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Les suppléments de sélénium

lundi 24 février 2014

Le sélénium est l’un des nutriments "essentiels" pour les êtres humains, ce qui signifie que nos corps ne peuvent pas le fabriquer, et que nous devons le tirer de notre alimentation. Pourtant, les êtres humains n’ont besoin que d’une infime quantité de sélénium par jour, entre 55 microgrammes, ou millionièmes de gramme.

Le sélénium a été découvert comme élément en 1817 par le chimiste Suédois Jöns Jacob Berzelius, qui a déterminé les poids atomiques de nombreux éléments, et a développé un système de symboles chimiques. On pensait au début que c’était une toxine, mais des scientifiques ont déterminé que le sélénium était un minéral essentiel dans les années 1950. D’après l’American Cancer Society, dans les années 1960, des médecins ont commencé à faire des recherches sur le pouvoir potentiel du sélénium de lutter contre les tumeurs chez les animaux.

Les scientifiques savent maintenant que le sélénium est nécessaire à la production de sélénoprotéines dans le corps, qui est une famille de protéines qui contient du sélénium sous forme d’acide aminé. D’après l’Institut Linus Pauling, 25 sélénoprotéines différentes ont été isolées dans le corps à ce jour, mais seule la moitié de leurs fonctions a été identifiée.

La recherche humaine et animale a trouvé que les sélénoprotéines étaient impliquées dans le développement de l’embryon, dans le métabolisme de la tyroïde, des défenses antioxydantes, la production de sperme, dans le fonctionnement musculaire et dans la réponse du système immunitaire aux vaccinations.

Où trouve-t-on du sélénium ?

Les plantes qui poussent dans de sol et qui contiennent du sélénium le transforment en une forme utilisable par les êtres humains et les animaux. Le sol dans le monde a différentes quantités de concentrations en sélénium. Plus la concentration en sélénium dans le sol est élevée, et plus la concentration de sélénium dans les cultures est aussi élevée. Certains sols dans des régions de Chine et de Russie sont naturellement pauvres en sélénium. Les carences en sélénium dans la région du Keshan en Chine étaient suffisamment importantes pour qu’une forme de maladie, la cardiomyopathie (maladie de Keshan), se développe. Des programmes gouvernementaux Chinois, qui ont ajouté une supplémentation en sélénium dans l’alimentation dans les années 1970, ont permis de réduire les cas de maladie de Keshan. Les faibles niveaux de sélénium en Chine, au Tibet et en Sibérie pouvaient avoir joué un rôle dans un type particulier d’ostéoathrite appelé la maladie de Kashin-Beck.

Les faibles niveaux de sélénium sont plus fréquents chez les gens sous certaines conditions dans le monde, ce qui soulève des questions et des espoirs sur le fait que des suppléments de sélénium pourraient être bénéfiques à la santé.

Le sélénium comme supplément

Le sélénium est l’un des éléments nutritionnels connu pour avoir des propriétés antioxydantes, ce qui veut dire qu’il joue un rôle dans les réactions chimiques qui empêchent les radicaux libres d’endommager les cellules et l’ADN. Les radicaux libres sont des molécules instables provenant des toxines de l’environnement, ou de déchets du métabolisme du corps humain. Les suppléments antioxydants, comme le sélénium, sont souvent vantés comme pouvant prévenir les maladies cardiovasculaires, le cancer et la perte de la vue.

Les suppléments de sélénium en particulier sont supposés aider les gens qui souffrent d’asthme, et réduire le risque d’arthrite rhumatoïde et de maladie cardiovasculaire. Les niveaux de sélénium baissent avec l’âge, ainsi, certains ont déclaré que le sélénium pouvait ralentir le processus de la vieillesse, le déclin cognitif et la démence sénile. Des niveaux faibles en sélénium sont aussi impliqués dans la dépression, dans l’infertilité masculine, dans la faiblesse du système immunitaire et les problèmes de tyroïde.

Le sélénium est présenté comme pouvant ralentir la progression du VIH et contrecarrer l’effet poison des métaux lourds. Certains shampoings utilisent du sulfure de sélénium comme traitement local, cependant, cette forme de sélénium peut causer des cancers si elle est ingérée. Certains déclarent que les suppléments de sélénium peuvent améliorer les migraines, nausées et les symptômes de vertigo venant de la tension intracrânienne. Il est aussi avancé qu’il améliorerait les troubles de la digestion dans le tube digestif, surtout chez les enfants.

