nous savons que l’inactivité physique est associée à des maladies comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers, et des nouvelles preuves montrent aussi que 300 000 cas de démence pourraient être évités annuellement si tout le monde se bougeait. La pandémie globale de l’inactivité physique demeure, et la réponse générale est trop lente," expliquent les auteurs de l’étude.

Les approches intelligentes

Le fait d’augmenter les niveaux d’activité physique nécessitera une collaboration entre les écoles, l’urbanisme, le transport, les secteurs des sports et des loisirs, et plus d’efforts devront être faits pour enregistrer activement l’activité physique comme un facteur de risque dans la pratique clinique. Les auteurs prennent l’exemple de plusieurs initiatives couronnées de succès comme le Système de Transit de Bus Rapides au Brésil, en Colombie ou à Cambridge qui a installé des arrêts de bus plus loin pour encourager la marche à pieds, ou la Coordinated Approach to Child Health (CATCH) aux USA qui favorise un environnement scolaire plus sain comprenant de l’activité physique, la nutrition et la protection contre le soleil.

"Des problèmes à grande échelle exigent des solutions à grande échelle, et nous avons besoin de gouvernements engagés, comme d’organisations internationales pour s’attaquer au défi de l’inactivité physique. La science et la pratique apportent des preuves importantes, mais il est temps de passer à l’action," concluent les chercheurs.

Références :

[1] The Lancet Physical Activity Series 2012.

[2] L’activité physique était exprimée en MET (Metabolic Equivalent of Task - Equivalent Métabolique) heures par semaine. Les quatre quartiles étaient 2-5 MET-h par semaine (équivalent à environ 5 mn d’activité à intensité modérée par jour), 16 MET-h par semaine (25-35 mn par jour), 30 MET-h par semaine (50-65 min par jour), et 35,5 MET-h par semaine (60-75 min par jour).

[3] Recommandations mondiales en matière d’activité physique pour la santé. OMS.


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