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Vers un réexamen du rôle des graisses saturées

samedi 2 octobre 2010

Durant ces trois dernières décennies, les graisses saturées ont été considérées comme un des responsables des maladies cardiovasculaires, et il résulte de cela que les conseils nutritionnels persistent à recommander de réduire la consommation de ce macronutriment. Cependant, de nouvelles preuves montrent que la consommation de graisses saturées n’a qu’un impact limité sur le risque de maladies cardiovasculaires, nous obligeant à repenser le paradigme disant que "les graisses saturées sont mauvaises".

Une série d’articles de recherches, publiées dans le journal scientifique Lipids [1], apporte un instantané des récentes avancées sur l’état de la recherche sur les graisses saturées et la santé.

Pendant un symposium intitulé "graisses saturées et santé : faits et sentiments", des scientifiques de renommée mondiale spécialisés dans la recherche sur les graisses, ont analysé les preuves entre la consommation de graisses saturées et la santé, et ils ont globalement reconnu un besoin de réduire cette simplification des conseils sur les graisses saturées.

"La relation entre la consommation alimentaire de graisses et la santé est compliquée, et des variations de facteurs comme la génétique humaine, l’étape de la vie et le style de vie, peuvent provoquer différentes réponses à la consommation de graisses saturées" dit le professeur German, chimiste à l’Université de Californie. "Bien que les régimes inhabituellement élevés en graisses, et en graisses saturées, soient associés à une augmentation des risques de maladies cardiovasculaires chez certaines personnes, supposer que les graisses saturées, à quelque niveau de consommation qui soit, sont dangereuses est une simplification, et n’est pas confirmé par des éléments de preuve scientifique."

Le professeur Philippe Legrand de l’Agrocampus - INRA a confirmé ceci en évoquant les différents rôles que les acides gras avaient dans le corps [2]. Sa conclusion principale était que les graisses saturées ne peuvent plus être considérées comme un simple groupe en terme de structure, métabolisme ni fonction cellulaire, et les recommandations qui les mettent ensemble au regard des effets sur la santé ont besoin d’être réactualisées.

L’effet du remplacement des graisses saturées sur les risques de maladies cardiovasculaires

Les résultats d’une revue de la recherche dirigée par le Dr Dariush Mozaffarian du département d’Epidémiologie et de Nutrition de l’Université de Harvard, ont trouvé que les effets de la consommation de graisses saturées sur les risques de maladie de cœur, dépendaient simultanément des changements dans les autres nutriments. Par exemple, remplacer les graisses saturées par une graisse mono-insaturée produit des effets incertains sur les risques de maladies cardiovasculaires, alors même que remplacer des graisses saturées par des hydrates de carbone est inefficace et même nocif, tout spécialement quand des hydrates de carbone raffinés, comme les amidons ou les sucres, sont utilisés à la place des graisses [3].

Remplacer des graisses saturées par des graisses polyinsaturées, donne une petite réduction du risque de maladies cardiovasculaires, mais même avec un remplacement optimal, la magnitude des bénéfices était très petite. Selon Mozaffarian, il serait bien meilleur de se concentrer sur des facteurs alimentaires apportant des bénéfices plus importants à la santé, comme augmenter la consommation d’acides gras provenant des poissons (omega 3), les céréales entières, les fruits et légumes, et réduire la consommation d’acides gras trans (comme l’huile de palme) et de sodium (sel).

La consommation d’hydrates de carbone a été intimement associée au syndrome métabolique, qui est une association de facteurs de risque pouvant augmenter les risques de maladies cardiovasculaires" dit le Dr Jeff Volek de l’Université du Connecticut. Sa recherche a montré qu’un très faible apport en hydrates de carbone pouvait favorablement impacter tout un large spectre du syndrome métabolique et de facteurs de risque cardiovasculaires, même en présence de beaucoup de graisses saturées et sans perte de poids.

Le Dr Kiran Musunuru, du Centre de Recherche Cardiovasculaire et de Recherche en génétique au Massachusetts, s’est focalisé sur le rôle des hydrates de carbone et des graisses sur la dyslipidémie athérogène, un nouveau marqueur de risque des maladies cardiovasculaires, souvent retrouvé chez les patients obèses, atteints du syndrome métabolique, de résistance à l’insuline et de diabète de type 2. Il a montré que les régimes hypoglucidiques semblaient avoir des effets lipoprotéiques bénéfiques chez les individus atteints de dyslipidémie athérogène, comparés aux régimes riches en hydrates de carbone, alors que le contenu en graisses saturées de l’alimentation n’avait pas d’effet significatif.

Les produits au lait entier, cibles inutiles ?

Tant que les graisses saturées resteront la cible à abattre des conseils diététiques, les aliments riches en nutriments qui contribuent aux graisses saturées dans l’alimentation, comme les produits au lait entier, continueront à être injustement critiqués sans qu’il soit tenu compte de leurs bénéfices à la santé.

Une récente méta-analyse d’études épidémiologiques et d’intervention sur la graisse du lait, dirigée par Peter Elwood de l’Université de Cardiff, a découvert que la consommation de lait et de produits laitiers était associée à une diminution des risques de maladies cardiovasculaires.

"Notre compréhension des effets biologiques des acides gras saturés n’en est qu’à ces balbutiements" dit Cindy Schweitzer. "Les rencontres entre scientifiques de différentes disciplines seront très importantes pour partager des informations, et identifier les lacunes de notre connaissance sur le sujet, et les études seront nécessaires pour répondre aux questions importantes à propos de la nutrition et la santé."

Toutes ces récentes recherches s’ajoutent au corps de preuves scientifiques croissant qui réévalue le rôle des graisses saturées dans l’alimentation. Qu’il s’agisse du remplacement d’un élément nutritif ou d’une meilleure compréhension du rôle que certains aliments jouent dans les risques de maladies cardiovasculaires, les graisses saturées ne sont définitivement pas aussi mauvaises que ce qu’on croyait.


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