Est-ce que les suppléments de sélénium sont efficaces ?

Contre le cancer ?

Les études sur d’importantes populations et sur une durée donnée ont trouvé une corrélation entre les individus qui mangent beaucoup de sélénium et un risque plus faible de certains cancers, notamment de cancers de la vessie, de la prostate, des poumons et certains cancers gastro-intestinaux. Plus de 100 petites expériences sur des animaux ont montré que les suppléments de sélénium réduisaient le nombre de nouvelles tumeurs, d’après une analyse de 2004 publiée dans le British Journal of Nutrition.

D’après l’American Cancer Society, les régions du globe avec des sols riches en sélénium tendaient à avoir les taux les plus faibles de décès par cancer que les régions avec les sols les plus pauvres, particulièrement en ce qui concerne les cancers du poumons, de l’œsophage, de la vessie, du sein, du colon, du rectum, du pancréas, des ovaires et du col de l’utérus. Mais ces tendances ne prouvent cependant pas que le sélénium soit un facteur sous-jacent dans le taux de survie d’un cancer.

Des études contrôlées, dans lesquelles des groupes de personnes ont reçu soit des suppléments de sélénium soit un placébo, ont découvert des résultats contradictoires sur les propriétés anti-cancer du sélénium. Une étude publiée dans le journal BJUI sur plus de 1300 hommes et femmes atteints d’un cancer de la peau a trouvé que le groupe d’hommes qui prenait des suppléments de sélénium avait aussi 52% de cas de cancer de la prostate en moins. Mais une étude plus grande sur plus de 35000 hommes, la Selenium and Vitamin E Cancer Prevention Trial (SELECT), a trouvé que les suppléments de sélénium n’avaient pas d’influence sur le risque de cancer de la prostate. La Clinique Mayo ne recommande d’ailleurs pas de prendre des suppléments de sélénium, car aucune donnée scientifique de vient corroborer son efficacité.

Contre les maladies cardiovasculaires ?

Des études préliminaires ont montré que le sélénium jouait un rôle dans la santé cardiovasculaire. Il réduisait l’inflammation et empêchait les plaquettes (les cellules sanguines dans le sang) de s’agréger, ce qui peut causer la formation de caillot. Les caillots peuvent provoquer des crises cardiaques, des attaques, une insuffisance rénale, embolie pulmonaire et d’autres problèmes.

D’après l’Université du Maryland, une carence en sélénium pourrait empirer l’athérosclérose (le durcissement des artères). Les études animales ont montré qu’une supplémentation en sélénium après une longue période de carence inversait les dégâts chez des souris. Pourtant, les résultats sur des êtres humains ont donné des résultats mitigés.

Certaines études d’observation, dans lesquelles les médecins suivaient des patients sans les avoir répartis au hasard dans un groupe prenant le supplément ou un placébo, ont trouvé que plus les niveaux de sélénium dans le sang étaient bas, et plus le risque de tension et de maladie de coeur était élevé. Mais d’autres études n’ont pas trouvé de lien significatif entre les niveaux de sélénium et les maladies cardiovasculaires. Certaines études d’observation ont même trouvé la tendance inverse : des niveaux plus importants de sélénium étaient associés à une plus mauvaise santé cardiovasculaire [1].

Dans une étude clinique [2], des chercheurs ont assigné plus de 450 adultes plus âgés à prendre soit un placébo, soit différentes quantités de suppléments de sélénium pendant six mois. Ils ont découvert que les gens qui prenaient le sélénium avaient des niveaux de mauvais cholestérol plus bas, et que le groupe qui prenait les plus fortes quantités de sélénium (300 µgr) a aussi affiché des niveaux plus élevés de HDL, le "bon" cholestérol.

Cependant, une revue de la Collaboration Cochrane a conclu que considérées dans leur ensemble, les preuves des études sur le sélénium, qui totalisent un total de presque 20000 personnes sur 12 études, ne confirmaient pas que le fait de prendre des suppléments de sélénium était un moyen d’empêcher les maladies cardiovasculaires. Cependant, les chercheurs notaient que la grande majorité des participants était constituée d’hommes vivant aux États-Unis, où les habitants ont déjà beaucoup de sélénium dans leur alimentation.

