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Vers de nouvelles recommandations nutritionnelles pour la santé

mardi 5 septembre 2017

Une recherche sur plus de 135 000 personnes sur les cinq continents a montré qu’une alimentation qui comprenait une part modérée de graisses et de fruits et légumes, tout en évitant de manger trop de glucides, était associée à un risque de décès plus faible. Pour préciser ce qu’on entend par "modérée", le risque de décès était le plus faible chez les gens qui consommaient de trois à quatre portions de fruits et légumes par jour (entre 375 et 500 grammes) avec peu de bénéfices en plus pour ceux qui en consommaient au-delà.

De même, contrairement à la croyance populaire, le fait de consommer beaucoup de graisses (environ 35 % de l’énergie totale) est associé à un risque de décès plus faible par rapport à une consommation plus réduite, une alimentation riche en sucres (à plus de 60 % de l’énergie) est associée à une mortalité plus élevée, bien qu’elle ne le soit pas avec un risque de maladie cardiovasculaire.

Ces conclusions proviennent de deux études publiées dans The Lancet [1]. Les données proviennent d’une étude qui a suivi plus de 135 000 personnes dans 18 pays différents. Cette étude a interrogé les populations sur leur alimentation et les a suivi pendant une moyenne de sept ans et demi.

La recherche sur les graisses alimentaires a découvert qu’elles n’étaient pas associées à une maladie cardiovasculaire majeure, mais qu’une consommation élevée de graisses était associée à une plus faible mortalité ; ceci s’est aussi retrouvé pour tous les types de graisses majeurs (graisses saturées, polyinsaturées et mono insaturées), avec les graisses saturées qui étaient associées à un plus faible risque d’attaque.

Le total des graisses et les types individuels de graisses n’étaient pas associés à un risque d’attaque cardiaque ni de décès dus aux maladies cardiovasculaires. Les chercheurs font remarquer que bien que cela puisse sembler surprenant, ces nouveaux résultats sont cohérents avec plusieurs autres études d’observation, randomisées et contrôlées réalisées dans des pays occidentaux ces vingt dernières années. Cette étude de grande ampleur, remise dans le contexte des études précédentes, remet en question les croyances conventionnelles à propos des graisses alimentaires et leurs conséquences cliniques.

"Une réduction de la consommation des graisses conduit automatiquement à une augmentation de la consommation des glucides, et nos résultats pourraient expliquer pourquoi certaines populations comme les Asiatiques du Sud, qui ne consomment pas beaucoup de graisses mais beaucoup de glucides, ont des taux de mortalité plus élevés," expliquent les chercheurs. Les scientifiques font remarquer que les recommandations alimentaires se sont focalisées pendant des décennies sur une réduction de la consommation des graisses en-dessous de 30 % des calories quotidiennes et des graisses saturées sous les 10 %. Cela venait de l’idée selon laquelle le fait de diminuer les graisses saturées pouvait réduire le risque de maladie cardiovasculaire, mais cela ne prenait pas en compte la façon dont les graisses saturées étaient remplacées dans l’alimentation.

Les recommandations actuelles ont été développées il y a quarante ans environ en utilisant des données qui provenaient des pays Occidentaux, dans lesquels les graisses représentaient plus de 40 à 45 % de la consommation calorique et les graisses saturées comptaient pour plus de 20 %. La consommation de ces dernières est désormais beaucoup plus faible en Amérique du Nord et en Europe (31 % et 11 % respectivement).