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Contre la polyarthrite rhumatoïde ?

Les personnes qui souffrent de polyarthrite rhumatoïde sont plus susceptibles d’avoir des niveaux plus bas en sélénium, mais on ne sait pas si ce sont les niveaux de sélénium qui sont le résultat de leur condition, ou s’il s’agit d’un facteur contribuant. Une fois qu’une personne est diagnostiquée avec une polyarthrite rhumatoïde, les suppléments de sélénium ne semblent pas lui être d’une grande aide [3].

Pour empêcher la perte de la mémoire ?

Étant donné que les niveaux de sélénium baissent avec l’âge, il y a une possibilité que le sélénium influence le déclin associé à la vieillesse. De grandes études observationnelles n’ont trouvé soit aucun lien entre les niveaux de sélénium et les tests de mémoire, soit ont trouvé que les gens avec les niveaux de sélénium les plus bas étaient plus susceptibles de vivre une dégradation cognitive avec le temps [4]

Une étude sur huit ans et plus de 4000 participants, âgés de 45 à 60 ans, a trouvé que les gens qui prenaient des suppléments d’antioxydants avaient de meilleurs scores en mémoire verbale six ans après la fin de l’étude [5]. Cependant, étant donné que les suppléments d’antioxydants incluaient un mélange de vitamines et des minéraux, les chercheurs ne pouvaient pas isoler l’influence du sélénium sur les scores de la mémoire. Le sélénium pourrait avoir un rôle dans le déclin cognitif grâce à ses propriétés antioxydantes, qui peuvent protéger les cellules du cerveau des attaques du temps. Mais globalement, le nombre limité d’études sur le sélénium et le déclin cognitif n’apportent pas assez de preuves pour déterminer si le sélénium peut influencer le fonctionnement cérébral [6].

Lutter contre les problèmes de tyroïde ?

Les preuves confirment un lien entre les niveaux de sélénium, les carences en iode et le fonctionnement de la tyroïde, surtout chez les femmes. Le sélénium est plus concentré dans la tyroïde que dans d’autres organes du corps, et il est important dans la production et le métabolisme de l’hormone de la tyroïde.

Une analyse sur 1900 personnes en France [7] a trouvé que parmi des femmes avec une légère carence en iode, celles qui avaient les niveaux de sélénium les plus bas étaient plus susceptibles de développer des goitres ou des troubles de la tyroïde par rapport à celles qui avaient les niveaux en sélénium les plus élevés. Des études ultérieures ont trouvé des liens similaires. Cependant, des études contrôlées sur la santé de la tyroïde dans lesquelles les participants recevaient des suppléments de sélénium ou des placébos ont obtenu des résultats mitigés. Il faudra plus de recherches pour déterminer si les suppléments de sélénium peuvent lutter contre les maladies de la tyroïde.

Contre le diabète ?

Il y a peu de recherches sur les suppléments de sélénium et le risque de diabète. Quelques études de grande ampleur ont montré une corrélation entre des concentrations élevées en sélénium dans les ongles des orteils et un risque plus faible de diabète. Cependant, une étude contrôlée contre placébo sur plus de 1200 personnes et plus de sept ans a trouvé que les suppléments de sélénium ne réduisaient pas le risque de diabète de type 2, et pourraient en réalité augmenter le risque de diabète [8].

Ralentir la progression du VIH ?

Les niveaux de sélénium tendent à chuter quand l’infection par le VIH progresse. Des études récentes sur les compléments alimentaires de sélénium chez des patients porteurs du VIH se sont montrées prometteuses. Une étude en laboratoire sur des cellules sanguines humaines a trouvé que le fait d’ajouter une certaine sélénoprotéine aux cellules infectées par le VIH ralentissait la reproduction du VIH d’un facteur 10, par rapport aux cellules humaines infectées par le VIH sans la sélénoprotéine [9].

Une étude sur 878 personnes porteuses du VIH au Bostwana qui n’avaient pas pris de médicaments antirétroviraux, a montré qu’une supplémentation associée à du sélénium avait ralenti la progression des symptômes du VIH et diminué le risque de décès [10]. De façon intéressante, les suppléments de sélénium seuls ou le complexe multivitaminé seul n’apportaient pas de meilleure protection qu’un placébo durant l’étude de 2 ans.