La seconde recherche de l’étude a évalué la consommation de fruits et légumes pour les relier aux décès, maladies cardiovasculaires et attaques. Cette étude a découvert que la consommation actuelle de fruits et légumes se situe globalement entre trois et quatre portions par jour, mais la plupart des recommandations alimentaires conseille un minimum de cinq portions quotidiennes. Étant donné que les fruits et légumes sont relativement chers dans les pays à revenus moyens ou faibles, ce niveau de consommation est inatteignable pour la plupart des gens dans certaines régions du monde comme en Asie du Sud, Sud-Est et en Afrique, où les niveaux de consommation sont beaucoup plus bas que dans les pays Occidentaux

"Notre étude a trouvé le risque le plus faible de décès chez ceux qui consommaient trois à quatre portions ou l’équivalent de 375 à 500 grammes de fruits et légumes par jour, avec peu de bénéfices pour ceux qui en consommaient davantage," explique Victoria Miller, l’auteure de l’étude. "En outre, la consommation de fruits était plus solidement associée aux bénéfices que pour les légumes. Cette étude incluait des populations de régions qui n’avaient pas été étudiées auparavant, et la diversité des populations ajoute une force considérable à ces aliments qui diminuent le risque de maladie."

Des recherches précédentes ont montré que le fait de manger des fruits et des légumes diminuait le risque de maladies cardiovasculaires et de décès, mais la plupart de ces études avait été réalisée en Amérique du Nord et en Europe et peu dans d’autres parties du monde. "La consommation de légumes crus était plus solidement associée à un risque plus faible de décès par rapport à la consommation de légumes cuits, mais les légumes crus se mangent rarement en Asie du Sud ou du Sud-Est," explique Miller. "Les recommandations alimentaires ne font pas de différence entre les bénéfices provenant des légumes crus et cuits – nos résultats indiquent que les recommandations devraient mettre l’accent sur la consommation de légumes crus sur les cuits."

Les légumineuses telles que les haricots, haricots noirs, lentilles, pois, pois chiches et cornilles sont fréquemment consommées comme une alternative à la viande ou à certaines céréales ou fécules comme les pâtes et le pain blanc.

"Les légumineuses sont souvent consommées par de nombreuses populations en Asie du Sud, Afrique et Amérique Latine. Le fait de ne consommer même qu’une portion par jour réduit le risque de maladie cardiovasculaire et de décès. Les légumineuses ne sont pas souvent consommées en dehors de ces régions, ainsi le fait d’en augmenter la consommation dans les populations d’Europe et d’Amérique du Nord pourrait leur être favorable," dit Miller.

Dans la troisième étude, publiée dans The Lancet Diabetes and Endocrinology [2], les mêmes chercheurs ont analysé l’impact des graisses et des glucides sur les lipides sanguins et la tension artérielle. Ils ont trouvé que les LDL (appelé aussi le "mauvais cholestérol") n’est pas fiable pour prédire les effets des graisses saturées sur les accidents cardiovasculaires. Au lieu de cela, le ratio d’apolipoprotéine B (ApoB) et d’apolipoprotéine A1 (ApoA1), ou l’organisation des protéines dans le sang, fournit la meilleure indication de l’impact des graisses saturées sur le risque cardiovasculaire.

Andrew Mente, l’un des auteurs de l’étude, déclare : "les résultats de ces études sont solides, globalement applicables et ils apportent des éléments de preuve pour informer les politiques de nutrition. Cela est pertinent parce que dans certaines régions du monde l’insuffisance nutritionnelle est un problème, alors que dans d’autres parties du monde les excès alimentaires peuvent être le problème."

"La plupart des gens dans le monde consomme de trois à quatre portions de fruits, légumes et légumineuses par jour. Cet objectif est probablement plus atteignable et réalisable, tout spécialement dans les pays à revenus moyens ou faibles où les coûts des fruits et légumes sont relativement élevés. La modération dans la plupart des aspects de l’alimentation doit être préférée, contrairement à des consommations très faibles ou très élevées de la plupart des nutriments," concluent les chercheurs.

Références :

[1] Salim Yusuf, DPhil et al. Fruit, vegetable, and legume intake, and cardiovascular disease and deaths in 18 countries (PURE) : a prospective cohort study. The Lancet, 2017.

[2] Association of dietary nutrients with blood lipids and blood pressure in 18 countries : a cross-sectional analysis from the PURE study. The Lancet Diabetes and Endocrinology.


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