Une autre étude contrôlée sur des personnes porteuses du VIH a trouvé que 200 microgrammes de supplément de sélénium pris quotidiennement pouvaient supprimer la charge virale du VIH (la quantité de virus dans le sang) et renforcer le système immunitaire [11].

Pour d’autres maladies ?

Les individus avec de l’asthme tendent à avoir des niveaux plus faibles en sélénium que les gens sans asthme. Mais les quelques études épidémiologiques qui ont effleuré ce sujet n’ont pas trouvé que le fait de prendre des suppléments de sélénium pouvait réduire les symptômes de l’asthme. Et alors que le sélénium est nécessaire pour avoir un sperme en meilleure santé, des niveaux de sélénium très élevés sont aussi associés à une diminution de la mobilité du sperme.

Le sélénium aide à la production de globules blancs, qui aident à lutter contre l’infection. Mais il n’y a pas assez d’études pour dire si le fait de prendre des suppléments de sélénium au-delà des quantités journalières recommandées stimule le système immunitaire [12].

Les compléments alimentaires de sélénium sont-il sans danger ?

La plupart des occidentaux ont plus que les 55 microgrammes de sélénium recommandés par jour. Cependant, certaines situations peuvent diminuer les niveaux de sélénium chez un individu. Les gens qui fument ou qui boivent de l’alcool sont souvent plus enclins à avoir des niveaux plus bas en sélénium. La maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique ou d’autres maladies qui interfèrent avec la façon dont le corps absorbe le sélénium peuvent conduire à faire baisser les niveaux de sélénium. Les patients dialysés des reins peuvent aussi avoir des niveaux de sélénium réduits. Le traitement de chimiothérapie cisplatine peut diminuer les niveaux de sélénium dans le sang.

Les suppléments peuvent délivrer le sélénium sous plusieurs formes, comme le sélénite de sodium et le sélénate de sodium. Mais on trouve naturellement plus de formes dans la nourriture. Le corps humain n’a besoin que de traces de sélénium, ainsi est-il possible d’être en surdosage. Les symptômes les plus fréquents de surdose sont la diarrhée, la fatigue, la perte des cheveux, une fragilité des ongles et des nausées.

Prendre trop de sélénium peut, avec le temps, provoquer une sélénose qui peut causer la chute des cheveux et des ongles, des nausées, une certaine irritabilité, de la fatigue et des problèmes nerveux. Les autres symptômes d’un surdosage chronique en sélénium sont un goût métallique dans la bouche et une haleine d’ail. Le surdosage de sélénium peut causer des lésions de la peau et des anomalies du système nerveux. Dans les cas les plus graves, une toxicité au sélénium peut causer des tremblements, une insuffisance rénale, cardiaque, une détresse respiratoire voir même la mort. Heureusement, la sélénose est quelque-chose de rare.

La consommation maximale sans risque est de 45 microgrammes pour les bébés, 60 à 90 µg chez les enfants, de 150 à 280 µgr chez les préadolescents et 400 µgr chez les adultes.

Le sélénium peut augmenter le risque de saignements s’il est associé à des inhibiteurs plaquettaires comme le clopidrogrel (Plavix), la coumadine, l’héparine ou l’aspirine. Des études sur des animaux ont montré que les suppléments de sélénium pouvaient aussi élargir les effets des sédatifs. Et les suppléments d’antioxydants qui comprennent du sélénium ont montré qu’ils pouvaient interférer avec les traitements anti-cholestérol.

Références :

[1] National Institutes of Health’s Office of Dietary Supplement.

[2] Annals of Internal Medicine. 2011.

[3] University of Maryland Medical Center

[4] National Institutes of Health’s Office of Dietary Supplements.

[5] American Journal of Clinical Nutrition, 2011.

[6] National Institutes of Health’s Office of Dietary Supplements

[7] European Journal of Endocrinology, 2003.

[8] Annals of Internal Medicine, 2007.

[9] Journal of Biological Chemistry, Nov. 2008.

[10] Journal of the American Medical Association. Nov. 2013.

[11] Archives of Internal Medicine. 2007.

[12] University of Maryland Medical Center.


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